Synthèse de la matière et de la forme
Maintenant que nous connaissons les deux extrêmes qu'il s'agit de rapprocher, la sensibilité et l'entendement, la matière sensible et les formes a priori^ il reste à étudier ce rapprochement pour assister à la naissance du concept complet. Principe universel d'unité synthétique, la conscience, ou unité originairement synthétique de l'aperception, unira les catégories à l'expérience comme des formes à la matière. On sait que Pexpérience se compose des phénomènes d'appréhension, d'association, de reproduction et de récognition dans la conscience. Les catégories, qui sont les principes synthétiques du divers donné dans les intuitions sensibles, s'appliqueront à ces mêmes intuitions, conformément à l'unité originairement synthétique de l'aperception. D'un autre côté, l'imagination transcendantale ne pourra fournir la matière sensible que d'après cette môme unité. N'avons-nous pas vu que cette unité est le centre de la synthèse intellectuelle ? Comment donc l'unité originairement synthétique de l'aperception unirat-elle l'intuition sensible comme matière avec les formes a priori de l'entendement pur ?
D'abord le lieu de la synthèse, s'il est permis de parler ainsi, sera le Sens intérieur. Kant ne confond pas le sens intérieur avec la conscience transcendantale. Le sens intérieur, c'est la conscience
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empirique ; ou bien, si on le considère dans sa forme pure, indépendamment de toute conscience, c'est encore le temps. Or la conscience transcendantale se distingue et du temps et de la conscience empirique ; c'est dans le temps qu'elle applique ses catégories aux intuitions au moyen de l'imagination transcendantale. Nous savons que l'imagination transcendantale détermine a priori l'imagination empirique qui appartient à la sensibilité interne. La ^ynÛiiise figurée^ Figiirlich, est une œuvre spontanée de l'imagination transcendantale déterminant a priori le sens iniérieur, liant le divers qui est en lui et rendant ainsi possible une intuition déterminée. De telle sorte que l'imagination transcendantale se trouve en rapport, d'un côté, avec l'intuition sensible, l'imagination empirique dont elle est comme la forme a priori ; et, de l'autre côté, avec l'unité originairement synthétique de l'aperception, la synthèse figurée ne pouvant se faire que suivant cette condition générale d'unité synthétique. La détermination transcendantale du temps, produite par l'imagination transcendantale, est donc homogène d'abord avec l'aperception pure et avec les catégories, et ensuite avec le phénomène sensible, avec l'intuition empirique dont le temps est la forme a priori. C'est cette détermination a priori du sens intérieur qui est désignée sous le nom de schème transceiidatital : sorte de représentation intermédiaire , intellectuelle et sensible tout ensemble, rendant possible l'application de la catégorie de l'entemlement à la matière sensible, permettant à l'entendement de subsumer les phénomènes sous les règles des catégories. Il ne faudrait pas confondre le schème avec l'image. Celleci est une détermination particulière de la sensibilité; tandis que le schème est au contraire une
(Ictcniiination générale a priori^ et, en quelque sorte, le monogramme de l'imagination transcenclantale. C'est grâce au schème que Timage est possible et peut être liée à un concept. Le schème est la synthèse pure opérée conformément à l'aperception pure, d'après telle ou telle catégorie. Produit transcendantal de l'imagination, il détermine le sens intérieur en général dans sa forme pure, par rapport aux représentations qui vont s'unir aux catégories en un concept complet. Les schèmes ressemblent à des types primitifs, où les catégories prennent une figure sensible, où elles se réalisent en quelque sorte. Le nombre, par exemple, est un schème résultant de la vision pure du temps et de la catégorie de la quantité. Deux, trois, quatre sont des images ou déterminations plus grandes du sens intérieur; le schème du nombre les rend possibles. Bien plus, les schèmes généralisent les images qui ne représentent plus, comme celles des intuitions, tel ou tel individu, mais les caractères généraux. Gomme les schèmes sont faits conformément aux catégories, il y en a autant que de catégories, et chaque catégorie s'unit avec l'intuition sensible par l'intermédiaire de son schème. De l'union de la catégorie avec l'intuition sensible résulte le concept complet, au moyen duquel nous pensons les caractères généraux des choses. [Loc. cit., p. 176-179. Analytique des PrincipeSy ch. i, p. 198- 208.)
CR ITIQU E
Que faut-il penser de cette théorie de Kant sur l'origine du concept ? Exprime-t-elle vraiment le mode suivant lequel nous formons en nous les représentations nécessaires et universelles?
Dans la partie critique nous suivrons la même mé-
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thode que dans la partie consacrée à l'exposition. Aussi bien, elle nous est toute tracée par la nature ménie du système. Puisque le concept kantien est la synthèse de deux éléments, l'un matériel, l'autre formel, il convient d'examiner d'abord isolément chacun de ces deux éléments pour en saisir, soit la vérité, soit la fausseté; ensuite on sera tout naturellement amené à les considérer dans leur synthèse. De là trois sources de considérations :