‹ Théorie des belles-lettresChapitre 60 sur 112 · ION · texte numérisé non relu

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Convicli Q laie, vue nette et vive, effort direct de

la sensibilité : voilà par où l'on s'achemine soi-même à l'émotion; voila donc aussi par où l'on y mène les auti C'est la loi de l'âme, loi commune par conséquent : comme la conviction, l'émotion Maie ne s'emporte pas d'embi ; tout un siège à conduire, au moins un

l'ancienne mode, et l'assaut ûnal veut être préparé par de lentes et sûres approches. Dans ce drame quasi militaire, nous retrouvons les trois périodes, les troi> efforts indiqués plus haut. Vient d'abord la démonstration. Si l'âme est prise à froid, si c'est en faveur du bien qu'on prétend l'émouvoir, si l'on veut celte émotion profonde, efficace; rien au monde ne supplée le premier travail de conviction. Poussé lui-même avec une vigueui extraordinaire, il lui arrivera de suppléer tout le reste. On sait les pleurs de raison que nous arrache Bourdaloue. Ainsi l'intelligence affirme parfois sa royauté sur les facultés inférieures; puissamment remuée, il se peut qu'elle les entraîne dans son branle et dispense l'orateur de tout antre effort. En tout cas du moins, la conviction est indispensable et, par suite, la démonstration. Et quelle erreur de l'estimer froide par nature! Tout au contraire, nous la voulons nuancée de toutes les couleurs de l'imagination; la démonstration ne se fait littéraire qu'en appelant cette brillante alliée au secours de la raison militante. Il y a plus, nous voulons la discussion déjà toute pénétrée de vie, de mouvement, de chaleur intime. Avant de prendre à partie la sensibilité dans une sorte de corps à corps suprême, nous estimons nécessaire de la remuer lentement par ce que nous avons appelé ailleurs le pathétique indirect Ci), p.ir la vive peinture des mouvements et affections de l'âme, par l'influence, voilée mais continue, de la sensibilité de l'orateur, par cette passion ardente et mesurée que fait circuler dans les moindres détails l'amour du vrai, l'amour des hommes pour le vrai. Voilà peut-être qni n'entraîne pas encore l'âme, mais c'est comme un lent et profond ébranlement qui la prépare aux impulsions définitives.

(r) Liv. II, chap. v, § a.

CONVAIiNCRE, PLAIRE, PERSUADER 3oQ.

Alors, et seulement alors, vient l'assaut, l'effort direct au sens de l'émotion à ressentir et de la détermination à prendre, le mouvement, qui n'est pas, comme d aucuns semblent le croire, un passage où l'orateur multiplie les gestes, précipite la parole et hausse le ton. Le mouvement, c'est l'effort tenté directement sur la sensibilité d'autrui par un plein déploiement de la nôtre. La saine rhétorique veut qu'on le prépare, et c'est cette préparation que nous venons d'esquisser à grands traits. N'en redoutons point la lenteur. En thèse générale, les résultats sont courts à proportion qu'ils sont rapides. Il faut laisser l'impatience aux chercheurs d'effet, à ceux qui poursuivent dans l'émotion moins une condition du vouloir qu'une jouissance pour la sensibilité.

Mais il ne s'agit pas seulement de remuer l'âme inerte. Bien souvent elle se présente agitée à faux ou à l'excès, et le grand triomphe de la persuasion est de la calmer bien plutôt que de l'émouvoir. En ce point d'ailleurs, il serait moins aisé de tracer, comme tout à l'heure, une méthode uniforme, une sorte de stratégie complète. Indiquons seulement trois conditions générales. C'est, d'abord et en toute rencontre, le calme, infaillible moyen d'user la passion qu'irriterait la résistance. Parfois fa plaisanterie même y peut servir, mais avec beaucoup de précaution et de réserve. Par-dessus tout, il y faut l'insinuation, entendez principalement l'art de substituer une passion à une autre.

...Notre esprit, jusqu'au dernier soupir, Toujours vers quelque objet pousse quelque désir.

Le cœur ne peut rester vide, et on ne lui ôte le goût d'un aliment qu'en lui en faisant goûter un autre. C'est là un grand secret de nature, qu'il ne faut pas oublier. On révolte l'âme en exigeant directement et sans compensation le sacrifice de ce qu'elle aime : que ne lui fait-on aimer autre chose? Tout est là.

Telles sont, en gros, les conditions de l'apaisement. Nous les entendrons mieux en esquissant, dans le chapitre qui va suivre, la façon de traiter chacune des grandes

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stoua humaines. Esquisse brève que nous tenterons - Aiistote et en partie d'après lui, niais à laquelle tout chrétien peut ajouter ça el là quelques traits ignorés du grand philosophe. Une gloire manquerait à notr^ elle n -.1 lirait mieux que le génie même les mystères pratiques du coeur.

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