I. p l'.i uyèi • : De quelques usages
D1GHESSI0N, LA LANtil i:
institutions détruites, et l'on frémit de penser que, pour la foule, nombre d'idées chrétiennes vont tombant de jour en jour avec les mots qui les portaient.
re, changer, disparaître : telle est^donc la destinée
des mots, nés mortels comme toute* nos œuvres et comme nous-mêmes. Encore ont-ils de plus que nous ici-bas des chances de résurrection et de métempsycose. Mais enfin ne rêvons pas pour les langues une fixité immobile; elles ne s'arrêtent ainsi qUG dans la mort. Toutefois ce n'est point absolument mal t'ait de dire qu'une langue se fixe au moment où elle devient relativement parfaite. « Nul doute qu'il ne se rencontre une époque où l'usage, en fait de langue, exprime un état des esprits plus sain, plus vigoureux, plus élevé ou plus délicat, plus subtil, plus ingénieusement corrompu. C'est entre ces deux points qui se trouvera la belle époque d'une langue; et si les écrivains de génie ont abondé dans le même temps, s'ils ont agité toutes les grandes questions dont l'intelligence humaine s'occupe sous peine de dégénérer, cette époque ne cessera pas d'agir sur ,les époques suivantes. Sa langue, lors même qu'elle ne sera plus complètement usuelle, demeurera classique, et on ne pourra, sans emprunter quelque chose à cette langue, se rendre familiers les sujets qu'elle a traités et qui sont incorporés à ses expressions. Qu'elle soit ensuite calquée par des imitateurs sans génie, ou forcée, exagérée par des novateurs sans goût, elle n'en reste pas moins un type de perfection relative. Ce sera le grec d'Athènes depuis Eschyle jusqu'à Ménandre, le latin de Rome depuis Térence, César. Cicéron jusqu'à Tacite, et notre français depuis Descartes et Corneille (1). »
Appelons donc point de fixité le point de perfection. Mais où le mettre? Au moment où se produit la rencontre la plus heureuse de la richesse et de l'unité.
Or, si l'on entend ce que richesse veut dire, on peut douter jusqu'où une langue peut et doit être riche. Faut-il lui demander, comme Fénelon, un mot unique et spécial « pour exprimer chaque objet, chaque sentiment, chaque action (2)? » Mais tout d'abord est-ce possible? et une pa-
(1) Villemain : Préface du Dictionnaire de l'Académie, iS35.
(2) Fénelon : Lettre à l'Académie.
STYLE
reille préten^ Qe nous jette-t-elle pas dans l'indéfini? ' ' ijsable : qui pourra savoir sa langue? Enfin
tfts de parole dont la peur a rendu ! 1 5«an»n'ont-ils pas une puissance et une grâce 3 FaiWess^umaine, soit; il serait plus beau de 1< r par intuition nfermant sous une id
in terme toutes les -combinaisons et relations possibles. Mais nous sommes lu.. mes et, à ce compte, il est curieux de voirl'espril arriver pa.l'analyse à une synthèse plus lente; il y a intérêt et profit \ le suivre dans cet effort, .1 retrouver dans l'expression détournée les éléments divers dont il la compose. Quand Homèrenous peint Andromaque souriant d'une façon pleurante, cite association, contradictoire en apparence et pourtant si vraie, nous donne peut-être plus de plaisir, ou du moins in plaisir d'autre nature, que sr le poète avait pu tout mettre. aans un mot. Soyons modestes, et, pour estimer une langiie rich' • ne lui demandons pas une impossible abondanc€ ' Qu'elle ail des termes spéciaux pour tous les éléments ordinaires de la vie matérielle, mais surtout de la vie intellectuelle et morale. Qu'elle ait une syntaxe à la fois souple el précise, condition d'aisance et de clarté. K)ne le bon sens populaire et le génie des écrivains créateurs aient mis en usage un bon nombre d'expressions Lot de combinaisons de mots nettes et heureuses. A ces N tro*s conditions, la langue est riche, la pensée est à l'aise f' elle aurait tort d'accuser son instrument.
•il à l'unité, d'autres disent à l'analogie, c'est af sses
i t n voyageur conte que son compagnon, Russe de n) aiS sanoe, lui faisait des questions comme celles-ci : « Comnv ''nl appelez-vous en français, un champ de blé dont les L 'pl
commencent à se montrer?... Comment nommez-vous, di ans v"'"' langue, un Ihre dont on ne coupe les pages qu'à mes{ are qu'on les lit:1 » (V. Meignan : De Paris à Pékin, par fer! n Noua en demandons bien pardon à la langue russe; mais esf '" donc li une vraie et sérieu:se richesse? Cependant, à tC. ou prendre, cette richesse est possible. G- qui ne l'est pas, c'e 1 existence durable de plusieurs mots à la fois pour une seu) lussi faut-Il tenir pour une boutade pim el simple, récriminations que mademoiselle de Gournay o|
DIGKESSlOiN, LA LA.NUUK /|[I
de la définir pour les langues dérivées comme lu nôtre. Elle suppose tous les mots sortis d'une même source et par une dérivation toujours identique en ses procédés. Le français serait parfaitement un, si tous les termes de son vocabulaire étaient de provenance latine et transformés suivant des lois constantes. C'est au douzième siècle et au treizième qu'il approchait le plus de cet idéal; et à cette époque, il fallait encore attendre quatre siècles son plus haut point de richesse. On le voit : rien n'oblige ces deux qualités à marcher de pair, et voilà pourquoi le point de fixité et de perfection est celui de leur plus heureuse rencontre. En ce qui nous concerne, l'époque de Louis XIV demeure sans conteste en possession de cet avantage. Alors, la richesse étant magnifique et l'unité sans altérations trop sensibles, on put dire notre langue formée, achevée, fixée, parfaite, car c'est tout un.
sait aux réformes de Malherbe : « Ces beaux docteurs et poètes du temps ont beau me démontrer qu'ils me fournissent douze mots pour me di:re ceci ou cela, sans celui qu'ils prétendent déconfire pour me l'arracher. J'en veux quinze ou vingt s'ils y sont, car je ne veux rien perdre. Je suis comme une petite fillette qui se lamentait à hauts cris pour la perte de sa poupée, et sa mère étant accourue à la hâte au secours avec une autre poupée aussi joviale, elle Ja reçut bien à deux mains; toutefois elle recommença de plus belle à crier, alléguant que, sans la perte de la première, elle en eût eu deux alors. » La comparaison ne vaut pas. (V. Feugère : Les femmes poètes au seizième siècle.)
Si la perfection d'une langue est durable. Los bons écrivains travaillent 'i fa faire durer. — Archaïsme légitime
ie ïégitin Suivre l'usage en le maintenant.
Il esl trop clair qu'elle n'a poinl su tenir à la perfei lion acquise, et nous n'écrivons le présent chapitre que pour en venir à étudier tic près cette décadem i . L'estimerons-nous d'ailleurs fatale? l-M-<a- une loi que la période parfaite ue puisse durer bien longtemps? Nous n'en sommes pas convaincu. Pourquoi, toul en continuant d'être um- Ire el surtoul d'acquérir, la langue ne resteraitpoinl ûdèle aux lois qui l'onl formé» ? Ce n'est pas la richesse qui peut décroître, et quelle force contraint l'unité imoindrir? L'inconstance humaine, dira-t-on. Mais [ui puisse contenir l'inconstance humainéf • le christianisme n'a pas mission directe de former ou de : les langues; mais le croira-t-on sans
influence médiate sur leur formation et encore plus sur leur maintien? La langue obéit, comme la pensée, à toute morale, et la première des forces morales ferait ption toute seule? Otez de l'histoire l'apostasie du dix-huitième siècle et la Révolution qui la couronne lie différence pour notre vocabulaire! Que d'altérations moins I
Mais peu importe. Fatale ou non, tous les écrivains sé-
ttai lieui ,:i retarder la décadence, en maintenant,
missanl de toutes leurs forces la langue de notre
d'or. Pour ne citer que deux prosateurs illustres, cette
m esl visible chez Louis Veuillot, par exemple,
• i. Beuve. Nombre de tours el de mots leur
■- qui n 'apparaissent jamais dans la petite
litt ■ rnl Est-ce là de l'archaïsme? Peut-être,
mais !'.: n légitime assurément. Il cesserail de l'être là où
commenceraient l'obscurité et l'affectation. Pourvu que l'affectation soit absente et que l'expression légèremenl démodée resl par ailleurs intelligible, sachons gré aux
maities de nous garder nos trésors. Il ne tient pas à l'ignorance que nombre de beautés ne périssent par désuétude; mais, Dieu merci, on peut encore leur prolonger la vie et, pour qui veut être de son temps, il n'y a pas encore obligation absolue d'oublier le français.
Que si les bons esprits conservent, par suite, ils ont peu de goût pour innover. En matière de néologisme, ils s'en tiennent volontiers au vieux précepte d'Horace. Sobriété, prudence à créer des mots; plutôt des alliances neuves entre termes déjà en usage. Faut-il pourtant nommer de récentes découvertes? Pas de scrupule; enrichissons la langue, mais en même temps veillons à son unité. Pour que l'acquisition soit de bon aloi, recourons a la source, et ne geusons pas cbez les autres idiomes vivants des mots tout faits dont le moindre inconvénient est d'avoir fort mauvaise grâce dans notre bouche.
En somme, le rôle des écrivains est simple : suivre l'usage et tout ensemble travailler à le maintenir dans la voie droite, résister sagement aux impatiences et aux caprices de ce maître incontesté des langues.
Et qui donc le fait, cet usage? Qui a le droit de le faire? Est-ce la foule? Est-ce l'élite, la véritable élite des esprits? Sans nous attarder aux conjectures et aux théories curieuses, disons qu'à notre gré c'est l'un et l'autre. Créer les mots et les fixer à l'objet, c'est nommer l'objet, c'est en définir l'essence. Or nous pensons avec Platon et Joseph de Maistre que c'est là une des plus hautes fonctions de l'esprit (i). Dès lors elle revient de droit au bon sens populaire et au génie, si bien faits pour se rencontrer dans le
i « C'est une grande chose que l'imposition des noms et qui ne peut appartenir ni à l'homme mauvais ni à l'homme vulgaire... » (Platon : Cratyle.) Pythagore avait dit : « La plus sage de toutes les •choses, c'est le nombre, et. après le nombre, l'imposition des noms. » La même conclusion ressort, par exemple des observations de Max Mûller sur la profonde philosophie du langage primitif, des premières racines connues. {Leçons sur la science du langage, leçon IX.
STYLE
vrai Quant au talent de second ordre, quand au demi- .! devient le fléau des langues dès qu'il se nicK- de - mu hir méthodiquement et par principes. En ce point, I h du Maistre a dit leur fait aux prétendus philosophes du dix-huitième siècle, et c'est aujourd'hui un lieu commun - h philologie que l'unité do notre langue a été tout il a- ! altérée par les pédants du quatorzième et du quinzième i Laissez donc faire la foule et le génie. Mais g ni< est rare, et son vrai rôle, le vrai rôle du talent supérieur, est plutôt de contenir les égarements de la fo.ule et de la rappeler au bon sens. Bossuet attribuait au peuple et l'initiative et la sanction en matière de lanc< L'usage, je le confesse, est appelé le père des [jues. Le droit de les établir aussi bien que de les ader n'a jamais été disputé à la multitude; mais si cette liberté ne veut pas être contrainte, elle souffre toutefois d'être dirigée. » 11 ajoutait, parlant aux académiciens parmi lesquels il prenait place : « Vous êtes, Messieurs, un conseil réglé e! perpétuel, dont le crédit, établi sur l'approbation publique, peut réprimer les bizarreries de l'usage et tempérer les dérèglements de cet empire trop populaire ». Impossible de mieux dire. Voilà bien l'action conitrice du talent, et l'Académie, dans la pensée même du fondateur, n'était autre chose que cette action érigée en institution publique.
Mais commenl se défendre ici d'une triste réflexion:1 La langue d"it obéir à la sagesse populaire, à l'admirable bon sens 'Us foules. C'est le principe, c'est l'ordre, et il fallait bien le rappeler Qu'arrivera-t-il pourtant >i la sagesse populaire est corrompue par système? (juin sera-t-il de la jue el de bien d'autres choses, hélas! si l'éducation révolutionnaire et la mauvaise presse font descendre jusque dans ii - masses l'illusion et l'orgueil du demi-savoir? Alors surtout, l'écrivain jaloux d'être utile devra rutter de toute -.m influence rentre un néologisme également redoutable qui nous reste de bon sens et de bon français. pas la situation présente? Essayons de la bien ivoir.
i Y. Brachel : Grammaire historique, — A. Loiseau : Histoire de la langue française.
La langue française. - Néologisme de mots. - Formation quasi française. — Formation plus barbare. — Politique administration, finances. — Sciences physiques. — Histoire' - Philosophie. - Arts et industries. - Barbarisme de fantaisie pure
Il n entre point dans notre sujet de refaire l'histoire de la langue française avant Louis XIV. Cette histoire est aujourd'hui partout. Nous rappelions tout à l'heure le pédantisme du quinzième siècle, latinisant à nouveau les termes de pure veine française et nous amenant presque à despumer la verbocinatîon latiale dans le ton de l'écolier de Rabelais. On sait les audaces de Ronsard, mais aussi les frayeurs que lui donnait, à ses heures de sagesse, l'application outrée de son principe (i). Malherbe dégasconne la cour et, de sa main rude, mutile quelque peu la langue en la réparant. A l'hôtel de Rambouillet, on la dévulgarise; tandis que, dans un coin, Vaugelas, le secrétaire du bel usage et le témoin de la censure générale, prend des notes
(i) « Je te veux avertir de n'écorcher point le latin comme nos devanciers, qui ont trop sottement tiré des Romains une infinité de vocables étrangers, vu qu'il y en avait d'aussi bons en notre propre langage. » (Art poétique, à d'Elbeine.) — « Mes enfants, défendez votre mère de ceux qui veulent taire servante une demoiselle de bonne maison. Il y a des vocables qui sont français naturels, qui sentent le vieux, mais le libre et le français... Je vous recommande par testament que vous ne laissiez point perdre ces vieux mots, que vous les employiez et défendiez hardiment contre les marauds qui ne tiennent pas élégant ce qui n'est point écorché du latin et de l'italien, et qui aiment mieux dire coUauder, contemner, blasonner, que louer, mépriser, blâmer. Tout cela est pour l'écolier de Limosin. » (Paroles attribuées à Ronsard par d'Aubigné, dans la préface des Tragiques.)
s .'i venir. C'est l'époque où lout le mondfi
• . travers, de raffiner sur notrt
li lui infliger un< sorte d( révision universelle,
rilleuse, mais qu'inspire et dirige en somme
utiment que l'heure est venue de la perfection
befs-d 'œuvre .1 Les chefs-d'œuvn éclosent eneBi
et, poui fixer la langue, il- font plus que le travail d<
- littéraires.
■ ii- vite sur le dix-huitième sièi li . funeste as ment au parler français comme aux idées, mais où 1rs tonus et ! généi il s'altèrent plus que les mots La
R lution commence la grande invasion du néologisnu puis lors, le caprice tond à régner en maître, ici form s, ailleurs altérant les acceptions, choi plu- grave, et confondant les idées pai un échange téméraire de leurs signes. De pari ci d'autre, il obéit, tout rice qu'il est, à certaine- grandes lois morales et leur rend ainsi témoignage sans le vouloir. Voilà qui nousintéresse beaucoup plus que ses formes et procédés matériels ''2).
Attachons-nous d'abord au néologisme de mots, à celte facilité d'innover qui jette le barbarisme par torrents dans la circulation quotidienne. Quelquefois il veut bien rester populaire et français d'allures, tirant par exemple de termes
l.i langue h inçaise, qui jusqu'à présent n'a que trop ressenti la nérrlitrence de ceux qui eussent pu la rendre la plus parfaite des modernes, est plus capable que jamais de le devenir, vu le nombre des personnes qui ont une connaissance particulière des avantages qu'ell<' possède et de ceux qui s'y peuvent encore ajouter. » Œdit de fondation de I \i adémie ti ançau
■ i! \ .1 quarant ans, un ecclésiastique de mérite prépa-
rait -ur V néologisme une thèse de doctorat ès-Mtres, que
la morl Pempécha de soutenir, mais donl les matériaux 'du
ui"in- furent publiés et vont non- être d'un bon usage
L'abbé Poullet : Discours sur l'éducation. Pringuet, i85i,
I n un membre de l'Université, M. A. Darmesteter,
étudiait ;*< son tour la question. (De la création actuelle dét nouveau» dans lu langue franç-nisr et des lois qui lu ni. Vieweg, in-8 l Sans déprécier ce dernier on
déjà reçus des dérivés téméraires, mais assez conformes encore à nos grandes lois de formation : impartagcable , illittérai rc, incontrôlable, imperméabUisation, et autres semblables. On en a patiemment dressé la liste, et il y a pour faire frémir un amateur de la belle et pure langue française. C'est Bien quelque chose ,mais nous verrons pis. Ici l'idiome a droit de se plaindre, mais encore lui garde-t-on certains égards, en jetant sur ces intrus quelque chose qui ressemble à sa livrée. Ce qui reste déplorable, c'est le sans-gêne passé en coutume et presque en loi, c'est le droit reconnu à chacun de torturer la langue. Par paresse, nous négligeons de l'apprendre, et notre vanité s'accommode mieux de la juger trop pauvre pour suffire à nos conceptions et à- nos saillies. Nous sourions peut-être des scrupules de nos pères en matière d'usage; mais que penser de notre désinvolture et de notre tranquille mépris des traditions? Excès pour excès, mieux vaut encore celui du respect.
Voici, dans les mots, un néologisme d'un autre genre plus étendu peut-être, mais à coup sûr deux fois pire. Le plus souvent en effet, par la barbarie de ses formes, il rompt beaucoup plus ouvertement avec l'unité du langage. Ajoutez que la plupart du temps il touche aux idées de bien plus près, signe et cause de leur obscurcissement, accusant et propageant tout ensemble la confusion universelle, ou tout au moins étroitement lié aux plus contestables de nos progrès.
Triste richesse, par exemple, que ces innombrables appellations de partis, d'opinions, voire même d'institutions politiques, véritable langue nouvelle et matière à un vocabulaire de belle taille. Avons-nous gagné beaucoup à voir et à nommer des terroristes, des modérantistes, des
notons une différence bien significative. Le prêtre examinait, le néologisme en philosophe; il y cherchait des idées, des lois intellectuelles et morales, finalement des conclusions pratiques à l'usage des écrivains. Aujourd'hui le point de vue est autre : on collige des faits, on les range en catégories qu'on appelle lois philologiques, et on en demeure là. Est-ce un progrès ? Soyons philologues, à la bonne heure, mais avec l'aide de la philosophie et à son bénéfice.
plus tard des anarchistes ou des collecti-
:'i où l'on u'eût trouvé jadis que des Français?
L'administration nous apporte à son toui sa pan de con-
ncUonnarisme, centralisation, réglementation, et
bureaucratie, véritable monstre philologique ou te
. -v - miss ni contre nature d ins un ma-
plus forcé que celui de Molière. Ne parlons paa des
iiiKin re une langue neuve qu'il fallait créer sans
doute. mais pourquoi si barbare?
à l'endroil du néologisme doctrinal. I * s \ hysiques avaient à faire ou à compléter leur aclature; soit, liais fallait-il de nécessité que la médecine parlât grec? La botanique avait-elle besoin, pour m faire savante, de tant de barbarismes polyglottes aussi peu rationnels parfois que bureaucratie mè
En histoire, la mode était, chez nos aïeux, de franciser les noms exotiques anciens ou modernes. On sourit d'entendre Auguste dire à Cinna :
Hais oses-tu penser que les Scrviliens,
Les Cosses, les Mélels, les Pauls, les Fabien-, etc.
On rirait volontiers aux éclats de rencontrer, chez Froissart, la comtesse de Salisbury devenue dame de Salebrin, ou, chez madame de Afotteville, le brillant Buckingham travesti en M. de Bouchinclian. Mais n'en >erions-nous pas venus aujourd'hui à l'extrême contraire? Que, dans un ouvragi historique, on restitue aux Francs, nos ancêtres, leurs vieux noms plus ou moins barbares, que Clovis redevienne Hlod-wig el Charlemagne le grand Karl : il y a là une nuance de vérité que nous ne déprécierons pas. Toutees rudes vocables envahiront-ils aussi de plein droit : iem e éï la poésie? A coup sûr, ils n'\ Boni pas nécessaires, et l'orateur, le poète surtout, doivent quelque respect à nos oreille- De môme c'est fort bien fait de distinguer la mythologie hellénique du grossier syncréromain, de ne plus confondre \\>'ri- avec Junon ou irtém Diane. El malgré tout, les dieux grecs ba-
billé- .1 i,i française font en vers nue assez déplaisante , et nous n'oserions pas répondre que l'accoutumance
DIGRESSION, LA LANGUE 4lQ
finira par nous rendre agréables les Kéres, Até, Ananké, Zens, Héré, Poséidon, et leurs pareils. Sans doute les néologismes de ce genre n'entraînent pas un péril grave; mais au moins ne faudrait -il pas que l'impuissance prétentieuse de quelques poètes et la complaisance naïve des lecteurs s'imaginassent voir dans ce travestissement je ne sais quel renouveau de jeunesse et d'intérêt pour les pauvres Olympiens dont notre littérature avait enfin secoué le joug.
Quant à la philosophie moderne, on en est à regretter pour elle les a entités, virtualités, eccéités, pétréités, polycarpéités et autres enfants et ayants-cause de défunt Maître Jean Scot leur père (i). » A-t-elle gagné à s'enrichir des dépouilles de Kant, objectivité, subjectivité et le reste? Est-ce bénéfice pour elle que la pullulation de ces « détestables ismes » comme disait si bien Joseph de Maistre, la plupart noms d'erreurs ou de systèmes et qui, malgré qu'on en ait, attachent maintenant presque toujours à la notion où ils s'accolent je ne sais quelle vague nuance d'hypothèse risquée ou de préjugé sectaire? — Mais catholicisme, christianisme! dira-t-on. — Avec le prince de Metternich écrivant à Donoso Cortès, nous avouons aimer moins ces appellations depuis que les autres ismes ont pullulé (2). Dans un siècle où toutes les distinctions s'effacent, où l'altération des idées mène vite à leur négation pure et simple, il nous déplaît de voir la vérité confondue avec les erreurs, ne fût-ce que par une ressemblance matérielle dans la désinence des vocables. C'est à peu près de même que nous souffrons de l'entendre mêler avec les sectes dans ce pluriel insultant, les Religions. Il y a les religions fausses, elles foisonnent; mais qui dit la Religion, entend la vraie, ou ne s'entend pas, ou a le mal-
(1) Boileau : Arrêt burlesque. — Quoi qu'il en soit de cette boutade, nous tenons la seolastique pour la seule philosophie digne de ce nom et sa terminologie pour excellente, sauf, bien entendu, les excentricités de quelques esprits bizarres. Mais aussi voulons-nous, pour des raisons supérieures que la seolastique parle latin et que ses termes spéciaux n'entrent que discrètement dans la langue littéraire.
Donoso-Cortès : Œuvres, t. II, p. i83.