L IDÉE COMPLEXE ET LA RAISON '| .". I
leur donner, quand il lui plaît, de grandes et terribles Teçons? Précisément et directement parce qu'il est le roi céleste et le suzerain des empires. Quel meilleur fondement à ce droit pratique? Ici donc, le rapport de l'idée complexe à la pensée principale est celui de la cause à l'effet. Ailleurs, ce sera plutôt opposition.
Les délices de Rome en devinrent l'horreur
dit Racine, et la sinistre métamorphose de Caligula est rendue plus frappante par le contraste de sa première popularité. Quand le même Racine écrit :
Celui qui met un frein à la fureur des flots Sait aussi des méchants arrêter les complots;
c'est la similitude qui fait le nœud entre l'idée du premier vers et la pensée achevée dans le second. Causalité, opposition, similitude : il semble qu'on puisse réduire à ces trois genres le rapport de l'idée complexe avec la pensée principale. Mais ce rapport est nécessaire. Avec et après le bon choix des idées simples, il concourt puissamment à la logique du style, logique voilée au premier regard, mais qui charme la raison bien avant qu'on ait le temps d'y prendre" garde. Joubert a noté « qu'il se fait dans l'esprit une continuelle circulation d'imperceptibles raisonnements ». Autant pouvait-il en dire du style. Pour être ferme, nerveux, plein, serré, car toutes ces métaphores se touchent presque jusqu'à l'identité pratique, il lui faut cette logique intime, cette puissante cohésion des détails s'appelant tous et se justifiant les uns les autres, vrais anneaux d'une chaîne souple mais forte et d'où rien ne se peut détacher.
L'idée complexe n'est, à le bien prendre, que l'épanouissement d'une notion simple, et elle se ramène facilement à l'une de ces deux catégories. Tantôt enveloppant l'objet d'un jugement implicite qui le caractérise, elle nous l'offre sous une forme équivalente. Là reviennent surtout la périphrase, la comparaison, la métaphore, l'allégorie. Tantôt elle achève la notion simple en la qualifiant par un des
attributs qui lui conviennent : c'est le cas de l'épithèl exemple. Examinons brièvement ces quelques formes. irons commandée pax le bon sens la double jusrelative; en môme temps et par sion, nous en étudierons la raison d'être et l'emploi dans
b. Quelques-unes, il est vrai, comme la comparaison et l'allégorie, * peuvent remplir toute une pensée, tout un
ippement, en quoi elles dépassent, à parler en rigueur, le cadrt de notre présente étude. Mais elles peuvent de même s'enfermer dan- les limites d'une expression, d'une idée complexe, et voilà qui nous donne droit de 1 étudier ici une fois pour toute-.
[uivalents. — la périphrase. — Les colères romantiques. — Où employer la périphrase ? — Pascal et Blanqui. — Les équivalents par similitude. — La comparaison. — Sa valeur devant l'imagination et la raison. — La métaphore. — Sa ir la comparaison. — L'allégorie. — Sa supériorité sur la métaphore. Difficulté spéciale des personnifi- < ations allégoriques. — Approfondir les rapports sans les outrer. — Métaphores incohérentes.
Au premier rang parmi les équivalent-, se présente /'/ périphrase, définition ou description partielle, substituée au nom propre el simple de l'objet ou de l'action. Nous connaissons cet artifice de langage, et c'esl un exemple de périphrase que nous empruntions tout d'abord à Bossuet. On -lit d'ailleurs les tolères du romantisme :
J'ai de la périphrase écrasé les spirales,
Hugo, el !<■ plaisant de la chose est qu'il en fait une eu b- disant. Mai- pourquoi tant fie haine ? Par réaction conti ccès de la dernière école prétendue classique.
l'idée complexe et la paison 433
De fait, la périphrase y fleurissait à côté de l'expression générale; elle servait de même à déguiser mille réalités estimées choquantes ou vulgaires (i).
Là-dessus, le romantisme poussait le mot propre jusqu'à la bravade : abus contre abus. La périphrase a du bon, mais à sa place. Pascal a dit : « Il y a des lieux où il faut appeler Paris Paris, et d'autres où il le faut appeler capitale du royaume. » Et quels sont-ils? Quand la périphrase vaut-elle mieux que le nom simple et court? Quand elle a une grande justesse relative, un rapport étroit avec la pensée principale. Appelons donc Paris la « capitale de la France » si cet attribut met mieux en lumière le rôle que nous donnons actuellement à la grande ville. Nous aurions dit par exemple à l'indolent roi de Bourges : « Vous ne rêvez que fêtes, et votre capitale est sous le joug. » Un historien de la Commune pourrait écrire : « La capitale révoltée comptait bien être suivie par les autres villes. » Ici l'attribut de capitale explique, à titre de cause, la présomption parisienne; dans le premier exemple il rendait le malheur de Paris plus saillant par le contraste. A préférer le nom propre, nous perdrions de part et d'autre l'idée d'une relation significative. Au contraire, quand, le io mai 1848, à la tribune de la Chambre envahie. Blanqui, discourant au profit de l'émeute, appelait Rouen « cette ville qu'une voie ferrée relie à la capitale », il n'y avait là qu'une banalité de langage insipide en soi mais expressive d'ailleurs. L'homme capable en un pareil moment de faire sa phrase et de s'écouter la faire, parlait évidemment à froid, et promet-
(i) C'est alors que Lebrun-Pindare s'ingéniait à rimer ce logogriphe ••
... Là, je triplais le cercla agile
Du chanvre envolé sous mes pas. .
Lisez : <( Je sautais à la corde et je faisais triple tour. » — Mais l'auteur se surpassait dans un quatrain vraiment ineffable :
La colline qui vers le pôle
Borne nos fertiles guérets.
Occupe les enfants d'Eole
A broyer les dons de Cérès.
Cela voulait dire en français que, sur la butte Montmartre,
il v a des moulins à vent !
STTL1
tait par là même d'être redoutable à la façon de Roh pierre ! observation est d'un témoin, de Louis Veuillot.
En effet les passions vives s'accommodent rarement do la périphrase; elle est trop lente à leur gré. De même l'écrivain l'évite plutôt, connue un poids el une gêne, ou l'accueille à regret, comme un expédient de style, un remède à d'autres inconvénients, l'équivoque par exemple. Elle ne lui agrée pleinement que si elle le sert par cette exquise opportunité que nous avons décrite : c'est alors uni i" usée de plus, et partant une force. Ainsi la loi de justesse relative ne nous apprend pas seulement à la bien faire, mais à l'introduire à propos.
Il en est de même pour les équivalents fondés sur la «■*;militude, pour la comparaison, la métaphore, l'allégorie. À tous il faut la justesse absolue ,1a vérité du jugement implicite, la ressemblance de fait entre l'équivalent et l'objet. A tous il faut la justesse relative, le rapport exact à la pensée principale, ce rapport qui fait l'opportunité de telle similitude, voire d'une similitude quelconque, ce rapport sans lequel nous aurions à comparer autrement ou même à ne point comparer du tout.
Venons au détail ,et remarquons en passant combien la comparaison proprement dite est selon le naturel du génie de l'homme. Voilà bien, dans ce procédé de pensée et de style, les deux modes ou, si l'on veut, les deux i ifirmités de notre connaissance : la succession qui nous oblige au rapprochement perpétuel; le besoin du sensible qui nous incline le plus souvent à y chercher des analogies pour nos plus nobles conceptions. De là aussi le double charme de la comparaison deux fois juste, c'est-à-dire opportune autant que vraie. L'imagination y trouve son aliment propre, et l'intelligence une lumière facile. 11 est vrai que l'analogie est rarement absolue; toute comparaison cloche, dit-on. A supposer le contraire, encore n'aurait-elle pas force de preuve : comparaison n'est pas raison. Mais en somme, l'esprit lui est grandement redevable : insuffisante i prouver, elle vaut du moins pour éclaircir; incapable d'établir par elle-même un jugement, elle nous aide à concevoir une notion. Il y a plus : à défaut d'un argument proprement dit, elle apporte à la vérité une vraisemblance;
l',idée complexe et la raison 435
elle lui est une sorte de témoignage, selon la fine observalion d'Aristote, le témoignage indirect qu'un ordre d'objets rend à un autre dans l'ensemble si bien lié des œuvres divines (i). Ainsi quand Notre-Seigneur use de la comparaison ou des autres formes de similitude, ce n'est point là une preuve, une base rationnelle à notre créance; mais il y aura plaisir à noter, soit dans la nature, soit dans les relations simples de la vie, des analogies profondes avec ce qu'il enseigne de plus haut. Qu'on nous montre des images de la Trinité gravées dans le monde ou dans l'homme : voilà qui ne prouvera pas la réalité du mystère et qui ne nous l'aurait pas fait deviner. Mais le mystère une fois établi comme il doit l'être, notre foi trouve une jouissance fière à le voir écrit partout.
Joie de l'imagination, lumière de l'esprit : la comparaison n'est tout cela qu'au prix de la double justesse. Le rapprochement est nul quand il porte à faux, encore plus quand il est faux en soi-même. Voyez ces deux évêques allant et venant dans une galerie de Fontainebleau, sous la conduite d'un page qui leur en fait les honneurs. Chapelain — car c'est lui qui nous les présente — se rappelle ici que la comparaison est un élément obligé du poème épique. Entendez plutôt :
Ainsi, quand l'océan s'ébranle vers la grève Et par un flux réglé, sans le secours des vents. Se roule toujours plus sur les sables mouvants; Contre mont, flot sur flot, l'onde vive élevée...
Grâce du reste! Où est la vérité du rapport? En quoi ressemble au flux et au reflux le va-et-vient de ces graves personnages? Par-dessus tout, où est l'opportunité? Quel besoin de nous rendre plus sensible la chose la plus naturelle du monde, mais encore d'y employer une similitude si complètement démesurée? N'est-ce point abuser du
Parva licet componere magnis?
(i) Aaistote = Problème XVIII, n° 3.
justement Henriette ck France, intrépide > ruines 1 ta monarchie, à la colonne res
debout sou- un palais écroulé. Un \>>it. on comprend, on approuva Mais voit-on et comprend-on vraiment quelque 6< quand on lit cette phrase de Chateaubriand : a Quelune haute colonne se montrait seule debout danun ; mou une grande pensée s'élève par intervalles dan.- un. .'une que le temps et le malheur ont dévasi Bst-cc vrai? Est-ce clair? et à quoi bon; C'est que, si la comparaison est fille de l'imagination, elle n'obéit point à la fantaisie. Qu'elle égaie le bon sens populaire, qu'elle aide aux élan- oratoires ou aux poétiques peintui toujours li laut-Il vraie, lumineuse, en accord avec la situation et justifiée par cet accord même. Il y aurait plaisir à la trouver telle dans Homère, dans Vrrgile, dans Bosquet par exemple; mais ce serait matière à tout un livre. Plus intéressante encore et plus complètement humaine la miUphore, la métaphore que nous faisons continuellement et sans y prendre garde, comme M. Jourdain faisait de la prose, mais qui mériterait bien ici l'honneur d'un moment de réflexion. La comparaison ajoute à l'objet un équivalent, et elle prend soin d'accuser entre eux la similitude. Plus vive d'allure, la métaphore substitue l'équivalent à l'objet même, sans nous avertir autrement de la ressemblance. La comparaison dirait : « Les passions qui bouleversent l'âme comme les orages la nature... » I métaphore dit un mot : « Les orages de l'âme. » A nous d'appn' ier la similitude qui autorise la substitution, c'est-à-dire la vérité de la comparaison implicite ou la jus- • ssi absolut 'le li métaphore. Dan- cette romparaison abrégée, l'esprit trouve de quoi satisfaire, et son besoin de prochement, et, le plus souvent du moins, son goût du sensible, mai- de plus son ambition de synthèse rapide. puisque tout se fait en un mot. On entend, par suite, que le poète s'attarde plus volontiers à déployer ses comparaisons, el que le. prosateur les resserre plutôt en métaphores : il a droit d'être plus pressé. Par nature aussi, la métapfa lie à conclure une comparaison précé-
i René".
l'idée complexe et la raison 437
dente, à en ramasser toute la force, en identifiant par une substitution hardie les deux termes juxtaposés tout d'abord. C'est un artifice cher à Bossuet. A-t-il, d'après Isaïe, assimilé à un lépreux Jésus^Christ souffrant : « 0 saint et divin lépreux! » s'éerie-t-il, et nous goûtons dans l'apostrophe toute l'énergie de cette similitude que les développements précédents nous avaient déjà rendue familière (1). Ailleurs, suivant toujours le même prophète, il montre amplement que l'âme pécheresse ressemble à un vas? brisé; puis, se résumant d'un mot, il admire avec une audace originale « l'étrange état de cette âme cassée et rompue (2) ». Ou bien il décrit le pécheur obstiné comme un chêne encore debout mais déjà mort et attendant la cognée : « Bois aride, Dieu n'a pas encore frappé ta racine (3). » La pensée éclate avec toute sa force dans cette assimilation directe. On y voit, et la double justesse requise de la métaphore, et l'énergique brièveté par où elle l'emporte sur la comparaison (4).
L'allégorie sera la métaphore continuée (5). Comme la métaphore simple, elle substitue immédiatement l'équivalent à l'objet, sans accuser explicitement le lien qui les rassemble; mais cette fois la substitution ne s'arrête pas à un seul terme; la pensée comprend plusieurs équivalents empruntés au même ordre de similitude, plusieurs mots métaphoriques justifiés par le même rapport. Nous citerons encore Bossuet : « Quand j'entends quelquefois discourir des mystères du royaume de Dieu, je sens mon âme comme échauffée... faut-il faire le premier pas de l'exécution : le moindre souffle du diable éteint cette flamme légère et
(1) Bossuet : Premier sermon pour le Vendredi-Saint, exorde. Premier sermon pour le premier dimanche d'Avent. Ibidem.
(4) L'aliusion n'est le plus souvent qu'une métaphore fondée sur une similitude historique. Condé dormant au matin de Rocroi est bien, comme dit Bo-suet. un autre Alexandre. Rien de plus à noter.
5 Dans une étude sur la langue de Molière. M. Brunetière condamne comme un pédantisme le soin de continuer les métaphores. (Revue des Deux Mondes. i5 décembre 1898.) — L'éminent critique distingue-t-il assez bien la chose de l'abus, ce soin lui-même de l'affectation qu'on y peut mettre?
STVI B
qui ne prend pas à sa matière mai? qui court lé-
t). » Ce n'est point ici compai qu'il y a substitution directe des notions d'emprunt aux notions premières; en même temps, il y a plus qu'une - mplc et autre cTiose que des métaphores buo puisque voilà, dans la même pensée, cinq équivalents également fondés >ur la ressemblance de la Oamme et du désir.
Cette ressemblance, Bossuet ne l'a donc pas vue et touchée en un seul point; il l'a suivie dans toute son étendue; il n'a pas effleuré le rapport entre deux objets, il l'a épuisé. Marque de puissance personnelle, de profondeur et d'attention, mais tout ensemble supériorité manifeste de 1 allégorie. Accumulez les métaphores diverses : mon esprit, suivant le vôtre, voltige légèrement de similitude en similitude, d objet en objet; insistez sur un même rapport : je le pénètre, je l'approïondis et il me rend toute sa lumière. Souvent la veine est assez riche pour que l'allégorie dépasse les étroites limites d'une phrase et fasse à elle seule i;n beau et large développement (2). Mais, ample ou resserrée, elle a toujours cette force que donne l'insistance en un même point.
Toutefois cette insistance a des limites dans la nature même des choses. Prenons garde à un certain enthousiasme d'imagination qui nous ferait outrer de bonne foi des ressemblances d'ailleurs réelles, et si les objets se touchent par un ou deux points, n'allons pas vouloir, pour la beauté du fait, qu'ils coïncident par toute leur étendue. Avant tout, prenons garde à l'ambition de trouver merveille. C'est le lieu de se rappeler que l'ordre, c'est-à-dire la fidélité au vrai, est le meilleur garant de la puissance. Ainsi la raison peut sembler une forteresse où l'homme
Bossuet : Troisième sermon pour le premier dimanclie de Carême, 3' point. La même allégorie se retrouve dans le premier sermon pour la Conception, 2" point.
Voir, dans Bossuet, le célèbre fragment sur la vie humaine comparée à un chemin dont l'issue est un précipice; ou, •Inn- Veuillot, le rapprochement de l'aurore et des premières Lumières de Dieu flans une âme. (L'Honnête Femme, xxxi.); ou, dan1- \I. Gnppée, te Fleuve, — Au-dessus du nuage. (La Bonne Souffrance.)
l'idée complexe et LA MAISON 43;)
trouve asile. Mais que penser de cette phrase de Danton et d'une époque où elle paraissait éloquente? « Je me suis retranché dans la citadelle de la raison; j'en sortirai avec le canon de la vérité et je pulvériserai mes ennemis (i). »
Qui rend fausses et glaciales ces personnifications allégoriques, si chères au dix-huitième siècle, et que, par un juste châtiment de son paganisme poétique, le dix-septième siècle lui-même. ne dédaignait pas assez? N'est-ce pas le symbolisme outré qui, de cette vertu ou de ce vice, vous fait un personnage complet, armé ou vêtu de pied en cap, suivant cette mode ou cette autre? Donnez à ces personnalités fuyantes des contours un peu flottants, un corps plutôt diaphane, et faites-les passer rapidement devant nos regards; mais n'appuyez pas les traits et ne posez pas devant nous une sorte de statue de marbre dont nous puissions discuter les détails. Quand Kïopstock nous montre au bord de l'enfer « la pâle Epouvante, éblouie et muette, contemplant avec des yeux gonflés ces profondeurs », notre imagination accepte cette vision exacte et rapide. Elle protesterait si le poète s'avisait de nous dire l'âge de l'Epouvante et la couleur de sa robe et les attributs qu'elle porte en main.
Dans une pièce de la belle époque, Victor Hugo comparait son âme à une cloche qu'il avait vue souillée d'inscriptions impies. Rien de mieux jusque-là; mais pourquoi, l'instant d'après, nous peindre les passions
Qui viennent bien souvent trouver l'homme au saint lieu. Et qui le font tinter pour d'autres que pour Dieu (2) ?
Que l'âme ressemble à la cloche par la destination et le baptême; qu'elle soit de même « un vierge métal » où des mots profanes ont défiguré après coup le nom de Dieu : à la bonne heure! Mais donnerez-vous à l'âme une robe de bronze, un battant de fer, la ferez-vous tinter, sonner en volée? On. nous dira peut-être que tel ascète n'en aurait pas eu scrupule; qu'il serait facile d'emprunter à la littérature pieuse du moyen âge et du seizième siècle des
(1) Moniteur réimprimé. i*r avril 1793.
(2) Chants du Crépuscule.
BTi i r
eiempl 3 si un t'ait, el nous le
oijourd'hui, irs de goût
pourraient être fort d i distance même et dans
leur lointain historique, elles offrent à la sophistique mo un pr -nie la foi. Mais après tout, Fussions-
nous en temps Je croyance me el simple, en plein treizième siècle par exemple; bien que plus inoffensh
■: - i outrance nous déplairaient encore. La simplichrétienne répugne à l'illusion même innocente, et le vrai ne veut être servi que par le vrai. La route à suivre est donc entre la puissance fausse, qui relations réelles des choses, et l'impuissance, qui effleure >.m> jamais approfondir. Impuissance dont le pire effet e>t d'accumuler par!'<>i- dans une même pensée métaplu.i - disparates, 'le figurer à la foi> un même objet sous des traits incompatibles. Est-il besoin de rappeler cette faute grossière? Et pourquoi non? Le génie même y tombe, quand il ne veille pas d'assez près. Corneille a dit de Rome :
Cette hame des roi?, que. depuis cinq cent- ans,
lier lait sucent tous les enfants, l'uni l'arracher des cœurs est trop enracinée \
Et g are dans le parlage Incessant où
ls condamnent nos institutions modernes!' Joseph Prudhomme a fait lignée. Tel personnage politique reste littérairement célèbre par son torrent éclipsé (a); tel nitre, pré>idant une fête scolaire, fait des études classiques un foyer de culture, ou de la Faculté des lettres un labora-
i Corneille : Cînno, I, î. — Comment G usîn, un écrivain
lant, s'est-il permis ce trait bizarre? Retz, huilant
d'arr.-i coui el de gagnes ; rvices le chapeau du
cardinal, l'objet -irs, le nécessaire marchepied
ambition... » (Madame de Longueville pendant ta Fronde,
6' édition, p. ii. Nous .non- peine & \oir l'ambition de Retz
indanl "i deux pieds but un chapeau.
mbetta. Tout n'est pas charge flans le discours de lémie que prêtait d'avance à cet homme poliun provincial de belle humeur. V Pontmartin : Nouix Samedis, t. I\ |> 71.
L IDÉE COMPLEXE! ET LA IV.-VISON 'l 'l '
toire qui prend du champ comme un jouteur, déborde comme un fleuve, et campe sous des baraques, à la façon des armées en campagne (i). Plaignons l'homme obligé par situation de parler beaucoup plus qu'il ne lui est possible de réfléchir.
Les qualificatifs. — L'épithète. — L'épithète do circonstance. — Un avis de Ronsard. — Vraie valeur de l'épithète de nature. — Conclusion.
Il nous reste à dire un mot bref des qualificatifs. Avec la notion qu'ils déterminent, ils composent, eux aussi, une idée complexe : l'esprit s'arrête sur un objet unique, et perçoit tout ensemble l'affirmation implicite d'une qualité. Ici encore, même loi de vérité et d'opportunité, de justesse absolue et rerative. Tout serait dit, s'il n'y avait à insister quelque peu sur l'emploi de l'adjectif, cet ennemi capital du nom, selon Voltaire, bien qu'il s'accorde avec lui en nombre, en genre et en cas. De fait, ou l'adjectif est une des forces du style, ou il en est la plaie : il n'y a pas de milieu.
Maury définit l'épithète, l'adjectif qui ajoute (2). Il pouvait dire tout aussi bien : l'adjectif qui est ajouté; peutêtre même serait-ce plus étymologique et plus juste. L'épi-
(1) M. Jules Ferry : « Les études classiques entretiennent le foyer de culture où se maintient la trempe simple et forte de l'esprit français. » (Distribution des prix au Concours général, 1881.) — « Grâce à vous, la Faculté des lettres est devenue, elle aussi, un laboratoire; elle aussi a pris du champ, elle a débordé son étroite enceinte; en attendant qu'on la loge, elle campe modestement, bravement, sous des baraques, comme 11 convient à une armée en campagne. » (Même circonstance, i883.)
(2) Essai sur l'éloquence de la chaire, xxxvn.
i , ■ styi r
•• n ompagnon utile mais non pas nécessaire, qui s'unit au substantif pour lui rendre service, mais pourrait disparaître sans emporter avec lui le fond de Dans le beau vers de Racine :
Je t'aimais inconstant; qu'eusse- je fait QdèleP
il n'y a point d'épitnète; les deux qualificatifs sont indisblés, il> sont tout. En rigueur- d'exactitude, le nom, tel qu'on vient de le définir, conviendrait moin- a l'épi* tinte (/e circonstance qu'à l'épithète de nature, laquelle n'ajoute rien à la logique de la phrase et vient plutôt s'ajouter elle-même, comme un ornement ou un complément dont on pourrait se passer. Il importe peu, du reste. Mieux vaut garder cette distinction traditionnelle et en cherch( r le fondement. Or, il est dans la différence de la justesse absolue à la justesse relative. Si l'adjectif n'a que la première, s'il n'attribue aux objets qu'une qualité inséparable de leur essence même; nous avons l'épithète de nature l'épithète qui est toujours de saison. Homère a droit d'appeler partout la mer infertile; Fénelon peut montrer en toute occasion les brebis bêlantes et les ;\ bondissants. Plus riche et plus forte, l'épithète de i irconstance unit les deux justesses; elle convient aux objets, c'est le moins; mais en outre, elle leur convient iiieni ,-i raison de la situation actuelle, ici l'expliquant à titre de cause, ailleurs le relevant par con-
L'heureux Aman a-t-il quelques secrets ennuis p
Dans ce vers, l'épithète plaide contre ces ennuis inexplicables, ce semble, dan- une telle fortune. Au contraire, Bossuet en tire un admirable parti pour compléter et justifiai sa pensée, quand il dit : « Je ne sais pas même déplorèr ma mi-ère ni implorer' le secours du libérateur, faible et altier tout ensemble, impuissant et présomptueux. » Ici, de l'adjectif au substantif, c'est la causalité qui fait le lien. On voit la supériorité de l'épithète de circonstance : actualité i 'est-à-dire vérité plus accomplie, concours efficace
l'idée complexe et LA RAISON V|3
à la logique du style, charme pour l'intelligence en même temps que pour l'imagination. Ronsard écrivait à d'Elbeine : « Je te veux advertir de fuir les épithètes naturels (sic) qui ne servent de rien à la sentence de ce que tu veux dire, comme la rivière courante, la verde ramée... Tes épithètes seront recherchés pour signifier, et non pour remplir ton carme (poème) ou pour être oiseux en ton vers; exemple : le ciel voûté encerne tout le monde. J'ay dit voûté, et non ardent, clair ny haut ny azuré, d'autant qu'une voûte est propre pour embrasser et encerner quelque chose... » Il y a plaisir à recevoir cette leçon du poète chez qui l'on trouve les flûtes doux-soufflantes, les trompettes haut-parlantes, le tonnerre aigu-tournoyant et autres dépouilles homériques. Ronsard est plus sage en prose qu'en vers.
Toutefois ne le prenons pas au mot. Encore moins suivrons-nous le tranchant et superficiel Maury qui condamne absolument l'épithète de nature, ou même Quintilien qui ne l'accordait qu'aux poètes. On nous permettra, quant à nous, d'être moins sévères. Elle garde l'avantage de fixer l'imagination, et voilà qui est précieux, même en prose. Reste, bien entendu, l'obligation de se modérer dans" l'usage. Bien faite pour la simplicité des peuples enfants, l'épithète de description pure, nous dirions volontiers l'épithète de son et de couleur, agrée par un tout autre motif au sensualisme des époques raffinées : c'est l'abus. Mais l'abus est facilement évitable, et l'épithète de nature n'en est pas déshonorée. A l'origine des langues, les philologues la retrouvent dans quelques-unes des racines connues, appliquant directement à l'objet une qualité universelle qui devient son nom propre (i). Dans nos littératures élégantes et vieilles, elle n'a point encore perdu tout à fait le privilège d'illustrer un substantif, comme parle Joseph de Maistre, et il n'y a pas que des quaificatifs de circons-
(i) Tous les mots ont exprimé originairement un attribut, une qualité perçue d'abord dans les objets, puis conççue par l'esprit comme universelle et tout de nouveau appliquée aux objets comme leur caractéristique. Or. le plus souvent ces attributs sont de véritables épithètes de nature. En sanscrit, par exemple,, le soleil s'appelle l'ardent, le luisant, etc.; les
as li passag l'on nous empruntons ce moti i L'homme, dit l< j rivain, n'aime rien tant que de
Domm qu'il Fail par exemple quand il appliqué
- épithètes significatives... L'heureuse imposition d'une épithète illustre un substantif qui devient ce' nouveau signe. Les exemples se trouvent dans toutes les langues; m;ii< pour nous on tenir à celle I qui a lui-môme un si grand nom puisqu'il l'a
donné à la franchise ou que la franchise l'a reçu de lui, quel hoinine lettré ignore Vaxtare Ichéron, les coursien :h. le Ut effronté, les timides supplications, le frémissement argenté, le destructeur rapide, les pâles adulateurs:'... » De fait, une épithète heureusement choisie a putois cette fortune de s incorporer au nom comme un achèvement nécessaire, et de passer avec lui par toutes les bouches. L'histoire dit depuis longtemps Charlcmagnc. \.< bristianisme avait trouvé au fronton des temples païens Optimo, Maximo; et il a consacré, en l'adoptant, ce témoignage de l'âme naturellement chrétienne. C'est le christianisme surtout qui, en se greffant sur le bon sens français, a uni plus étroitement encore et plus universellement à l'idée de Dieu l'idée de bonté su- Chez nous du moins, l'une ne va guère sans l'autre et Dieu s'appelle de préférence le Bon Dieu.
Il est un spectacle qui ne devrait pas lasser l'attention des apprentis du style — et les maîtres eux-mêmes n'ontils pas lieu d'apprendre toujours? Nous voulons dire le spectacle de l'esprit humain aux prises avec les menues difficultés de la parole, ou plutôt de la pensée telle que Dieu l'a faite en nous. Condamné aux lenteurs de la perception ,au rapprochement, à l'usage du sensible, son impal rend ingénieux. Il se retourne et se replie
de cent manières, tantol déployant une idée en équivalents significatifs, tantol abrégeanl en an mot le résultat d'une
animaux ^<>nt eenx qui paissent. En malais, moon, la )un< . est
nrrirr; sun, le soleil, celui qui Joit naître, etc. — De là,
i i a graves pour la nature môme de nos connab-
ffotons seulement que l 'épithète de nature est là fort
en honneur. Voir Mai Millier Leçons sur la science du
a IV
l'idée complexe et la raison 445
longue opération mentale, partout curieux de justesse absolue et de justesse relative, d'exactitude et d'à-propos; partout habile à nouer les idées mais par des nœuds invisibles, à en composer ce qu'on a si bien nommé la trame du style, mais avec une souple aisance qui cache l'effort et du même coup relève le mérite, au moins pour les yeux attentifs. Nous n'avons pas vu autre chose dans ce chapitre tout plein de détails pratiques. Il nous reste à le voir mieux encore en étudiant le troisième et dernier élément du style, la pensée complète et isolée, le jugement explicite, la phrase, car c'est tout un