‹ Théorie des belles-lettresChapitre 7 sur 112 · PRIN( III · texte numérisé non relu

PRIN( III

toute lettre sérieuse ou badine, de ition qui sort tant suit peu de la banalité

pun

subtiliser ce qui esl simple et d'établir manifeste. Or il esl simple el inanition de la parole veut être puissante ou .ilm d'obtenir son plein effet. A-t-on dessein de convaincre, île toucher, d'enflammer, d'apaiser, voire • el de faire sourire? Fût-on sans art et sans inéth' hie, un s'efforce de mettre dans son discours

tout ce qu'on sait capable d'aider au résultat; on s'attache a rendre lussi saillants que faire se peul et l'objet en question 1 1 le sentiment qu'on en a soi-même. C'est qu'on veut dominer toute lame de l'auditeur, afin de la pousser tout entière dans un sens déterminé.

Oue si l'action de la parole veut nécessairement et comme d'instinct se faire puissante, l'honnête homme, le chrétien surtout, savent de plus qu'elle doit être ordonnée. ît-ce à dire? Avant tout, qu'elle doit respecter la nature légitime de l'âme où elle s'adresse. Le lecteur est trop équitable pour exiger de nous dès les premières pages ppements et applications qui feront tout ce livre; mais il lui est bien aisé d'entendre vite ce dont il s'agit présentement. Sans toucher encore à la question de moralité proprement dite, n'est-ce pas chose d'expérience que telle lecture va de soi à grandir notre âme, et telle autre à la déprimer; que celle-ci rompt le concert de nos facultés en exaltant outre mesure l'imagination, la sensibilité, les nerfs eux-mêmes; — que celle-là, tout au contraire, 1 entri tient et le- fortifie en les exerçant toutes ensemble et une juste proportion? Avec ses images flottantes et sa musique i enchanteresse, Lamartine nous détend, nous amollit, nous magnétise délicieusement et nous endort l'esprit. Avec ses audaces folles de romancier, de dramade lyrique même, V. Hugo nous surexcite, nous ", nous remue jusqu'à nous bouleverser Prenons I let ou Corneille : ces maîtres nous font penser, voir, sentir, vouloir, dans un équilibre d'âme qui nous épure et nous éN , \ les pratiquer, nous nous sentons à la fois plus calmes; d'un mot, nous nous sentons hommes, et c'esl l'impression toute contraire que

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nous donne le contact des violents et des excentriques, des rêveurs et des amollis.

On conçoit donc, pour l'avoir éprouvé bien des fois, comment l'action de la parole peut être désordonnée sans y perdre absolument sa puissance de fait, et, pour le moment, nous n'en voulons pas davantage. On entrevoit du reste ce que la suite mettra dans un plus grand jour, que le désordre n'ajoute rien à la puissance réelle, qu'il l'amoindrit même d'autant; on voit du moins, sans doute possible, que cette parole puissante mais désordonnée ne saurait être acceptable ni vraiment belle, puisqu'elle va contre la nature de l'âme. — Mais l'âme, dit-on, l'agrée; elle se complaît par instants aux écarts de l'imagination, aux emportements ou aux langueurs de la sensibilité. — Qui l'ignore? Qui le conteste? C'est que sa nature morale est double; c'est que le bien et le mal, l'ordre et le désordre s'y rencontrent et s'y combattent. Le bon sens l'avoue, la foi en dit la cause qui s'appelle de son nom le péché originel. Quant à ceux qui nient jusqu'au fait de ce dualisme, qui veulent que tout soit bon, droit> juste et sain dans l'homme, n'écrivant ni une philosophie ni une théologie, nous n'avons rien à démêler avec eux.

Pour tout ce qui pense, le désordre est un fait, mais il ne sera jamais autre chose; l'ordre seul est et sera toujours le droit. 'Donc l'action de la parole a, comme toute autre, le devoir de s'y tenir. Plus elle est puissante sur les âmes, plus elle se doit, non pas de caresser leurs instincts quelconques, mais de respecter, de développer leur vraie et saine nature. Comment le sens chrétien ou si nplement honnête admettrait-il un instant que Dieu ait pu vouloir et créer pour un autre but cette admirable force morale? Vérités maîtresses et qui commandent l'adhésion, même dans cet énoncé rapide, mais auxquelles nous donnerons plus loin toute leur ampleur.

Objectera-t-on les franchises de l'art? Mais, de bonne foi, s'imagine-t-on l'art subsistant et faisant loi en dehors et à l'encontre de la vraie nature humaine? Est-ce bien sérieusement qu'on revendique pour lui le privilège de n'en tenir compte, de la contrarier, de la ruiner même au gré de ses caprices souverains? Pour en venir logiquement à un semblable paradoxe, il faut afficher ou supposer ces principes :

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l'homme; tout ce qui est a droit d'être

■ 1 Bt 1 li -Milic ne sont que cou-

ira fantômes de l'esprit. Encore un coup,

s i nous mettr< en peine de prouver le

dès lors, il s'impose. Dès lors aussi, l'art i définition toute faite : il est l'art il

.r l'hom la parole une action morale puis-

I i ! finition n'est pas contestable et, dans sa banalité ne de conséquences, car nous en rtir les deux lois fondamental - Vction puissante ou c'est tout un; donc il lui faut saisir l'homme tout entier; — action ordonnée, donc elle réglera sa pui l'après les exigences légitimes de l'âme et ictère des objets qu'elle présente. N'estce point là toute l'éloquence, toute la littérature en abrégé (i)?

\ e compte, on parlera bien, parce qu'on par! ra suivant la nature et la fin de la parole, suivant la nature et la lin pratique des objets proposés, suivant la vraie nature et la vraie fin de l'âme, entendez également de celle qui parle et de celle qui écoute, de celle qui se donne et de celle qui reçoit. Toute notre tâche va être de préciser et d'étendre ces premières vues de bon sens.

ut de passer outre et comme pour encourager le lecteur à nous suivre, nous le prierons d'observer combien la littérature, ainsi entendue au vrai, devient sérieuse,

i Cette définition s'éclaire encore et s'autorise de sa conformitr- même avei une foule de notions tout à la fois rel et familières, où puissance et ordre figurent comme éléments ■

que la vertu ? L'ordre dans l'amour, ordo antoris, à ni Augustin; et l'amour, c'est la puissance, l'activité,

l'élan, li \ie.

que la beauté? La plénitude dans l'ordre, info lit quelque part saint Thomas; la plénitude, le i de la puissance, mais l'ordre toujours. que le talent, le génie? Ce qu'est la vertu en

inœ qui se déploie dans la règle.

que l'inspiration artistique? Un état complexe,

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