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L IDEE SIMPLE, PRÉCISION, PROPRIÉTÉ

■ayant en grand mépris les bavards et les idéologues. Encore un grand mot vague pourtant, bon pour humilier à la fois les songe-creux et les penseurs.

La Restauration voit renaître les luttes doctrinales, et les mots ont un large rôle dans la Comédie de quinze ans. Jésuitisme, parti prêtre, congrégation, réaction : utiles épouvantails agités par des mains qui n'étaient pas toujours sincères.

De i83o à nos jours, la confusion augmente et, avec elle, cette floraison stérile et malsaine. Les mots perfides sont partout : en religion, théocratie, cléricalisme, laïque, liberté de penser et mille autres; — en politique générale, droit divin, souveraineté du peuple; — en philosophie, science-séparée, émancipée, sécularisée, et jusqu'aux noms mêmes de la pensée et de la science, devenus, pour un grand nombre, ce qu'était, il y a cent ans, le nom de la philosophie, nous voulons dire l'antithèse absolue de la foi. De ce chaos, de cette Babel, se détachent trois ou quatre mots plus retentissants et plus populaires, vrais fétiches adorés par la passion des uns et la frivolité des autres; progrès, civilisation, libéralisme, principes de 89, idées modernes. Qui a jamais su dire ce que sont les idées modernes, les besoins, les principes, les aspirations modernes, hormis ceux qui nous les donnent bravement comme les noms variés de l'apostasie (1)?

Les mots vagues sont stériles, car la vérité seule est féconde. « L'esprit humain ne se perfectionnera jamais au point d'élever une cabane au moyen de simples mots, et les phrases les plus éloquentes ne suffiront jamais à protéger quelqu'un contre la pluie, voulût-on même se réfugier sous une thèse (2) ». Ils sont odieux comme la tyrannie du mensonge; ils sont humiliants surtout, et quand on les voit suffire à l'esprit moderne ,il faut bien s'avouer que

(1) Voir Mgr Plantier, Mandement de i864, sur les périls -cachés sous le nom décevant d'idées modernes. (Œuvres, t. I.)

(2) Metternich, à propos du verbiage diplomatique de Capo «d'Istria. (Mémoires, t. III, p. 535.)

-mi

i] rbi esl trop peu lu r 1 1. Quanl au mal doùl

- tout li' proclame, et les gardiens en liti

. foi, L-t 1< - hommes simplement préoccupés du bol

• d< la moralité populaire (a). Mai- rien ne 1<

I imm plus éloquemment que le »> aisme qui en recom-

ide l'usage. Mazzini écrivait : « Les dicussions savantes

sont ni nécessaires ni opportunes. Il y a des mots régé-

iteurs qui contiennent tout ce qu'il faul et que vous ne

r île répéter au peuple : liberté, droits de

l'homme, progrès, égalité, fraternité. Voila ce que h

:- 'i'\ i pas 'if tyrannie qui me blesse plu.- profondé» ment qui- la tyrannie des grands mots : tout ce que je sens en moi de libre, de sensé, d'honnête, se révolte contre cette* puissance tyrannique qui peut consacrer avec des mots l'oppression des droits les plus saints. » (Dupanloup, Pacification religieuse.) — Metternich disait encore : « Je me regardecomme étant plus fort que la plupart de mes contemporains, parce que je porte en moi-même une haine invincible conln les mots et les phrases vides. » (Mémoires, t. IV, fj. 192.) — Voilà pour les esprits sérieux. Quant au peuple, il est tristement instructif de le voir tour à tour s'engouer ou s'irriter de ces formules qui ne lui disent rien. Voici iine aventure que raconte à ce propos le baron de Hùbner, comme lui étant arrivée à Paris, le 2 décembre t85i, jour du coup d'Etat. I ■ fUnais sur les boulevards. A la port/? Saint-Denis, je remarquai, au centre d'un petit attroupement, un individuqui. au milieu des acclamations de son auditoire, répétait sans cesse les mêmes paroles : « Frères, asseyons-nous au banquet de la nature. » Me frayant un passage à travers lafoule, je lui demandai : « Frère, qu 'entendez-vous par banqiK-t de la nature? » Il chercha une réponse, ne la trouva pas, se mit à bégayer, se troubla, et finit par dire qu'un banquet était un banquet, un banquet comme on en offrait m \ citoyens en Amérique. Ses auditeurs, qui venaient de l'applaudir, soudainement pris de méfiance, lui répétaient m:i question d'un ton do plus en plus menaçant; et ils lui nui lient probablement fait un mauvais parti si, par bonheur pour lui. une charge de cavalerie n'avait dissipé le rassem blement et mis Dn à son embarras. ■ 1 travers l'Empire britannique, t. II, p. a3.)

\ 1 Le Play, L'organisation du travail, § 56 à 60; La ociale, chap. lxii, § n.

L'IDÉE simple, PRÉCISION', PROPRIÉTÉ .l;.',

peuple comprendra, surtout si on y oppose les mots de despotisme, privilège, tyrannie, esclavage, fanatisme, réaction etc. (i). )>

s-int Paul a dit aux premiers fidèles : « Que personne ne vous trompe avec des paroles vaines (a). » Il a écrit à un son disciple : a Attachez-vous à l'exactitude des

termes (3). » Ce double conseil n'a jamais été plus nécessaire qu'aujourd'hui, et pour le chrétien soucieux de garder sa foi, et pour fout esprit jaloux de rester sérieux et honnête. Situation grave! La discussion est continuelle, universelle, sans frein ni barrière; elle fait l'opinion, elle gouverne le monde et sur toutes les matières capitales, sur toutes les questions de vie ou de mort pour l'homme, en philosophie, en politique, en histoire ,1a discussion tournoie dans le vide comme un oiseau affolé. Presque toutes les notions qu'elle agite sont vagues, flottantes, incertaines. Le mensonge ou l'équivoque ont lentement pénétré la plupart des mots usuels et circulent avec eux comme une monnaie fausse. L'honnête homme, le chrétien, si peu qu'il parle la langue courante de ses journaux et de ses brochures, recueille, répète, propage sans y prendre garde mille sophismes implicites contre ses principes et sa foi. Le voila, lui aussi, victime et complice; car, si ces mots confus attestent l'affaiblissement des esprits, par ailleurs ils l'étendent et l'aggravent. Cela étant, l'homme de conscience et d'honneur a deux devoirs précis, impérieux. En i858, on pressait Lamartine de ^proclamer le fameux principe du droit au travail, et on lui montrait, pour l'y résoudre, les canons braqués sur l'hôtel de ville, Lamartine répondit noblement : « Vous pouvez me tuer, mais vous ne me ferez point signer une formule que je ne comprends pas. » Sans nous mettre en dépense d'héroïsme, ayons du moins le courage de n'accepter jamais dans la discussion un terme équivoque. Exigeons une définition . c'est notre droit, c'est notre devoir. Bien des discussions en seront arrêtées net : pur bénéfice. La seconde obligation, plus étroite encore, c'est de nous imposer à nous-

V Villefranche, Vie de Pie IX, chap.v.

(2) Nemo vos seducat inanibus verbis. (Ephes., v, 6.)

(3) Formam habe sanorum verborum, (II Tim., 1, i3.)

STYLE

- la plus entière précision dans les idées ou, c est tout un, la plus Bévère propriété dans les ti rmes

-:it.'!i d'honneur : c'est une âme loyale qu'il faut mettre jusque dans Les détails du style, et la loyauté rél'uu mol équivoque aussi bien qu'à se prévaloir d'une allégation douteuse. Question de responsabilité : entretenir, si peu que ce puisse être, le vague dans les Si coopérer d'autant à l'immense effort qui va sefaisant par le monde contre la foi et le sens commun.

Moyens de discerner entre synonymes : la pratique des maîtres, — l'histoire, — l'étymologie, moyen principal. — ivation. — Composition. — Etymologie proprement dite. — Exemples.

Plus rigoureux à mesure que les questions sont plus hautes et plus délicates, le devoir de la précision oblige toujours. Devoir littéraire autant que moral, et dont l'étude ne nous a point détournés de notre but. Point de vague, point d'à peu près. A défaut d'intérêt supérieur et s'agît-il d'un pur badinage, soyons précis pour l'honneur de notre intelligence; cherchons l'idée exacte et le mot juste par respect pour nous-mêmes et, si nous l'osons dire, par une hygiène bien entendue de l'esprit.

(i) « Que de choses dans une épilhète ! disait Louis W1II. J'ai toujours été de l'avis de Bossuet, qui a dit quelque part que lorsqu'on n'est pas scrupuleux sur le choix des mots, on donne à penser qu'on ne l'est pas davantage sur les choses... Mon peuple est bien persuadé de cette %érité les sifflets ne manquent jamais à ceux qui négligent la propriété des termes. Il faut savoir la grammaire et connaître les synonymes, quand on veut être roi de France. » (Mêd'une femme de qualité sous Louis XVIII, t. IV, p. 93.)

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Affaire de discernement tout d'abord. Il faut distinguer entre fdées analogues, entre termes synonymes, à quoi plus d'un moyen nous peut servir. Pratiquons les grands écrivains, les maîtres du dix-septième siècle et, parmi nos contemporains, quelques rares modèles : nous y apprendrons, entre autres secrets de langue et de pensée, la précision habituelle et le vrai sens des termes. En vérité, quand on passe d'un écrit courant et facile, ce qui veut dire ici médiocre, à ce style plein et fort, où tout porte parce que tout a sa raison d'être, on est saisi et ravi de la différence, tout comme Montaigne rencontrant une citation exquise au milieu d'un morceau de nulle valeur, t C'était un précipice si droit et si coupé, que, des six premières paroles, je connus que je m'envolais en l'autre monde. De là je découvris la fondrière d'où je venais, si basse et si profonde, que je n7eus oncques puis le courage de m'y ravaler (1). » C'est bien en effet un autre monde pour l'esprit que cette prose nette, ferme et signifiante, d'un La Bruyère, d'un Pascal, d'un Bossuet, ou chez nos contemporains, d'un de Maistre, d'un Yeuillot ou même d'un Sainte-Beuve par exemple, au moins quand nul préjugé ne l'engage au déguisement. S'il était permis d'ajouter une autre image à celle de Montaigne, nous dirions qu'entrer là au sortir de cette littérature légère et faite de rien, qui ne supporte pas l'analyse, c'est quitter un nuage brillant pour un paysage baigné de soleil. Point de trompe-l'œil, point d'ensemble fiévreusement enlevé pour couvrir le faible cîu détail; tout est solide et résiste au toucher; ce n'est point le cas de dire avec Voltaire :

Glissez, Français, n'appuyez pas.

Bon pour la plupart de ses œuvres personnelles. Chez un vrai maître, même quand il folâtre comme La Fontaine, on peut appuyer toujours. Le fond est solide, la pensée est nette, parce que tout d'abord l'idée est achevée. Le mot est exact et, en le comparant ave- res entours, on peut en apprendre vite et à coup sûr la signification iraûcb*?

(1) Montaigne. Essais, liv. I. chap. xxv.

STTL1

voir encore plus claire;' Qu'on essaie une substitution; qu'au lieu el place du mot de Bossuet on hasardé moyen de faire saillir la différence par le sentiment môme de la perte. Emploi suite,

it changer un style en peu de temps.

L'his i fixer les di l'une

Rappelons des exemples bien connus. C'est elle qui le ! de la notion générale de politesse Vurba* distinction de manières qu'on ne trouvait bien Urb enl od< z si vous le voulez dans les Laies, dans les grandes villes; — et la courtoisie, cette fleur d'élégance dont le terrain propre était la cour. L'histoire nous servira même à discerner, pour les appliquer ipos, ces nuances d'un même type toujours aimable, le ohevaUer, l'honnête homme, le galant homme, l'homme comme il faut. I entendus par ailleurs aident à

retrouver un siècle et sa couleur vraie (i). Ainsi la reititude chrétienne de nos pères éclate à merveille dans le titre de libertins dont ils flétrissaient ensemble les rebelles à l'autorité divine et les affranchis de la morale; et notre siècle s'avoue trop complaisant et trop dupe quand il accepte, à la place, l'appellation à la fois prétentieuse et absurde~de libre penseur (2). Inversement, l'histoire mieux connue, la plus nette des institutions, des moeurs et pinions courantes de chaque époque, éclaire d'autant le vocabulaire de la langue dans ses transformations et dans la valeur actuelle des mots qui le composent. Combien ont reçu le droit de cité entre la première édition du dictionnaire de l'Académie, en 1G94, et la septième, en istt' Combien ■d'autres attendent, recueillis déjà et comme réunis au seuil dans le dictionnaire de Lit t ré ! Mais surtout combien d'acceptions nouvelles, dont il faut au moins n fait, ne serait-ce que pour les rectifier et

Ozanam, les langues sonl destinées à faire l'histoire de* temps qui n'eurent pas d'historien. (Les Germain! le chrislianit n

on a pu voir un signe de notre décadence» moral icceptions successives données aux mots

sf'dnii ont, etc. Brunetière, Nouvelles études cri-

tique ' a propos de Fénelon.

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]es combattre! Et comment bien démêler tout cela sans posséder l'histoire des révolutions sociales, morales, industrielles ou financières qui ont donné à tous ces mots ou la première existence ou leur signification d'aujourd'hui?

Toutefois l'usage et l'histoire ne sont pas le moyen principal. Pour discerner entre synonymes, pour préciser le sens des mots, nous pouvons les étudier dans leur origine ,dans leur étymologie.

Une philosophie profonde a présidé, le plus souvent à leur formation, philosophie latente, ignorante d'elle-même, populaire par excellence, naïve habileté de l'esprit humain, absolument distincte de la science proprement dite, mais plus savante que la science même. L'esprit, en créant les mots, y a mis nombre d'allusions, de rapprochements, d'analogies. Mais il y a un intérêt tout spécial à le suivre dans la dérivation et la composition des termes.

Quelquefois il perçoit tout d'abord une réalité, substance, mode ou relation, et il la nomme dans le substantif ou nom par excellence. C'est le corps, l'âme, par exemple. Or, chacun de ces objets lui présente, réalisée en soi, une qualité universelle, applicable à d'autres individus de même espèce, et il la désigne par l'adjectif que l'adverbe suit de près. Corps donne corporel et corporellement. Souvent aussi, le plus souvent peut-être, l'adjectif a, de fait, précédé le substantif; la qualité concrète a été saisie et nommée la première, à l'occasion d'un objet qui la réalise, et de cette constatation directe, l'esprit, par son activité innée, a passé à l'idée abstraite et réfléchie. L'homme a senti l'influence caractéristique du beau, du bon, du juste, de l'injuste, de l'agréable et du déplaisant, avant de posséder réflexement les notions absolues de beauté, de bonté, de justice et d'injustice, de joie et de douleur. Enfin, à la réalité conçue la première sous forme concrète ou abstraite, correspond bien des fois une action dont cette réalité même est le principe ou le terme, ou enfin le type. De l'idée de corps nous passons à celle d'incorporer; de la notion d'âme à celle d'animer, et ainsi de suite. C'est le premier degré de dérivation. Chaque nom se donne ainsi toute une famille; puis viennent les alliances avec les familles étrangères, les analogies et les rapprochements in-

diqiit - l'heure. \<>ilà qui jette sur les premiers dé-

nie variété infinie, à travers laquelle cependant il est facile île remonter à ('origine el de constater la parenté.

Autre procédé de l'esprit humain. Condamné à l'analyse et toujours ambitieux de synthèse, réduit à conquérir les notions une à une et travaillant sans relâche à les unir, il a imaginé d'étendre le champ de sa simple appréhension en liant plusieurs idées en une, et en les enfermant sous un signe unique où il pût les lire à la fois. Le résultat de ■ •ncore une idée simple, car le jugement ne E j montre .pas. même implicite; mais une idée plus étendue déjà et plus riche. C'est un mot unique, mais un mot composé. La Grèce excellait à fondre ainsi en une plusieurs notions simples, et Joseph de Maistre n'a pas tort quand il loue Homère d'exprimer d'un mot : « Ils répondirent par une acclamation favorable à ce qu'ils venaient d'entendre. » Le latin n'aime pas autant les composés. Avec son génie si rigoureusement analytique, le français leur est moins accueillant encore. Les tentatives de Ronsard y ont échoué, et Fénelon n'ose hasarder en ce point qu'un regret timide.

Or si, pour distinguer les termes, nous avons moins que d'autres peuples la ressource de remonter du simple au composé, du moins pouvons-nous bien souvent comparer le mot français au mot latin d'où il procède. C'est en effet dérivation d'un autre ordre, dérivation plus vaste et combien plus lumineuse! On a rêvé de simplifier notre orthographe en omettant les lettres que l'oreille n'entend pas, mais qui conservent dans le mot la trace de son origine et de son histoire. D'autres supprimeraient volontiers u qui nous reste d'études latines. Dieu nous préserve de l'un et de l'autre! Nous y perdrions, avec l'étymologie t u ilement reconnue, la meilleure chance d'entendre la plupart des mots de notre langue. A défaut d'autres motifs, ! imour du français doit nous attacher au latin.

-t que le latin est notre grand trésor étymologique et que l'étymologie est la meilleure clef du sens propre des termi 5. Son nom seul nous le rappelle. Dans l'usage, il désigne l'origine des mots; en soi et par sa composition même il dit a vrai discours, » signification vraie. Pou-

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vons-nous être mieux avertis de chercher dans l'origine de chaque terme l'idée précise à laquelle il correspond?

Ainsi l'étymologie et l'histoire sont d'accord à nous figurer l'exil comme une moindre peine que le bannissement. L'exil n'est qu'un séjour de fait hors du domicile ordinaire, — ex sedibus, d'après l'étymologie la plus problable, — séjour qui peut d'ailleurs être volontaire et qui, à Rome, sauvait des autres châtiments (1). L'ancien radical germanique bann, latinisé au moyen-âge, implique une idée de sentence, de publicité (2), d'où il suit que le bannissement emporte l'intervention d'une autorité qui prononce. Je puis m'exiler, mais non pas précisément me bannir, sinon par cet abus de langage, assez rationnel du reste, qui m'autoriserait à dire que je me condamne moi-même à l'exil. L'étymologie fait de même saillir la différence entre les idées de patrie, de nation, de pays. La patrie est avant tout le lieu des pères. Les tribus américaines avaient raison d'emporter dans leurs émigrations les ossements des ancêtres, car

C'est la cendre des morts qui créa la patrie (3),

et l'on voit tout d'abord combien le patriotisme s'allie mal au mépris révolutionnaire des traditions. Le mot nation dit surtout communauté de naissance, fraternité entre hommes sortis d'une même race. Quant au pays, c'est le village, pagus; c'est, selon l'expression moderne ,1a petite patrie, que la révolution prétend faire oublier pour la grande, sans prendre garde que la grande, sans la petite, risque souvent de n'être qu'une abstraction froide. Ici en-

(1) « L'exil n'est pas un supplice, mais un refuge, un port contre la menace du supplice. » ^Cicéron, Pro Cœcinâ.)

(2) Bans de mariage. Ban et arrière-ban de milice. Bannière, emblème du droit de convocation, signe de ralliement pour les convoques. Four banal, terrain banal, banalité, lieu commun. Partout l'idée de publicité officielle ou de communauté.

(3) Lamartine. — Madame de Staël avait déjà dit : << L'amour de la patrie ne se compose que de souvenirs. » De la littérature... Partie II, chap. ni.

vnir

parlent. PT si- • pas le paysan qui souffre one du mal du paya?

i] rit, un rit e\ plaisir de en

,u;.qu'à l.i racine ck chaque t. orne. La précision de i pn mil travail, mais il y

i autres : te bon sens, insim: ni moins;

• lisonnements simples et ! lormanl pour

ùnsi dire 'i la Beur des mots et que la moindre attention éveille. Combien nous serions mieux armé* contre le sophis >ua 1 1 i^-n -ii^ l'effort d'entendre mieux et de

cactement notre admirable langue française! Par un côté, cet effort ne fut jamais plus lise. Une philonous empêche de nous égal recherche

iirines. L'étymologie, qui fut toujour- lnction

pour l'esprit, ne lui est plus un piège. Elle a ses lois assu- ;>our nous. garder au besoin des exagérations systématiqu - de Ménage, comme des hardiesses aventureuses qui entraînent parfois le génie, Platon par exemple ou Jo- Maistre (i). Donc rien de plus facile au bon vouloir que d'apprendre la propriété des termes en apprenant l'étymologie. Te sera la condition première du style et tout ensemble une garantie excellente pour le bon 'sens.

Les synonymes distingués, lequel choisir? Celui qui s'ajuste lf. mieux emble. — Une demi-phrase de Bossuet.

ons supposé l'écrivain arrêté un moment par

i ertaines idées ou, ce qui est tout un, par

nonymi' Mains terme-. L'usage, l'histoire,

Voir ces règles 'lui- I. 'lu Dictionnaire de Lil-

Grammaire historique, introduction. — V Loi seau, // la Langue française, •

L'iDÉÉ SIMPLE, PRÉCISION, PROPRuVll 38i

l'étymologie ont commencé de lever ses doutes. Il a distingué les nuances; il peut choisir en pleine lumière.

Mais d'après quels principes? Les mots une fois connus dans leur signification précise, qui nous fera prendre celui-ci de préférence:' Gardons-nous d'une confusion trop facile. Le choix qui nous occupe n'a rien de commun avec l'effort de mémoire par où nous cherchons souvent un mot qui se dérobe, une idée que nous sentons là, tout près, mais qu'un léger voile nous cache encore, à peu près comme on s'efforce de rappeler un nom propre ou une date. En ce cas, il n'est que l'attention patiente pour rompre l'espèce de charme qui tient le mot captif. Ce que nous supposons présentement est tout autre chose : c'est l'élection réfléchie d'une idée entre plusieurs également présentes, la préférence donnée à un mot, à l'exclusion d'un autre que nous avons en même temps dans l'esprit et, pour ainsi dire, sous la main.

Or, ce qui nous doit déterminer, c'est la convenance parfaite du mot avec ceux qui l'entourent, ou plutôt — car l'idée est tout — c'est le juste rapport de l'idée avecla pensée où elle entre comme élément. Parmi les divers aspects d'un même objet principal, celui-là fixe notre choix, qu'il est plus à propos de mettre en lumière; et cet à-propos est chose relative, il dépend de l'ensemble de la pensée.

Nous n'écrivons point un manuel d'écoliers, et toutefois un exemple est ici indispensable. Ne le cherchons pas loin; prenons une phrase qui est dans toutes les mémoires, la première de l'oraison funèbre de la reine d'Angleterre. Tel qui la sait par coeur y a peut-être encore quelque chose à découvrir.

« Celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les empires, à qui seul appartient la gloire, la majesté, l'indépendanct... » Pour nous convaincre de l'heureux choix des mots, essayons quelques synonymes : «'est la pierre de touolie de la justesse.

Pourquoi Bossuet n'a-t-il pas dit : « Celui qui commande aux cieux? » Ainsi a fait Racine, et avec quelque élégance l

Ce Dieu Jaloux, ce Dieu victorieux.

Frémissez, peuples de la terre.

Ce Dieu jaloux, ce Dieu victorieux

-mi

Est le seul qui commande aux deux.

Ni i ni le tonnerre

n| poillt à VOS (li('U\ i .

Eh bien! commander est à sa place dans la strophe,

qu'il s'agit de dieux ii\aux qui se disputent l'empire

du ciel et I' des créature^. Chez. Bossuet, régner

: le mot propre. Pourquoi? En raison de sa corrélation

-truite el saillante avec la pensée générale. Roi du Ciel,

l>i< titre le maître et le docteur des

- «lu monde. Sa royauté nécessaire fait et montre plus

immédiatement son droit sur ces royautés d'aventure et

d'emprunt n que nous regardons de si bas (2) ».

< ta nous rappelle que de lui relèvent tous les empires. Pourquoi ne pas dire qu'ils en dépendent? L'expression it encore juste et forte, mais nous laisserions échapper l'idée de vasselage empreinte dans le mot même. Nous porterions atteinte à la pensée générale, ou Dieu nous est présenté, non pas seulement comme le souverain, mais comme le suzerain des rois. C'est la vieille hiérarchie féodale qui s'achève et se couronne. Dieu montre aux princes que « pour être assis sur le trône ,ils n'en sont pas moins sous sa main et sous son autorité suprême (3) ».

Or à Dieu appartient la gloire. Ecrivons qu'il la possède : quelle différence! Un pur fait, à la place d'un droit, du droit primordial, unique. A ce compte, Dieu n'a sur les rois q l'une supériorité trop mesquine. Eux aussi possèdent, mais sans que rien leur appartienne : majestés empruntées à qui Dieu communique sa puissance, jusqu'à l'heure où il trouve bon de la retirer à lui-même et de ne leur laisser que leur propre faiblesse. Toutes ces pensées, qui suivent

(1) Racine, Esther, acte I, chœur.

l'.ossuet, Oraison funèbre de la duchesse d'Orléans. Bossuet, Oraison funèbre de la reine d'Anglclcrrc. lit déjà employé l'image analogue :

negum tttnendortan in proprioi nreges,

ïteget in ipsos imperium est Jovls...

l'idée simple, précision, propriété 383

immédiatement dans le texte, font ressortir la propriété parfaite du mot que nous discutons (i).

C'en est assez pour mettre en pleine évidence la loi fort simple qui préside au choix des termes, des idées. Leur mérite, aux yeux de l'esprit, est dans leur justesse; et leur justesse est pratiquement toute relative, elle consiste dans leur rapport exact avec la pensée d'ensemble. Par là commence la logique du style, sa vérité.

(ï) Serait-il sérieux de dire que Bossuet n'a point songé à tout cela, non plus que les autres maîtres à certaines finesses dont les critiques leur font honneur ? Un musicien habile improvise selon les lois de l'harmonie et de la logique musicale, sans même se laisser le temps d'y réfléchir. Sans avoir soin de s'arrêter à y prendre garde, un esprit puissant et mûr écrit avec plénitude, justesse et vigueur. Mais ces qualités sont réellement dans l'œuvre, et c'est fort bien fait à un esprit ordinaire de les y étudier pour les rendre siennes. Encore Te musicien et l'écrivain de génie ont-ils dû commencer par la réflexion de détail pour arriver à cette justesse facile qui devance la réflexion.

I Il \ PITRE II

1 ll'l 1 5IMP] 1 ET LES FACULTES ALTHES Q\ I I INTELLIGENCE:

Exigences Je lhnagination quant à l'idée simple. — Ellessont moralement constantes. — L'image. — L'image mfileeà la notion de pure intelligence. — Echange de lumière entre elles deux : Bossuet. — Charme, puissance, mérite de ce mélange.

Qtière a droit et action sur le style et sur sesmoindres détails. L'idée simple ou le mot, qui est dans le style l'élément premier, irréductible, subit donc l'influence de toutes les facultés humaines, mais à des degrés divers. L'intelligence du lecteur et de l'écrivain y intervient sansrelâche, exigeant la justesse d'une part et s'y efforçant de l'autre. Il nre>t permis à aucun terme d'être impropre, à. aucune idée d'être seulement approchante, c'est-à-dire au fond, inexacte. L'esprit sérieux qui veut bien nous écouter poursuit -ins quartier ni trêve notre naturelle indolence, et ne nous accorde pas un seul instant la molle facilité de près Nous avons dit longuement cette exigence; il riou^ sible de passer un peu plus légèrement sur

.très.

es de l'imagination n'ont pas cette inexorable continuité; elles ne sont que moralement constantes. Il n'est ii' que i baque mot soit une image, c'est-à-dire que

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