‹ Théorie des belles-lettresChapitre 73 sur 112 · L IDEE COMPLEXE ET LA RAISON · texte numérisé non relu

L IDEE COMPLEXE ET LA RAISON

L'idée complexe ou jugement implicite. — La raison y peut trouver la vérité. — Elle y veut la justesse absolue (vérité") et la justesse relative (opportunité)- — Logique du style. — Classification des idées complexes.

Quand Bossuet désigne Dieu par cette périphrase grandiose : « Celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les empires... »; quand l'enfant chrétien dit familièrement « le Bon Dieu »; nous avons là de part et d'autre plus qu'un mot et moins qu'une phrase, plus qu'une idée simple et moins qu'un jugement explicite. C'est une expression composée, c'est une idée complexe : une idée, car tout se borne à représenter un objet unique; mais une idée complexe, parce qu'elle implique un jugement, une affirmation. Après tout, Bossuet et l'enfant n'offrent à l'esprit que la notion même de Dieu; mais l'un affirme de lui la royauté souveraine, l'autre lui attribue implicitement la bonté.

Ces idées complexes, ces expressions résultant d'un Jugement implicite, sont comme un second élément de la parole. Elles y abondent sous formes diverses; elles y font une assez large part de ce qu'on appelle le style

-ru 1

ii y aurait-il point proGt à li nir sous une l<>i commun I ssayons-le.

Il va sans dii < que toutes les facultés concourent à la

comme au choix < ntre les pies Nombi le ces expressions fonl image ou •reiit un si Qtiment. Mais ici, la raison a des droits plus : lu<. elle oe trouvai! qu'un germe incomplet de vérité, une pur im • du mol avec ses entours. L'idée com-

plexe lui peut offrir la vérité proprement dite, L'affirmation, implicite de forme il esl vrai, mais réelle et dès lors vraie ou fausse. De même, ces expressions peuvent, comme l'idée simple, être i hoisies avec plus ou moins de bonbeur, s'adapter plus ou moins bien, se lier plus ou moins itement, à la pensée principale où on les raltacbe. La raison a donc le droit d'y chercher el le d< voir d'y mettre une double justesse : la justesse absolue, — c'est la vérité même du jugement implicite, — la justesse relative, — st l'heureux accord de ce jugement avec la pensée prinile; en deux mots, vérité, opportunité. Ainsi avons- - « loi commune à tout» idée complexe, loi simple mais de conséquence et sur laquelle nous devons appuyer un peu.

st vrai que Dieu règne dans les i ieux et que de Lui relèvenl tous les empires. Il n'est pas moins vrai que Dieu bon. La périplir.i-. grandiose et la formule populaire on1 l'une et l'autre une justesse absolue.

M ris Bossuet pouvait, avec la même vérité, désigner Dieu par des attributs tout autres. Pourquoi celui-là? Et dan s analogues, d'après quelle règle devrons-nous

choisir? Un peu d'attention nous fait voir entre l'expression fi- l'action que prête à Dieu la pensée principale un rapporl un lien logique étroit. Pourquoi Dieu se glorifie-t-il de faire la loi aux rois terrestres el de

i On se tromperail d'opposer, comme Rivarol, le style figuré* au style naturel. Quoi de plus naturel que les figui Opposons-le plutôt au style nidimentaire el de logique pure, I qui procéderait par affirmations ou négations directes, uniformes el nues, ivec les rhéteurs, appelons figure tout artifice appréciable de langage, <t notons bien que tout ce qui artifi< e esl loin 'l 'être ai tificiel.

Page 1