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CONVAINCRE, PLAIRE, PERSUADER

Plaire. — Agrément intrinsèque du vrai et du bien. — Agrément de L'âme déployée en concours et en ordre. — Agrément de l'âme moralement belle. — Mœurs oratoires ou littéraires. — Les avoir pour les montrer. — Compétence, gravité. — Aisance modeste devant l'auditeur. — Effacement de l'homme derrière le sujet. — Littérature de confidences. — Art et morale ne font qu'un dans la question des mœurs oratoires, du décorum. — Polémique : convenance, modération habile, sagesse chrétienne. — L'abnégation, condition de tout cela.

Il faut, selon saint Augustin, parler de telle sorte que le vrai resplendisse, qu'il agrée, qu'il émeuve. Après l'obligation de convaincre, plaire est donc aussi un devoir, devoir incontestable, mais secondaire.

En littérature, en poésie même, où l'agrément a, de droit, une place plus large, il ne peut jamais être la fin de l'œuvre ni le terme des visées de l'ouvrier. C'est un moyen, un auxiliare aimable, puissant, indispensable, mais un auxiliaire, du grand dessein de convaincre et de persuader.

D'ailleurs il y tient de près, et nous devons, à ce propos, dissiper une équivoque. On aurait tort d'imaginer le vrai et le bien comme aliments insipides par eux-mêmeis, comme viandes incapables d'agréer, sinon par l'assaisonnement. Il est d'expérience que l'âme peut s'en dégoûter; mais il ne l'est pas moins qu'elle y trouve déjà une franche saveur, un attrait qui ne doit encore rien aux accessoires. Faite pour l'un et pour l'autre, elle ne s'y unit pas- sans plaisir. Entendons-le mieux encore. La grande joie de l'âme est dans la conscience d'agir vivement et facilement selon sa nature. Montrez-lui le vrai dans une démonstration grave mais victorieuse, à la façon de Bourdaloue par exemple; offrez-lui le bien dans un tableau

: tyonnanl d< sincérité communicalive (i) : luveraine vous dispensa si plutôt par elle-même un agrément de L'âmi . vaincue par la logiqu pi

nétrante du caractère, aime sa -\ejouit a> - \ le bien . léfaite

est un ! Ile triomphe de s'unir au \rai

m bien par l'amour. Elli vous sait gré df> lui n ' ainenl de son activité natu-

relle. Ainsi la conviction et la persuasion peuvent aller : ments proprement dits; elles ne vont pas san- ient; elles le portent en elles-mêmes comme

partie de leur puissance propre. Sachons convainls émouvoir, et nous plairons avant même d'y son;.

Cependant ne nous fions pas de toul point aux séductions du vrai et du bien sur l'âme droite; ne fardons pas cette beauté chaste, mais ne refusons point de la parer. Y faudra-t-il des ornements de fantaisie, appelés du dehors et appliqués par artifice? v rhéteurs semblent l'entendre ainsi; mais le moindre inconvénient serait d'amoindrir l'effet de la parole, en lui ôtant je ne sais quelle fli ur de sincérité. Joubert a dit : n Ayez un esprit où la entr nue pour en sortir parée. » C'est bien en effet sprit, dan- les vraies et franches ressources de qu'il faut chercher cette parure à donner au vrai. Ici la condition première n'est-elle pas ce concours ordonné ultés, loi souveraine de la parole littéraire? En passant par une âme déployée tout entière et en ordre, les objets prennenl son empreinte, ses couleurs. Le vrai traverse pour venu à nous une imagination vive et précise; là il se roncrète, s'incarne, se fixe dans un emblème sensible, dans une application de détail, qui saute ans yeux et amène le sourire aux lèvres. \u contact d'une sensibilité viv.- el ^acre, le bien, l'honnête, le jnste, s'anime, se dramatise, prend mouvement et vie. Et comme chaque faculté (](■ l'écrivain agit, par sympathie, sur chacune des

(i) Tel est celui que fait Bossuel de la Morale chrétienne Sermon sur la divinité de la Religion, 2' point.

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