EMPREINTE DE L'AME SU1\ LES CHOSES
se garde bien de mépriser. « Langage populaire, doctrine salutaire », observe saint Augustin, et il en fait largement son profit. Vous dites par manière de formule banale : « A la volonté de Dieu! » Quod vult Deus. — Pesez cette parole et pratiquez-la; elle vous prêche la résignation chrétienne (i).
Au temps de Bossuet, quand on refusait l'aumône à un pauvre, on ajoutait d'ordinaire ce vœu charitable : « Dieu vcus assiste! » Charité menteuse, concluait ce prédicateur si grand et pourtant si populaire; illusion d'égoïsme qui renvoie le pauvre à Dieu, selon qu'il est écrit : Tibi derelictus est pauper (2). Aujourd'hui même, les entrepreneurs d'athéisme auraient beaucoup à faire pour arracher du langage la pensée religieuse qu'ils y trouvent incrustée et comme enracinée de toutes parts. S'écrier Dieu merci! se dire adieu quand on se quitte, n'est-ce pas encore de la superstition, du mysticisme? Pour nous, sachons rendre à l'esprit frivole ou distrait la valeur significative de bien des façons de parler analogues; nous l'intéresserons puissamment, nous l'affermirons peut-être; et cependant ce sera toujours là du lieu commun.
Nous oublions trop de sonder les mots, mais nous sommes bien souvent avertis de scruter un texte, une parole revêtue d'autorité et dont la nôtre sera le commentaire. Au prédicateur, l'Ecriture sainte. Hélas! pourquoi pas à tout chrétien? A l'homme politique, à l'avocat, la lettre des lois et du code. A tout esprit cultivé, les citations littéraires, les maximes célèbres, les mots connus, les proverbes. Il est vrai que tout cela s'indique et s'effleure plutôt, tandis que les lois et l'Ecriture se pénètrent et se discutent à fond.
Est-ce donc un texte qu'il s'agit d'approfondir? Faut-il donner à notre esprit l'impression exacte d'une pensée étrangère, authentique et faisant loi? Traitons-la comme lout autre objet, l'étudiant en elle-même et dans ses relations extérieures. L'examiner en elle-même, c'est pénétrer
(1) Ipsa lingua popularis plerumque est doctrina salutaris. (Saint Agustin, In Psalm. XXXII, Enarr. II, sermo I.)
(2) Bossuet, Panégyrique de saint François d'Assise, premier point.
par le dehors,
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