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GÉNÉRALISATION

immatériel est libre; or l'âme raisonnable est immatérielle; donc rame raisonnable est libre. En quoi consistent au fond tous ces artifices de Tesprit? En ce que deux concepts, âme raisonnable et liberté, sont contenus et impliqués nécessairement dans un troisième, immatériel; en ce que deux quantités égales à une troisième sont égales entre elles, et enfin en ce que l'être est inconciliable avec le non-etre en môme temps et sous le même rapport. L'ordre est rigoureusement établi depuis les principes immédiats ou indémontrables, jusqu'à la conclusion la moins générale et la moins évidente. Il y a là une trame infrangible et éternelle faite de réel et de logique; le réel est emprunté à l'une ou l'autre des dix catégories qui divisent les êtres; le logique représente l'un des prédicables, genre, espèce, différence spécifique et propre; nous omettons V accident^ parce qu'il n'y a pas de science proprement dite des choses périssables.

L'être de raison et les cinq prédicables ne jouent pas un rôle moindre dans le raisonnement inductif. « L'induction, dit Stuart Mill, infère une proposition générale de plusieurs autres qui le sont moins qu'elle, » contrairement à la « déduction qui infère une proposition générale d'autres propositions qui le sont également ou plus. Lorsque de l'observation d'un certain nombre de faits individuels on s'élève à une proposition générale ; ou lorsque, combinant plusieurs propositions générales, on en tire une plus générale encore, le procédé s'appelle induction. » [Système de logique., t. II, ch. i; Irad. Louis Peisse, 1866.) C'est grâce au procédé inductif que se fait la généralisation en fait ; la simple réflexion de l'esprit sur le concept direct suffit pour créer en droit l'universel. La généralisation en fait est donc un procédé

plus complexe, supposant l'observation, Texpérimentation quand elle est possible, la perception, la comparaison des similitudes, et, quoi qu'en dise Bacon, un véritable raisonnement. Dans l'observation et l'expérimentation on remarque, malgré les variations de circonstances, la concomitance de deux phénomènes; posé l'un, l'autre suit toujours. On en conclut que le premier est la raison du second. Chaque fois qu'un métal est soumis à un certain degré de température, il entre aussitôt en fusion. D'où l'on tire cette proposition générale : tout métal est fusible. Sans doute la loi n'a été établie que d'après quelques faits ; elle est cependant certaine. « C'est en vertu d'une causalité enchaînant l'un à l'autre les phénomènes qui se trouvent toujours ensemble; c'est en vertu de ce principe seul qu'on raisonne, dit M. Renouvier; et l'axiome de causalité, de quelque phénomène qu'il s'agisse, est le nerf caché de toute induction. » Newton exprimait ainsi la môme vérité : J effectuum naturalium ejusdem generis eœdem sunt 1 causœ. "

Les faits sont généralisés sous forme de loi par l'influence des principes premiers; et la généralité de la conclusion du raisonnement inductif est scientifique au même titre que la généralité de la conclusion du raisonnement déductif. De part et d'autre, c'est le même processus logique pour obtenir des concepts scientifiques.

Aussitôt après avoir produit le concept, au moyen duquel il se représente les caractères essentiels d'un objet, l'esprit réfléchit sur lui-même, ajoute à la réalité un être de raison, forme l'universel ou concept logique, qu'il distribue en cinq classes principales; faisant ensuite fonctionner dans le domaine du réel ses formules logiques, il enrichit de plus en plus son

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intuition directe et spontanée, qui n'était cfu'unc connaissance ébauchée, la transforme au moyen du jugement et du raisonnement en un concept scientifique, où se trouve contenu son dernier perfectionnement.

Les concepts ne proviennent pas uniquement des condensations ou schématisations de l'expérience des sens ; il n'est pas possible d'expliquer leur genèse exclusivement par le moyen des données sensibles, sensations, images ou noms. Force a été de reconnaître l'existence d'éléments a priori; la difficulté consistait à dresser la table de ces éléments. Nous avons rencontré, en accomplissant cette tache, des intellectualistes aussi exagérés que les sensationnistes; pour eux l'expérience n'avait point de part dans la production du concept, mais seulement dans le moment de la réflexion. Quelques-uns, tout en lui accordant quelque chose, du moins en apparence, multipliaient tellement les éléments a priori^ leur donnaient tant d'importance, que l'intelligence avec ses formes aprioriques faisait à elle seule le travail. Nous rappelant que la nature est aussi sobre dans les causes qu'elle est féconde dans les effets, nous avons réduit l'apriorisme à son minimum^ à Texistence d'une faculté intellectuelle. L'expérience, ramenée à sa juste part d'influence, concourt avec l'intelligence à la production du concept. Les données des sens ne contenant formellement que du sensible, l'intelligence ne saurait y trouver en acte son objet immatériel et intelligible. Une première opération de la faculté intellectuelle a donc été nécessaire pour dégager de leur enveloppe empirique les caractères immatériels et intelligibles; c'a été

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l'œuvre de la spontanéité pure, de l'activité intellectuelle. Fécondée et stimulée par ces caractères immatériels et intelligibles reçus dans sa passivité, rintelligence, comme faculté vitale représentative, a réagi, produisant le concept, dans lequel elle s'exprime fbrmellemcnt à elle-même les caractères essentiels d'un objet. Nous avons assisté enfin au travail logique de la réflexion ou généralisation qui perfectionne de plus en plus les concepts directs et en fait des concepts scientifiques.

11 nous reste à considérer le concept sous une autre face et à traiter la question de valeur.

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