CONVAINCUE, PLAIRE, PERSUADER 20,Ç
nôtres, il se trouve que toutes les autres vibrent à la fois à l'unisson des siennes. Par toutes nos puissances à la fois, nous jouissons de cette activité vive, normale, facile et sentie, qui est la meilleure des joies naturelles. Présentés de la sorte, le vrai et le bien prennent l'attrait du plus légitime plaisir. Tout à l'heure nous sentions leur charme intime; ici c'est de plus le charme de l'âme qui, avant de nous les offrir, les a, pour ainsi dire, élaborés en elle-même, à peu près comme l'abeille son miel.
Ce n'est pas tout. Les objets que nous transmet la parole ne nous apportent pas seulement avec eux l'empreinte aimable de toutes les puissances humaines. Pour achever de nous plaire, il faut qu'ils respirent l'honnêteté, la moralité exacte et généreuse de l'âme par où ils ont passé. Qu'en les voyant, on la sente, non pas seulement bien équilibrée en soi et fidèle à sa hiérarchie de nature, mais vigoureusement attachée à la fin de toutes choses, au bien, au droit, au juste; qu'on la sente belle et estimable, en un mot. Les mœurs oratoires, tant recommandées par la rhétorique traditionnelle, ne sont, après tout, que cette rectitude et cette élévation de l'âme, transparaissant dans l'ensemble et clans tous les détails du discours. C'est chose pénible qu'un entretien d'où la confiance est absente; on souffre de même à écouter ou à lire un homme que l'on n'estime pas. Force est donc à l'auteur de mériter l'estime ou de la surprendre, d'avoir les moeurs littéraires ou de les singer.
Or, à ne faire que les singer, on n'a pas longtemps bonne grâce. La feinte n'est jamais si habile qu'elle ne trahisse à la longue, et ici comme ailleurs, le métier d'honnête homme est encore le plus adroit. Obligés de paraître estimables, soyons-le : c'est le plus court et le plus sûr. Aussi bien les -mœurs littéraires se montrent et ne s'affirment pas On rit d'entendre tel homme politique parler désintéressement ou patriotisme, à peu près sur le ton de ce marchand de comédie :
Monsieur, je suis syndic de ma communauté, Et je ne crains personne en fait de probité (i).
(i) Andrieux, Les Etourdis.
-ITION
i. m. [lient rarement d'être gauches; elles
fiance* plutôt Mais quand Hector <.lo-
[ue son fil- le dépasse dans la gloii
i Benri li la R [uelein dit à ses premiers sol-
- : n .si j suivez-moi; si je recule, tuez-moi; >i
je meurs, vengez-moi »; — quand Montalembert ré] d à
un . goût de menue persécution : « Nous sommes
- fils les Croisés et nous ne reculerons pas devant les fils de Voltaire (2) »; — l'un n'a plus que'faire de nous v.m .1 paternel, ni l'autre de nous avertir
qu'il esl brave, ou le troisième de se déclarer chrétien du. Xous -avons de reste ce qu'il faut en croire. Fais-nous donc estimables et parlons de l'abondance du co ur.
Toutefois il y faut quelque attention, et il n'est pas su- 1 d légager les véritables mœurs littéraires île l'es- : banalité ou trop souvent on les enveloppe. Qu'exige donc l'auditeur ou le lecteur dicme d'être compté pour quelque chos
:d à l'esprit, compétencs, gravité. Il veut nous sentir neutre de notre sujet, mais de plus, respectueux de luimême et de nuire rôle. C'est une gloire aux écrivains du ni siècle d'avoir été attentifs, laborieux, consciencieux, scrupuleux même, à force de prendre au sérieux leur art, mais surtoul le public et la vérité. Dieu merci, ces qualités s nt 1 .1- encore absolument passées de mode; on ne réussil pas encore à coup sûr par la frivolité, le persiflage et le mépris évident de ceux à qui l'on parle. Avouons-le pourtant, notre époque n'est pas toujours fière; et il lui arrive d'applaudir et de bien payer ceux qui la soufflettent lestemenl
Mais revenons aux gens qui comptent. L'écrivain doit
• .1 eux compétent et grave. Quant au reste, nous
imerions tout dans ce conseil. Qu'il se tienne à sa place,
•t par rapport au lecteur, et par rapport au sujet. Devant
le publii sa situation est une supériorité transitoire. Par
1J même que nous faisons silence pour l'écouter, nous
1.1 qu'un jour on dise : Il est de beaucoup plus vaillant que "m père! » {Iliade, VI, 479.)
Pair*, séance du 16 avril i844.
CONVAINCRE, PLAIRE, PERSUADER 3oi
l'acceptons pour maître. Tout à l'heure nous pourrons le discuter, le contredire; mais en attendant, et au moins sous bénéfice d'inventaire, nous nous sommes constitués disciples. Qu'il soit donc maître; qu'il porte cette supériorité précaire, comme toute supériorité se porte, avec aisance, bienveillance et modestie. Nous lai en voudrions de nous régenter en pédagogue, ou de nous accabler de son génie, à la façon grotesque de V. Hugo par exemple; mais nous n'aimons guère plus.
Un auteur à genoux dans une humble préface.
Qu'il nous salue en débutant, c'est chose obligée; mais qu'il nous parle debout et en nous regardant honnêtement dans les yeux.
Tout autre est l'attitude qui lui convient devant son sujet. Cette fois, c'est une réelle infériorité pratique.- Ainsi donc, qu'il s'oublie, qu'il s'efface; qu'il mette à part, pour le plus grand Honneur de son récit ou de sa thèse, non pas certes son originalité, son caractère, son âme, mais sa personnalité mesquine, égoïste, en somme toutes les formes de la prétention, tout ce qui, dans le livre ou le discours, trahit si vite et si bien l'homme préoccupé de soi plus que de sa doctrine, jouissant de s'entendre bien dire, beaucoup plus qu'attentif à saisir et à transmettre la vérité. D'ailleurs, rien ne profite mieux que le désintéressement à l'intérêt véritable. Si, au cours d'une lecture, d'un drame, d'une harangue, l'homme disparaît pour ne laisser place dans nos esprits qu'à la thèse qu'il soutient, aux événements qu'il conte ou met en scène, il n'y perdra rien, tout au contraire. Nous saurons bien le retrouver après coup; et quel meilleur hommage que ce retour de la pensée vers un écrivain assez puissant pour nous absorber ainsi dans les objets qu'il nous offre, et assez modeste pour s'y absorber lui-même! « Point de frontispice ambitieux, écrivait à un ami Sulpice Sévère. Que la page, muette sur votre nom, parle de l'œuvre, non de l'auteur (i). »
i' Titulum frontis erade, ut muta sit pagina et materiam loqualur. non auctôrem. » (Sulp. Sev. , ad Desiderium.)
: habile artiste, M. .1. Hall./, i bien rendu
lion littéi : I m lête de l'Imitation de Jésus-
i i ssiné l'auteur à genoux, faisant face au pu-
\ mains étendues, présentant une sorte de
si éci il. On n'ap< rçoit que les
os 1 : ; le sommel de sa tète rasée. Era-
aieux el touchant. I - rivains auraient tout
ut à le médit
Mais -i l'œuvre el l'auteur ne font qu'un. S rivain
entre] peindre, de se raconter lui-même?
tout d'abord une médiocre tendresse pour cette litt l'étalage pi rsonnel, qui commence chez m
Montaigne, sanl par les Confessions de R
seau, arrive, aux Confidences de Lamartine. Qu'un capitaine, qu'un homme d'Etat dicte ses mémoires st à pourvu que l'amour-propre de l'écrivain ne s'y iin; tvec trop de hauteur. Il y a plaisir à lire César, Joinville. Commines ou Montluc, ce brave Gascon à la jactance si naïvémenl bonne. Saint-Simon amuse par ses prétentions mêmes. Jusque dans ses injustices, il a la passion trop vive et trop franche pour devenir odieux. Que n'eût-il gagné, du reste, à y mettre un peu de modestie? Encore y .i-t-il mi. ;:\ à faire que <lr se confesser pour le plus grand honneur de Dieu, comme ont fait saint Augustin et. de nos jours. Xt uillot ou Schouvaloff par exemple. Mais quand si l'orgueil jaloux qui tient la plume, ou bien encore la vanité attendrie, nous ne savons rien de plus répugnant
■ dignité du lecteur.
Il Faut passer vite mit des matières si rebattues, mais Mettre cependant une réflexion qui a son prix. On a vu ailleurs que, dans plus d'un cas, la loi littéraire n'obéil plus seulement à la loi morale mais s'y confond. En voilà une preuve nouvelle. Â quoi reviennent, pour une grande part, ces mœurs oratoires, i es qualités littérairement indisnsables? \u désii ment, à l'abnégation, à l'em-
pire -ur le moi jaloux, prétentieux, envahissant. Mora1^ pure. F.t que sera le décorum, la convenance, le tact. la
■ portion délicate à toutes les circonstances de temps I lieu ! 1 l'art, mais que l'art n'en-
• Pour acquérir cette facil< souplesse, il
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certes indispensable de se gouverner virilement, de briser par plus d'un effort toutes les raideurs de l'esprit et du caractère : voilà de la morale encore. Joignez-y l'intention plus haute, et vous aurez la charité qui se fait tout à tous.
A propos de conviction, nous avons, en passant, touché à la polémique. Ici le péril est grand pour les mœurs littéraires. Dans le feu de la lutte, on a bien vite fait de se montrer moins estimable, et le vrai s'en trouve déprécié d'autant. On sait pourtant les lois morales de la discussion. Loi de convenance sociale et de dignité : respect de l'adversaire ou tout au moins de soi-même et de la vérité qui est en cause. Loi de stratégie bien entendue : modération courageuse, énergique possession de soi, par où l'on évite à la fois, et d'outrer la thèse, et de tourner contre elle les amours-propres. Loi de sagesse supérieure, tranchons le mot, chrétienne : tempérament de fermeté inflexible quant aux principes et de bienveillance engageante pour les personnes. Voilà qui est passé à l'état de lieu commun, chacun le répétant sans relâche, au moins à l'usage de ses adversaires. Mais peut-être sera-t-il moins banal d'insister sur la condition unique, absolue, d'une polémique ainsi conduite.
Point d'autre qu'une vertu, et de toutes la plus haute, l'abnégation parfaite, l'amour du vrai jusqu'à l'entier oubli de l 'amour-propre. C'est cet amour dominant du vrai, qui, dans la mesure de l'imperfection humaine, pourra nous sauver, sinon de déplaire, au moins de faillir. 11 est seul capable ,de nous défendre et contre la faiblesse qui amoindrit la doctrine et contre l'emportement qui n'est que l'orgueil irrité par la résistance. Il nous donnera le secret de la fermeté douce, de cette fierté modeste, si bien de mise chez l'homme qui défend la vérité, surtout la vérité souveraine, la vérité de Dieu révélée par sa parole. Fermeté, fierté pour ce vrai que nous portons par le monde comme un drapeau; modestie quant à nous-mêmes, car le vrai n'est pas notre œuvre, et, dans tout ordre de choses, il reste un don plutôt qu'une conquête; douceur à l'égard des adversaires, car il y a lieu de les plaindre et il s'agit de les gagner. Et pourquoi l'amour du vrai jusqu'à
rPOSITION
us-mêmee est-il le meilleur artisan 1. cette
iliatioD il est qu'il unit dans une sorte d'iden-
. - dt u\ intérêts à concilier. Loin de nuire à
la bienveillance pour les personnes, l'amour du vrai en
• i i ns< mble el le principe et la fin. Ces inconnus
qui liront mon livre ou qui se pressent au pied de ma
tribun., je les aime para qu'ils sont capables du vrai
ueillir. Le vrai ne m'agri seulement comme le charme de ma pensée solitaire; je l'aime à titre de conquérant légitime des intelligences, et quand il m'est donné de le leur offrir, je n'ai point d'effort à taire pour les envelopper d'une bienveillance passionnel . L'amour du vrai devient spontanément l'amour des hommes à qui je parle, et s'il est en moi plus fort que 1 - sme, tout est sauf. Je puis être véhément, sévère, indigné des oppositions faites-, non pas à mon autorité personnelle, mais à la vérité que je propose. N'importe : ntfra toujours que j'aime. Ericore une fois, je déplairai : qui aime doit s'y résoudre; mais je ne blesserai pas, mais on ne s'éloignera pas du vrai le cœur aigri. Abrégeons. Dieu nous aide à mettre au service de la vérité, non pas le talent seul, encore moins le tempérameni ave» ses bumeurs et ses fougues, mais la vertul loi morale, mais c'est aussi loi littéraire : la vertu seule, au moins en germe el en effort, fait l'âme assez complètement estimable, el «est en passant à travers une âme de cette sorte que le vrai se fait agréer (i).
i Le faux lui-même ne pas-*' que sous un masque honnête. 'Voir liv. I, chap. v, § 2.) Mais beaucoup no lui demandent que rle médiocres apparences, qu'un léger prétexte a illusion. Qu'il 8 'agisse do plaire ou de convaincre, l'erreur a toujours le rôle le plus facile, et il faut ou vrai, pour se soutenir, de bien autres efforts.
CONVAINCRE, PLAIRE, PERSUADER 3o5
Persuader : émouvoir pour déterminer. — On a droit d'exciter les passions. — Nécessité d'être ému soi-même. — Conditions : d'abord la conviction réfléchie, — aidée par l'imagination, — ensuite l'effort de la sensibilité — Marche identique pour émouvoir autrui. — Le mouvement. — Apaisement des passions.
Reste, non pas précisément qu'il émeuve, qu'il touche, mais qu'il persuade, c'est-à-dire que, par l'émotion employée comme ressource dernière, il fasse vouloir pour faire agir. Là est bien le dernier terme possible et le triomphe achevé de la parole; il n'est pas à mettre la sensibilité en branle, mais à déterminer la volonté. Or, dans nos jugements pratiques sur autrui ou sur nous-mêmes, il nous arrive quelquefois de prendre le change, de confondre la persuasion avec l'émotion simple, le but avec le moyen qui d'ordinaire y touche le plus. Fénelon rappelle que saint Augustin, prêchant Contre une coutume barbare, s'entendit d'abord applaudir et en fut plutôt inquiet. L'instant d'après, il vit des larmes et se rassura. Rigoureusement parlant, ces larmes n'étaient qu'une espérance, et il n'eût pas été impossible que le saint orateur s'y fiât trop vite, de nos jours particulièrement, l'occasion n'est pas rare de s'y tromper. A part les blasés, ou encore chez ceux-là même qui s'acheminent à l'être, l'émotion est souvent facile, souvent banale. Ce n'est point, comme chez les braves d'Homère (i), bonté et simplicité de cœur; c'est plutôt débilité nerveuse. Le prédicateur, par exemple, n'aurait-il point tort de s'y laisser prendre, et de se croire maître des âmes pour quelques larmes qu'il aurait fait verser ?
Il faut émouvoir; c'est, comme l'a remarqué Cicéron, la
(i) Homère a dit : « Les braves sont prompte aux larmes. »
3o6 > omposi ii"N
condition normale du triomphe; mais là n'esl point rc triompCe même, et il y avait lieu de le noter. Toutefois,
M nation faite, occupons-nous de l'émotion et des
os sérieux de la produire. Pris largement, le mol persuader comprend la conviction, l'agrément, l'émotion, l'œuvre totale de la parole. Dans son acception directe et
inte, il désigne plutôt l'achèvement de cette œuvre par une action douce et forte exercée sur la volonté sensible. Ce sont les lois générales de cette action qu'il faut présentement dégager.
Les s'toïques mettaient la vertu dans l'impassibilité, dans une immobilité insensible et farouche. C'était, ou bien tuer l'Ame, ou bien la faire entrer en partage de l'immutabilité divine; elle devenait un marbre ou un Dieu : sacrilège dans . dernier cas, mensonge dans l'un et l'autre. Combien il est plus homme, plus grand, plus vrai, Celui qui, au jardin des Olives, s'avouait triste jusqu'à la mort! Jésus- Christ -N'otre-Seïgneur a connu et ressenti toutes les passions où n'entre point la convoitise. Il achevait par là de nous les montrer indifférentes, coupables seulement quand elles s'égarent sur un objet indigne ou s'emportent à l'excès. Il nous est donc loisible de les exciter; en présence de ce devoir littéraire, la conscience honnête est parfaitement à l'aise.
Or, pour les exciter, mais surtout pour les exciter au sens du bien, la loi générale est de les sentir. On n'émeut qu'à la condition d'être ému. La feinte complète, la pure comédie d'émotion, peut duper une fois l'inexpérience, mais lTIlusion dure peu. La remarque vaut, bien que dans une proportion moindre, pour cette chaleur demi-factice demi-sincère, facile aux tempéraments modernes et assez ommune aux parleurs de métier. Plus d'un s'exalte à volonté par un effort des nerfs e1 s'attendrit jusqu'aux larmes
n de sa propre voix. Ici la duperie a chance d'un p'us long succès; elle est moins grossière, puisque l'orateur y est pris le premier. Toutefois les résultats de cette émotion
tit guère plus loin qu'elle-même; elle agite le? nerfs ou les amuse, elle ne remue pas les cœurs. Or ce sont
trop bas pour la puissance et la dignité de la parole. oient vrai de la volonté sensible, régulière, inté-
CONVAINCRE, PLAIRE, PERSUADER 3o7
grale, humaine, ne passe point comme une ivresse nerveuse, et va aux effets pratiques, parce qu'il atteint au profond de l'âme; voilà ce qu'il faut transmettre et par conséquent créer tout d'abord en nous.
Il est des spectacles qui nous remuent invinciblement et du premier choc : une rixe violente, le sang, la mort soudaine; mais là n'est point le cas. Prédicateur, député, avocat, historien, journaliste, homme de lettres ou simple homme de bien en travail d'un discours, d'un article ou d'une brochure, nous voilà établis par circonstance en face d'un objet grave mais sans action immédiate sur nos sen^. L'émotion dort là comme l'étincelle dans la pierre; il s'agit de la faire jaillir, et tout d'abord à notre bénéfice. Comment nous y prendre? La nature, attestée par l'expérience, marque dans ce travail intime comme trois degrés. Avant tout, -la conviction puissante née d'une méditation profonde; l 'intelligence fortement appliquée, disons mieux, ramenée, maintenue et comme traînée obstinément sut l'objet, malgré son impatiente légèreté. Ensuite, en même temps plutôt, un travail de l'imagination pour détacher l'objet de l'obscurité confuse où nos premiers regards l'ont vu flotter; pour le saisir, le fixer dans une forme nette et vivante. En dernier lieu dans l'ordre du temps comme dans l'ordre logique, l'effort direct de la sensibilité sur elle-même. Comment l'entendre et le pratiquer? A la manière de tout effort, de tout exercice, en produisant las expressions caractéristiques, les actes propres de la passion que nous cherchons à nous donner.
Mais n'est-ce pas retomber dans la comédie, manquer au moins de sincérité avec soi-même? Nullement. La raison nous avertit que l'objet en question mérite en effet nos sympathies ardentes ou nos répulsions généreuses; par suite, la volonté commande à toutes les puissances de secouer leur torpeur et de se mettre à l'unisson de la raison même. Rien de plus naturel et de plus loyal; rien de moins semblaBle à l'illusion volontaire d'une âme qui, en dépit du jugement et de la conscience, entreprend de s'émouvoir par delà le mérite des choses, ou pour duper autrui avec soi-même, ou pour se donner hors de propos la joie de sentir.