‹ Théorie des changes étrangersChapitre 48 sur 51 · TOTAL · texte numérisé non relu

TOTAL

de l’indemnité DE GUJÎllUE 327

De cet accroissement dans la quantité de l’or, c’est la France qui a le plus profité absolument et proportionnellement; elle a été le pays de la grande importation de l’or, comme l’Inde a été le pays de la grande importation de l’arguent, et il est presque aussi difficile d’expliquer cette absorption de l’or par la France que celle de l’argent par Flnde.

Il a été monnayé en France, de 1848 à 1871, de l’or pour 6 milliards 640 millions de francs savoir :

De 1848 à 1831 421,709,260

Pendant la période de 24 ans, il a été monnayé en Angleterre, en Australie et aux Etats-Unis, 8 milliards 449,550,000 francs d’or (livre sterling comptée pour 25 francs), savoir :

Angleterre 3,090,100,000

États-Unis 4,639,475,000

Australie 719,975,000

La France a donc absorbé 44 pour 100 de la

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RAPPORT SUR IÆ PAYEMENT

nonnaie d’or frappée, de 1848 à 1871, dans les quatre grands pays où le circulation monétaire est fondée sur l’or.

Cependant la population de ces quatre pays est de 109 millions d’habitants, dont 36 millions pour la France; 32 millions pour l’Angleterre; 39 millions pour les Etats-Unis; 2 millions pour l’Australie ; ce qui ne donne pour la France qu’une proportion de 33 pour 100.

Mais il faut tenir compte de l’augmentation de la population pendant 24 ans.

Pour l’Angleterre, l’augmentation a été de 4 millions d’habitants;

Pour les Etats-Unis, de 17 millions;

Pour l’Australie, de 2 millions;

Tandis que, pour la France, la population est restée à peu près stationnaire: 35,781,000 habitants en 185 I , et 36, 103,000 en 1871.

Ainsi, quoique la population de la France n’ait pas augmenté et qu’elle ne représente que 33 pour 100 de la population totale des quatre grands pays que nous avons cités, elle a absorbé 44 pour 100 de la monnaie d’or frappée depuis 21 ans.

Nous avons donc eu raison de dire que c’est la France qui a le plus profité de l’augmentation du stock de l’or depuis 25 ans.

DE L’INDEMNITÉ DE GUEltltE

Nous avons vu que le monnayage des pièces d’or a été de G milliards 640 millions defrancs, ce qui, pour une période de 24 ans, fait une moyenne de 276 millions 600,000 francs par an.

Une partie de cet or a remplacé l’ancienne monnaie d’argent, qui faisait la base de la circulation avant 1818; car, sur les 5 milliards frappés en argent depuis le commencement du siècle, on n’estimait, en 1869, qu’à un milliard environ la somme de monnaie d’argent qui existait encore en France.

La plupart des économistes évaluaient de 2 à 8 milliards de francs la monnaie métallique française en 1848, et depuis cette époque il a été fabriqué, comme nous l’avons vu, pour 6 milliards 610 millions de monnaie d’or. 11 est très difficile de savoir ce qui en a été exporté depuis ou démonétisé par la refonte, mais il est probable qu’une grande partie de cet or monnayé est resté en France à l’état de monnaie circulant ou de monnaie tliésaurisée ; et notre honorable collègue, M. Wolowski, dans la séance du 4 février 1874, croyait pouvoir dire que la masse du numéraire existant en France était aujourd’hui de 5 à 6 milliards de francs.

Combien la France a-t-elle perdu de cette quan-

RAPPORT SUR LE PAYEMENT

til.é de numéraire, de L870 à 1873? C'est ce qu’il est difficile de déterminer. Elle a évidemment perdu de l’or et repris de l’argent. D’après les états de douane, elle aurait, étant tenu compte de toute différence, exporté 376 millions de francs d’or; et importé 304 millions de francs d’argent mais si les états de douane donnent exactement le sens des mouvements, ils n’en donnent pas pas le montant, et les chiffres que nous venons de citer ne sont pas exacts, tout au moins pour l’or, dont le faible poids par rapport à la valeur permet beaucoup plus les dissimulations que pour l’argent.

Nous avons recueilli deux documents étrangers qui peuvent nous éclairer sur la perte que nous avons faite du numéraire en or: le premier est un état des matières d’or employées par l’Allemagne dans la fabrication de sa nouvelle monnaie d’or ; le second est un relevé du nombre de pièces d’or de 20 francs achetées par la banque d’Angleterre, de 1870 à 1873. — ÜU m ^ ^ ^ (j^^U

Les hôtels des monnaies d’Allemagne ont démonétisé pour 847 millions de francs de pièces d’or de 20 francs, et la banque d’Angleterre a acheté pour 197 millions de francs de pièces de 20 francs.

On a vu que, sur les 847 millions de francs en

pièce de 20 francs démonétisés par l’Allemagne, il y a 42 millions qui ont été achetés en Angleterre, et comme la banque d’Angleterre avait en juin 1874 revendu 116 millions de monnaie d’or française, il est probable que les 42 millions achetés par l’Allemagne en Angleterre font double emploi avec pareille somme comprise dans les 197 millions de la banque d’Angleterre.

Il y aurai t donc un peu plus de 1 milliard de francs en pièces de 20 francs dont on connaît le passage à l’étranerer.

La banque d’Amsterdam a reçu aussi un certain nombre de pièces de 20 francs, qu’on peut évaluer à 90 millions de francs ; mais si l’on compense les sorties de pièces de 20 francs pour la banque d’Amsterdam avec les quantités qui auraient pu, dans les achats de la monnaie allemande, provenir d’une autre source que de la France, on peut, sans crainte de se tromper de beaucoup, évaluer à 1 milliard de francs la perte faite par la France dans sa circulation d’or.

Sur ce milliard, 273 millions ont été exportés directement par l’Etat; le reste, soit environ 730 millions de francs, a donné lieu, sans doute, à la création de lettres de change qui ont été vendues au Trésor dans le total des 4 milliards 250 millions

RAPPORT SUR LE PAYEMENT

Je francs, ou qui ont servi Je contre-partie pour faire Jes importations d’argent.

D’un autre côté, s’il y a eu perte Jans la circulation J’or, il y a eu augmentation dans la circulation d’argent.

11 est certain que la baisse qui est survenue dans la valeur de l’arguent en a fait introduire d’assez grandes quantités en France. La Monnaie a fabriqué, Je 1870 à 1873, des pièces d’argent pour 237 millions Je francs, dont nous avons vu que 92 millions ont été frappés avec Je l’argent Je Hambourg pour le compte du gouvernement et pour être envoyés en Allemagne.

11 serait Jonc resté en France 145 millions Je pièces Je 5 francs. La douane donne un chiffre Je 304 millions qui comprend, outre les lingots, les monnaies frappées, et ce chiffre n’est contredit par aucun document particulier, à notre connaissance.

Les chiffres les plus probables seraient Jonc une perte Je 1 milliard en or et une rentrée de 300 millions en argent, ce qui représenterait une perte finale, pour le stock métallique de la France, Je 700 millions Je francs, soit Je 11 à 14 pour 100.

Si l’on rapproche ce résultat Jes indications

que fournissent les différentes situations de la Banque de France, depuis 1870, on peut le considérer comme suffisamment exact.

Nous ne parlons, bien entendu, que du temps

liards, c’est-à-dire de 1870 à l’automne de 1873, parce que depuis cette époque le stock métallique s’est reconstitué. 11 est probable qu’il y a aujourd’hui autant de numéraire en France qu’avant la guerre.

Le 7 juin 1870, l’encaisse de la Banque de France était de 1 milliard 311 millions.

Le 11 septembre 1873, il était réduit à 708 millions de francs. Aux mêmes époques, la circulation des billets était de 1 milliard 375 millions, et de 2 milliard 881 millions de francs.

En juin 1870, les billets de banque fournissaient au stock métallique de la France un supplément de 64 millions; au 11 septembre 1873, ils fournissaient un supplément de 2 milliards 179 millions de francs.

Comme la dépréciation du billet de banque a été peu sensible, il est probable que la quantité totale des agents de la circulation est restée la même, ce qui ferait supposer qu’il y a eu une perte dans le stock métallicrue de 2 milliards 100 mil-

qui s’est écoulé pendant le payement des 5 mil-

RAPPORT SUR LE PAYEMENT

lions de francs, dont les billets de banque auraient pris la place : ce serait un écart de

1,400 millions avec le chiffre que nous avons cru devoir indiquer plus haut ; mais il n’y a peut-être pas de contradiction entre les deux chiffres, caries billets de banque prennent la place du métal qu’on retire de la circulation aussi bien en le thésaurisant qu’en l’exportant; et il est assez probable que la thésaurisation aura été excitée par les inquiétudes qu’on a eues pendant les années 1870 et 1871. De sorte qu’on peut supposer que l’émission supplémentaire de 2 milliards 100 millions de francs aura pris la place de 700 millions de numéraire exporté et de 1,400 millions de numéraire soustrait par la thésaurisation à la circulation*.

Tels sont les renseignements qu’il nous a été possible de nous procurer, pour éclairer autant qu’on le pouvait la question du mouvement du numéraire.

Si les résultats que nous avons obtenus ne sont pas d’une exactitude rigoureuse, ils permettent, néanmoins, d’affirmer que ce n’est pas plus dans l’exportation du numéraire que dans celles des mar-

1 En même temps que la thésaurisation de l'or, il y a eu la thésaurisation des billets, et nous envisageons les deux en bloc. La masse de billets soustraits à la circulation a dû représenter une somme énorme, par suite de la volonté de réaliser ou de l’impuissance d'employer ce qu’on avait.

chandises qu’on peut trouver l’explication du portefeuille acquis par le Trésor. Sur une exportation totale évaluée par nous à 700 millions, le Trésor a, pour sa part, remis directement à l’Allemagne 500 millions de numéraire ; on trouverait donc dans le mouvement des métaux précieux tout au plus 200 millions de francs qui auraient servi, toute balance faite, à la création des lettres de change vendues au Trésor.

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