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Matière du concept

Le concept, c'est-à-dire la connaissance des choses sous forme universelle et nécessaire, celle qui permet de penser les caractères abstraits et généraux, se compose de matière et de forme. En quoi consiste la matière du concept? Fournie à l'entendement par la sensibiliié, la matière du concept porte le nom ai! intuition sensible. Grâce à cette représentation inférieure, nous percevons les choses comme étant hors de nous et dans Tespace, ou bien comme nous affectant intérieurement et suivant des rapports de temps. Que notre sensibilité soit un écho des phénomènes externes ou des phénomènes internes, elle ne peut rien représenter si ce n'est sous la forme de l'es-

pace et du tfinips. Si je perçois une fleur, un arbre, un animal, lasensibilité melesdonnedans l'espace; si cesmêmes représentations sont des faits de conscience, je les perçois dans le temps. L'espace et le temps constituent deux formes de la sensibilité, deux manières d'être et deux lois essentielles des représentations sensibles. Indépendantes de tel ou tel phénomène qui les affecte, elles sont inhérentes à toute intuition et se retrouvent nécessairement dans chacune. Nécessaires et universelles, elles ne sauraient dériver de l'expérience, d'autant plus que l'expérience les suppose et n'est ^possible (jue par elles. Ajoutez à cela qu'elles donnent naissance à la géométrie et à la mécanique, deux sciences qui se composent de propositions nécessaires. Il faut donc qu'elles soient a priori dans la sensibilité, comme les deux formes essentielles de toute intuition sensible. Par opposition à ces deux formes a priori de l'intuition sensible, Kant appelle matière de cette même intuition ce qui est représenté soit dans l'espace, soit dans le temps. Faculté essentiellement passive et réceptive, la sensibilité porte avec elle dans sa nature comme deux moules, espace et temps, où viennent se ranger et s'ordonner toutes les impressions des sens, c'est-à-dire les sensations. Dans le langage de Kant, la sensation est la matière générale de la connaissance sensible, et l'espace et le temps en sont les formes a priori. Il fait bien remarquer que l'espace et le temps ne représentent pas à proprement parler deux concepts, mais deux formes a priori de la sensibilité.

Ainsi donc l'intuition sensible, qui est la matière du concept, est elle-même une synthèse composée de deux éléments, l'un a priori^ l'autre a posteriori. Par son élément a priori^ l'intuition est appelée in-

MAXIMUM D'APRIORISME SUBJECTIF 201>

tiiition pure, et par son élément a posteriori, intuilion empirique. Kant envisage très peu et très supeiliciellement l'intuition empirique ainsi que la sensation, au moyen de laquelle l'intuition se rapporte aux objets; à rencontre delà psychologie physiologique qui s'élève à peine au-dessus de ce niveau expérimental, Kant s'en détourne pour ne considérer que le côté transcendantal; sa psychologie de la sensibilité consiste en une analyse métaphysique des formes a priori, espace et temps ; aussi porte-t-elle le nom d'Esthétique transcendantale. {Critique de la raison pure, V^ partie, pp. 73-111; trad. Barni.)

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