‹ Théorie des belles-lettresChapitre 9 sur 112 · CONCOURS DES FACULTES DE L AME Q · texte numérisé non relu

CONCOURS DES FACULTES DE L AME Q

Mais voici Bossuet qui s'empare de ce thème abstrait pour l'animer d'un souffle de vie. « Quoi! cette âme plongée dans le corps, qui en épouse toutes les passions avec tant d'attache, qui n'est plus à elle-même quand il souffre, dans quelle lumière a-t-elle vu qu'elle eût néanmoins sa félicité à part, qu'elle pût dire quelquefois hardiment, — tous les sens, toutes les passions, toute la nature criant à l'encontre : — « Ce m'est un gain de mourir; » et quelquefois : a Je me réjouis dans les afflictions? » Ne faut-il pas, chrétiens, qu'elle ait découvert une beauté bien oxquise dans ce qui s'appelle devoir, pour oser assurer positivement qu'elle doit s'exposer sans crainte, qu'il faut s'exposer même avec joie à des fatigues immenses, à des douleurs incroyables et à une mort assurée, pour les amis, pour la patrie, pour le prince, pour les autels?... » A quoi bon poursuivre et surtout analyser? Dans ces lignes étincelantes, que de choses n'a-t-on pas vues et senties, en même temps que l'on concevait toute la force du raisonnement transfiguré? C'est que Bossuet ne s'est point adressé à notre seule raison; comme Labruyère, il nous a saisis par tout nous-mêmes.

On entend désormais les conditions de la puissance. Entendons-les mieux encore et, pour cela, revenons à considérer la nature humaine : chaque pas fait dans cette étude nous mettra en possession d'une vérité littéraire; en revanche, il n'est aberration littéraire qui ne suppose l'idée qu'on se fait de l'homme inexacte par quelque endroit.

Déjà nous avons eu lieu de rappeler une première fois le dualisme moral introduit par la chute originelle. Or il en est un autre, antérieur à cette chute et inhérent à notre constitution primitive, si parfaitement une cependant. L'homme est une âme dans un corps, une âme unie à un corps en unité de substance et de personne. Rien ici de violent ni de forcé. Ne rêvons pas avec Platon que c'est le châtiment d'une faute commise dans on ne sait quel autre monde. Ne disons pas avec Lamartine :

L'homme est un Dieu tombé qui se souvient des cieux.

Gardons-nous également d'établir du corps à l'âme un rapport de pur accident, un rapport qui ne dépasse pas en

PRINI tPl B

intii .11- au maître (i), du cheval au

[ l'autre, comme dit plaisamment Philaminte i>; superbe en ses dédains

l corps ette guenille !...

par la bouche de < ihrysale :

Ouais, mon corps est moi-môme... (2)

ii qu'il ne soit pas chez moi le tout ni le principal. J plus que, dans l'ordre moral et par

suite du riginel, j'ai à me distinguer de lui, à m'en

abattre.

< ) I >ieu ! li guerre cruelle Je sens deux hommes en moi (3).

- dans l'ordre purement physique ou métaphysique — peu importe — l'unité reparaît. Unité mystérieuse et incontestable, expliquant seule le mode de nos opérations humaines, comme par ailleurs le mode de nos opérations la prouve elle-même invinciblement. Unité, harmonie, que

e puis perdre de \ue sans compromettre, avec la vérité psychologique, la vérité littéraire.

Un médecin philosophe (A) disait énergiquement : « L'homme n'est ni ange ni bête, il est homme : ne soyons ni moralistes ni vétérinaires; soyons médecins. » Ainsi faudrait-il dire à l'écrivain : l'homme n'est point tout rit : ne soyez donc pis un logicien pur, un géomètre de style. Par-dessus tout, l'homiin n'est injint tout chair : ne

Z donc pas sensualiste, matérialiste, réaliste, naturaliste. Que \otre langage se fasse esprit et corps comme l'homme qui doit l'entendre : esprit par la lumière sereine de la pensée, corps par l'imagi vive mais diaphane qui ne parle aux sens que pour avertir l'esprit. A le bien prendre, ce livre ne dira pas autre chose et ce n'est point sa faute

L homme est une intelligence servie par des oigancs. »

Le» Femmes savon

(4; J I' l sier.

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