Forme du concept
Nous avons déterminé, d'une façon évidemment très sommaire, la matière du concept, ou intuition sensible. Multiples et diverses, éparses et sans lien, les données de la sensibilité ressemblent à la matière première des scolastiques, qui représente dans les corps l'élément variable, inconsistant, et demande à la forme substantielle un principe d'ordre et d'unité. Pour constituer de vraies connaissances, ces données doivent être par suite unies, synthétisées et rendues intelligibles ou aptes à être pensées par l'entendement. Au-dessus de la sensibilité, qui est une pure réceptivité incapable de lier, Kant proclame donc la nécessité d'une spontanéité de connaissance, ayant pourbutd'introduire l'unité dans les intuitions. Penser c'est unir. La sensibilité a fourni la matière de la pensée; l'entendement en fournira les formes, c'est-à-dire les concepts purs, vides de tout contenu. Kant leur a aussi donné le nom de catégories de l'entendement pur. [Critique de la raison pure, 2'' partie. Logique transe, pp.. 111 et 123.)
Comment déterminer le nombre de ces catéo-ories/
Car l'inexorable logicien a entrepris de dresser la table de tous les éléments a priori de la connaissance. De même qu'Aristote avait eu la noble ambition de faire un tableau des divisions irréductibles de Tôtre réel, au point de vue ontologique des cboses^ de même Kant essaye, au point de vue psychologique, de fixer les lois irréductibles de l'entendement.
L'entendement ayant seul le pouvoir de synthétiser les intuitions sensibles et d'en faire des concepts d'objets, on devra reconnaître, à l'examen des différentes espèces de synthèses, les lois ou méthodes suivant lesquelles il les opère, c'est-à-dire les catégories ou formes de la pensée pure. De plus, comme les synthèses de l'entendement résultent de certaines attributions d'éléments a priori aux intuitions empiriques, il s'ensuit qu'elles consistent en des jugements et que l'entendement peut être appelé la faculté de juger. [Loc cit. Analyt. transe.^ 1. I, ch. i, sect. 1, p. 127.) On comprend dès lors comment Kant a été logiquement conduit à chercher dans l'analyse des jugements la liste des catégories ou concepts purs qui en constituent les règles a priori. Nous ne pouvons pas observer, à sa suite, la fonction de la pensée dans le jugement. Il nous suffira, pour bien montrer le fil conducteur qui l'a mis sur la voie des concepts purs, de donner les deux tableaux des jugements et des catégories. Il y a nécessairement autant de catégories, s'appliquant a priori aux intuitions empiriques, qu'il y a de fonctions logiques dans l'acte synthétique du jugement. Ces deux tableaux correspondent : d'un côté, nous avons mis le jugement, et de l'autre, son principe ou sa règle.
MAXIMUM D'APRIORISME SUBJECTIF