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CHAPITRE II

I. L'abstrail «les images et l'abstrait des concepts. Le concept TIC consiste pas on une imaf^e isolée, qu'elle soit l'état faible, ou bien la reproduction incomplète de la sensation.

II. Le concept ne résulte pas d'une addition ou fusion d'imagos semblables. — Exposé et «liscussion de 1 associationnisme. — Portraits composites et images gôncrifjues.

III. Le concept n'est pis une portion d'image, soustraite par Vattcntion et fi.vée dans la conscience par un nom abstrait et général.— Ilaniillon et S. Mill.

Au-dessus de la sphère des sensations s'élève la sj)hère des images. La sensation, aj)rès avoir occupé la conscience avec des caractères de clarté et de vivacité qui la distinguent de Timage, disparaît bientôt €t s'évanouit. Mais la libre ou cellule nerveuse, qui a été imj)ressionnée sous Tinfluence d'un stimulant extérieur, garde en elle comme une trace et un résidu de cette première forme de la connaissance sensible. L'image est le vestige et le résidu de la sensation. L'envisageant comme une cnlité en repos, sommeillant dans une ccllide et attendant le réveil, nombre de psychologues physiologistes se sont trompés sur sa nature et n'ont pas remarqué son caractère dynami(|ue.

Les images ne sont pas des entités inertes, des représentations toutes faites. 11 suflit de donner un <:orps à cette doctrine pour on voir aussitôt l'inanité. Savoir la natation, par exemple, signifierait, dans

celte théorie purement stalicjue de l'image, que, même en dormant, on nage d'une certaine façon, au moins infinitésimale. Dans la théorie dynamique, savoir la natation veut simplement dire qu'on peut nager, qu'on a cette aptitude et que , si on se met dans l'eau, on nagera. L'image consiste en un complexus^ une synthèse, un tout, mettant en activité certaines parties du cerveau répondant aux centres nerveux de la sensation ; c'est un ensemble de dispositions acquises résultant d'un asseml)lage et d'une organisation du multiple autour d'un point central. Prenez une fibre, vierge à l'origine : si vous la faites vibrer sous une impression excitatrice, il reste en elle quelque chose de senti et d'acquis. C'est ainsi que certaines fibres sont monopolisées pour certaines fonctions et que les sensations laissent après elles des images, c'est-à-dire des aptitudes qui renaîtront quand il faudra. L'image, disent les scolastiques , se ramène à une sorte àliabitude^ ei^ par conséquent, au prédicament ou catégorie de la qualité.

Or, cette habitude ou encore, comme l'appelle Wundt, cette disposition fonctionnelle permet la restauration en quelque sorte de la sensation. En, dehors des cas d'hallucination, où l'image prend une telle intensité qu'elle produit l'illusion de la sensation et de la réalité, on peut dire, d'une façon générale, que l'image est l'état faible de la sensation, son écho plus ou moins lointain, plus ou moins fidèle. Peu nous importe, au point de vue de notre thèse, qu'il y ait entre ces deux formes de la connaissance sensible une difl'érence spécifique ou bien une simple différence de degré. En 1865, à propos d'une discussion sur les hallucinations, dans une séance de la Société médico-psychologique, Garnier, Baillar-

KXiSTENCE DES CONCEPTS

ger et S.'indras soutenaient (ju'il y a un al)îme infranchi--sable entre la sensation el l'iina<^e, (jirelles diffèrent (le nature et se ressemblent eonime le corps et l'ombre. De nos jours, des psyelK^Io^ues distingués, tous ceux (jui déclarent irréduclibles entre eux les sens externes et les sens internes, alfirnient encore une distinction réelle et spécilique entre la sensation et l'image, entre la sensation externe et la sensation interne.

■ Au contraire, le plus grand nombre des psychologues physiologistes, et avec eux (juelcjues psycliologues spiritualistes, regardent comme un point établi ■en philosophie qu'il n'y a fjirune distinction de degré entie la sensation et l'image. C'est en particulier l'opinion de M. Rabier, dont les Leçons de phiLtsopJtie sont un écho assez fidèle des théories régnantes à 1 heure actuelle. Résumant Locke et Condillac, Hume avait déjà nettement affirmé celte sorte de distinction. « Toutes les perceptions de l'esprit se résolvent en deux genres distincts que j'appellerai impressions et idées. La diirérence entre c«*s deux genres consiste dans les degrés de force et de vivacité avec lesquels ils frappent l'esprit el pénètrent dan-^ notre pensée ou coiis(Mence. Ces perceptions qui eiUrent avec plus de force et «le violence, nous pouvons les nommer impressions ; et, sous ce nom, je compi'ends toutes nos sensations, passions el émotions, considérées lorscpTelles font leur première apparition dans l'âme. Par /V/eV^, j'entends les faibles images (jue laissent les impressions dans la pensée.» (Hume, 'traité de la Nature liumaine^ V partie, sect. i, p. 9, Irad. Renouvier et Pillon, 1878.)

Quehjues pages plus loin, il ajoute : « Cette idée de r«)ug(M|ue nous formons dans les ténèbres el celte impression qui frappe nos yeux à la clarté du soleil,

présentent une diil'érence qui est de degré seulement et non de nature (loc. cit.^ p. 12). Le langage de Hume est encore celui de l'école expérimentale contemporaine. Alexandre Bain appelle l'image — Hume dirait l'idée — une sensation rappelée; ailleurs, il s'exprime ainsi : «Gomment envisagerons-nous les impressions reproduites par les causes mentales seules, sans l'aide de l'original ? De quelle manière le cerveau est-il occupé par un sentiment ressuscité de résistance, un odorat, un son ? H n'y a qu'une réponse qui semble admissible. Le sentiment renouvelé occupe les mêmes parties, de la même manière, ([ue le sentiment original, et aucune autre partie, ni d'aucune autre manière appréciable. Où un sentiment passé pourrait-il être restauré, sinon dans les mêmes organes où le sentiment avait son siège quand il était présent. » (A. Bain, les Sens et l'Intelligence^ IP partie, ch. i, p. 243 et 256; trad. Gazelles, 1889.) Quelle différence y a-t-il donc entre la sensation et l'image? Ilya identité de siège organique, et^ dans la pensée d'Alexandre Bain, cela entraîne une simple distinction de degré. Après avoir entendu le psychologue de cette école, il convient de citer le témoignage de son métaphysicien. Parlant de la mémoire sensible, Herbert Spencer professe la même doctrine : « Se rappeler, dit-il , la couleur rouge, c'est être à un faible degré dans cet état psychique que la présentation de la couleur rouge produit ; se rappeler un mouvement fait avec le bras, c'est se sentir une répétition, à un faible degré, de ces états internes qui accompagnent le mouvement.)) (H. Spencer, Principes de Psychologie, 1. 1, IV^ partie, ch. vi, p. 483; trad. Ribot et'Espinas, 1875.)

Quoi qu'il en soit du genre de distinction entre la sensation et l'image, de leur identité ou non-iden-

lilé (.le siège organique, autant de clioses dont nous ne voulons rien savoir en ce moment, on ne |)eut nier qu'en général ces deux formes sensibles de la connaissance se ressemblent comme le corps et l'ombre, et se distinguent au moins comme un état l'ort se distin<i:ue d'un état faible. L'image est ordinairement l'état faible de la sensation. Lorsque je veux me représenter le parc de Versailles, les pièces d'eau, les parterres, les massifs et les bosquets, je ne retrouve en moi (jue des souvenirs vagues, dépouillés de ces mille détails qui charment les yeux. Entre les sensations visuelles de toutes sortes, sous lesquelles se présentent les choses, et les images par lesquelles je les fais revivre sans couleur et sans richesse, il y a bien la difl'érence d'un état fort et d'un état faible. Ne pourrait-on pas trouver là un abstrait d'un ordre plus élevé que l'abstrait de la sensation?

11 convient de remar(juer d'abord que l'image est abstraite dans le même sens et au même titre que la sensation dont elle reste l'écho. Elle est, comme celleci, la représentation d'une qualité ou propriété, indépendamment des autres qualités ou propriétés qui composent un même objet. On distingue par conséquent des images visuelles, auditives, motrices, olfactives et gustatives. Le groupe des images visuelles ne représente qu'un groupe de qualités ou de propriétés sensibles, celui-là mémo dont le groupe des sensations visuelles est en nous le substitut j)sychologique. C'est ainsi que chaque groupe d'images, absolument comme chaque groupe de sensations, fait abstraction dans notre connaissance de qualités ou j)ropriétés sensibles et n'en représente que quelques-unes, celles seulement qui constituent le sensible propre du sens correspondant. L'image totale

d'une chose n'est donc pas simple à tout point de vue ; elle résulte d'un confple.nis, d'une coalescence d'images partielles ou abstraites. L'image d'un homme, par exemple, est un assemblage d'images et par conséquent une synthèse des attributs qui tombent sous les sens. Après avoir commencé par l'analyse, les images se comportent comme les sensations et représentent des systèmes unis de propriétés abstraites. Abstraites elles aussi, elles le sont de la même façon : il n'y a aucun degré de plus d'abstraction dans les unes que dans les autres. Considérez la synthèse consciente par laquelle nous nous représentons un homme. 11 est facile de voir que tous les attributs y sont individuels et singuliers; ils appartiennent à tel sujet plutôt qu'à tel autre, et, en tant que tels, ils ne sauraient convenir à d'autres sujets ; c'est-à-dire qu'il n'y a là rien d'abstrait à proprement parler, ni rien d'universel. Que l'image représente, comme la sensation, une qualité particulière rattachée à l'excitant extérieur, cela paraît tout naturel dans la théorie qui ne met entre ces deux modes sensibles de la connaissance qu'une distinction de degré : la simple différence accidentelle d'un état fort et d'un état faible. Dans ce cas, l'image n'est au fond qu'une sensation spontanément renaissante. De son côté, la théorie opposée qui demande une distinction spécifique ou de nature explique tout aussi bien comment l'abstrait de Timage ne dépasse pas celui de la sensation. Par son côté subjectif, qu'il y ait ou non identité de siège, Timage est comme la sensation, quelque chose de matériel et d'étendu, une certaine détermination de la matière nerveuse. S'il y a distinction spécifique, il n'y a point distinction générique : c'est toujours l'ordre sensible.

Quelques psychologues de l'école expérimentale

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ont fait de très fines remarques sur ce sujet. Réduisant toutes nos perceptions aux deux seules formes de la connaissance, sensations et images, ils ont parfaitement montré que nous n'avons pas des images abstraites proprement dites. L'argument « irréfragable » de Berkeley, comme l'a|)pelle Ilamillon, contre la possibilité des idées abstraites ou concepts, nous semble convaincant en faveur du caraclère concret ou individuel de l'image. Berkeley ne voit rien (|ui ne soit particulier, « Pour moi, dit-il, je trouve que j'ai la l'acuité d'imaginer ou de me représenter les idées des choses pai ticulières que j'ai perçues, de les combiner et de les séparer de diverses manières. Je peux imaginer un homme à deux têtes et la partie supérieure du corps jointe à celle d'un cheval. Je peux considérer la main, l'œil, le nez, l'un après l'autre, abstraits ou séparés du reste du corps. Mais, quelle que soit la main ou quel que soit l'œil que j'imagine, il l'aut qu'ils aient une forme, une couleur particulière. De même, mon idée d'homme doit être l'idée d'un homme blanc ou noir, ou contrefait, grand ou petit, ou de taille moyenne. » i^S. Mill, La Pliilosophie de Haniiiton, chap. xvii, p. 363; trad. Gazelles, 1869.) Berkeley dit très bien qu'il peut imaginer la main sans l'œil; c'est l'abstrait des sensations. Il déclare en outre avec raison que son idée ou image ne lui représente rien qui ne soit paiticulier et individuel; c'est encore l'abstrait concret des sensations. Quant a l'abstrait proprement dit, l'auteur des Principes de La connaissance humaine ne peut l'imaginer, et, en cela, nous sommes complètement de son avis.

Hume soutient la même thèse : « L'esprit, dit-il, ne peut former aucune notion de quantité ou de qualité sans former une notion précise des degrés de

quantité et de qualité. » (Hume, Traité de la Nature humaine^ F" partie, sect. vu, p. 30; tracl. Renouvier et Pillon, 1878.) On sait que par esprit Hume n'entend pas une faculté spirituelle, mais un pouvoir sensible de connaissance, comme la mémoire et l'imagination. Il prouve par trois arguments comment l'idée ou image n'est jamais abstraite d'une rigoureuse abstraction. D'abord, le degré de quantité n'est ni discernable ni diflerent de la quantité. « La longueur précise d'une ligne, malgré nos abstractions et subtilités, a, lorsqu'elle apparaît dans Tesprit, un degré précis de quantité et de qualité. » [Loc, cit.^ p. 31.) Tout cela est très vrai de l'imagination et des images; une ligne imaginée a toujours quelque détermination de quantité et de qualité. Comment n'en serait-il pas ainsi? Est-ce que les objets de nos images ne sont pas dans la nature individuels et particuliers? «Il est absolument absurde, continue Hume, de supposer un triangle réellement existant qui n'ait pas une proportion précise de côtés et d'angles. Si c'est absurde en fait et en réalité^ ce doit être absurde également en idée. Comme il est impossible de former l'idée d'un objet qui ait quantité et qualité, sans cependant avoir un degré précis de quantité et de qualité, il s'ensuit une égale impossibilité de former une idée qui ne soit pas limitée et circonscrite sous ces deux rapports. » (Hume, loc. cit.., p. 32.) Toute cette argumentation nous paraît « irréfragable » comme à Hainilton. Car nos images sont des échos de la sensation, des formes sensibles et organiques de la connaissance. Pour Hume , toutes les perceptions se ramènent aux impressions ou sensations et à ce qu'il appelle idées, c'est-à dire aux images. Que peut signilier dans cette théorie l'idée de quantité en général ou concept de quantité ? C'est uniquement la

a KXISTKNC1-: DES CONCKl'TN

copie (le rini|)ressi()n faite par telle ou lelle quantité. Oi-, celte impression représentant des déterminations runerètes, l'image représentera des déterminations concrètes. Sans adinetlre comme Hume que la seule dillérence entre l'impression et l'image soit une affaire de degré, on doit reconnaître que ces deux formes de la connaissance ne sont que des traductions psychologiques de la réalité concrète et individuelle. Nous souscrivons à Targumenlalion de Hume dans la mesure où elle attaque le caractère abstrait de l'image ; elle nous j)araît une confirmation décisive de ce que nous avons dit sur la nature de cet abstrait. L'image comme la sensation est un abstrait concret ou abstrait inférieur. Ce n'est pas encore l'absti'ait proprement dit, celui qui fonde le général. Quant à la partie de la thèse dirigée contre l'existence absolue et distincte des concepts, nous réservons notre jugement. 11 nous suffit de constater (jue les imaofes ne sont ni abstraites ni universelles dans le sens du concept.

L'image, telle que nous l'avons envisagée jusqu'ici, est un écho alTaibli de la sensation, une forme de la connaissance plus pâle et moins vive que l'original dont elle est la copie. Mais elle ne reproduit pas toujours la sensation comme le ferait une copie fidèle. D'un ensemble de propriétés ou qualités senties, elle ne représente souvent qu'une infime j^artie. La plupart du temj)S et on pourrait même dire toujours, les images ne sont (|ue des reproductions incomplètes de la sensation. Y a-t-il une mémoire assez fidèle pour retrouver en elle absolument tous les traits de la réalité ? La mémoire fait plutôt des esquisses que des portraits des modèles présentés j)ar l'expérience des senè. Prenez des images complexes renouvelées

IMAGES KT CONXEPTS 45

comme souvenirs. Une ou Jeux seulement se peignent et prennent du relief; les autres sont elTacées, sinon tout à fait absentes. Pour prendre un exemple dans le vaste champ des images visuelles, on revoit intérieurement tantôt la forme sans la couleur, du moins sans la couleur nette et précise ; tantôt c'est la couleur qui ressort, tandis que la forme revêt des contours vagues et fuyants. Taine, qui paraît avoir une puissance de c^/^^/«lisation assez grande pour les couleurs, avait à un très faible degré la mémoire des formes. « Je revois, dit-il, sansdifïicultéà plusieursannées de distance cinq ou six fragments d'un objet, mais non son contour précis et complet; je puis retrouver un peu mieux la blancheur d'un sentier de sable dans la foret de Fontainebleau, les cent petites taches et raies noires dont les brindilles de bois le parsèment, son déroulement tortueux, la rousseur vaguement rosée des bruyères qui le bordent, l'air misérable d'un bouleau rabougri qui s'accroche au flanc d'un roc; mais je ne puis tracer intérieurement l'ondulation du chemin, ni les saillies de la roche; si j'aperçois en moi-même l'enflure d'un muscle végétal, ma demi-vision s'arrête là ; au-dessus, au-dessous, à côté tout est vague; même dans les résurrections involontaires, qui sont les plus vives, je ne suis qu'à demi lucide ; le fragment le plus visible et le plus coloré surgit en moi sans éblouissement ni explosion; comparé à la sensation, c'est un chuchotement où plusieurs paroles manquent à côté d'une voix articulée et vibrante. » (Taine, Z)e V Intelligence , t. 1, 1. II, ch. I, p. 79, 5° édition.) On rencontre des cas plus extraordinaires que celui de Taine. Il y a tel joueur d'échecs qui conduit sa partie les yeux fermés, se représente l'échiquier et les pièces simultanément, abstraction faite du tapis vert et des autres détails qui n'intéressent pas son jeu. Bien plus, on cite quel-

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qin?s joueurs qui ne se représenteraient pas nu^me IVî- (*hi(|uier. mais seulement les pièces et leur position : vision intérieure en (juelque sorte abstraite, dépassant le cas (le Taine et marquant peut-être le passa^^e de l'image au demi-abstrait et au concept.

Les travaux récents qu'on a faits sur les images nous permettent de rendre compte de ces particularités sans recourir à l'abslrait proprement dit, au concept. Il est très facile de les faire rentrer dans les lois ordinaires des images et de montrer que cet abstrait en apparence plus élevé n'est au fond que Tabstraitconcret de la sensation. L'image, avons-nous dit, n'est pas quelque chose d'inerte, ni de tout fait siégeant dans une cellule. C'est une habitude, une disposition fonctionnelle que prennent certaines cellules ou libres à reproduire, en leur absence, les objets présentés par la sensation. A chaque groupe de qualités correspondent des groupes d'images, et, par conséquent, des centres nerveux distincts qu'on essaye de déterminer et qu'on a même à peu près fixés pour certaines classes d'images, comme celles (|ui président au langage articulé. Lorsqu'une cellule ou fibre a été monopolisée par telle catégorie d'images, les images visuelles par exemple, ces images se produisent avec plus de facilité; l'habitude est une certaine organisation de la multiplicité autour de l'unité, du matériel autour du formel. A force d'être actionnée par des sensations visuelles, la matière nerveuse se groupe, se ramasse et s'adapte pour faire revivre ces mêmes sensations et d'autres encore sous forme d'images visuelles. Suivant que telle organisation se forme plutôt(|ue telle autre, suivant qu'elle prédomine dans le cerveau, nous avons ce qu'on a appelé un type. Aux dificrents groupes d'images organisées et prédominantes correspondent autant de types, dans les-

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quels on a cru à tort reconnaîlie certaines tendances absli ailes ou puissances d'abstraire.

Le visuel di les images de la vue si vives, si faciles qu'il semble recevoir de cette tendance habiiuelle à toul se représenter sous l'orme visuelle une nouvelle nature. Il s'est produit chez lui une certaine disposition d'actes multiples autour d'un acte qui a pris assez de consistance et accumulé assez d'énergie pour constituer avec la matière nerveuse un seul et unique principe d'action. Sans doute la tendai)ce à visualiser n'est pas à proprement parler une habitude, mais elle crée une disposition de même nature que l'image, d'où résulte une très grande facilité à reproduire toutes nos sensations avec des images empruntées à la vue. En entendant prononcer le nom d'une personne qui lui est chère, le visuel imaginera son visage, la couleur de ses cheveux ; il ne se représentera pas le son de sa voix. Quand il voudra réciter de mémoire, il devra lire intérieurement chaque phrase, chaque mot. Nombre de prédicateurs voient en chaire leur manuscrit comme s'ils l'avaient sous les yeux, suivent les lignes, tournent les feuillets ; si quelque phrase est elfacée, ils sont dans l'obscurité et le vide ; si elle est simplement raturée, ils continuent à lire, mais on sent dans le débit un certain embarras. On arrive à des résultats vraiment extraordinaires par le développement de la faculté de visualiser ; car si ce développement résulte souvent de certains troubles sensoriels et moteurs , la faculté peut toujours s'accroître comme tendance par la répétition des actes. On connaît le cas de TAméricain , jouant aux échecs dans un coin, les yeux contre le mur, commandant le mouvement des pièces et prévoyant les coups. Taine rapporte que le même joueur a souvent fait des parties d'échecs mentales avec un

IS • KXISTENCK DKS CONCEPTS

doses amis qui avait la m(}me faciillr (jue lui, en se pi'onienant sur les quais et dans les rues. (Taine, De l'IiitcUigeiice, t. I, 1. Il, eh. i, p. 81.)

{'auditif ?>c rencontre moins souvent que le visuel. Il traduit intérieurement toutes ses sensations dans le langage des sons. Pour apprendre un discours, il doit le prononcer, faire au moins le mouvement des lèvres ; quand il le prononce, il n'a |)as son cahier devant les veux comme le visuel ; mais il entend intérieurement les paroles. « Quand j'écris une scène, disait Legouvé à Scribe, y ente mis ; vous, vous voyez ; à {luKjue ()hrase (pie j'écris, la voix du personnage qui parle lrapj)e mon oreille. Vous, (pii êtes le théâtre même, vos acteurs marchent, s'agitent sous vos veux ; je suis auditeur^ vous spectateur. — Rien de plus juste, dit Scribe; savez vous où je suis quand j'écris une pièce? Au milieu du parterre. » (Binet, la PsijcJiologie du raisonnement., ch. ii, j). 26.) Le peintre, après avoir vu une seule fois son modèle, le reproduit fidèlement; Mozart note de mémoire, après deux auditions, le Miserere de la chapelle Sixtine.

Le moteur se sert d'images empruntées |)rincipalement aux sensations musculaires. Un jeune Indien de l'Amérique du Nord, raconte le colonel MontcrafF cité par Galton [Knquiries into Jiuman faculties^ p- *^3), suivait, avec la pointe de son couteau, le contour d'un dessin de Vlllustrated Ne^vs ^ pour mieux le découper ensuite à son retour chez lui. C'est comme celui qui, ayant à un très faible degré la mémoire des sons, exécute avec les doigts sur un clavier fictif une série de notes auxquelles il veut donner leur valeur musicale. Les images visuelles et auditives empruntent ainsi un supplément de connaissance aux images motrices. Chez certains individus, le rôle de l'image motrice est considérable. Prenons un cas d'agraphie.

Un homme instruit se trouve tout à coup, à la suite de lésions cérébrales, dans l'impossibilité d'écrire; il n'est pas cependant paralysé, il se sert de son bras et de sa main. C'est qu'il ne sait plus écrire : le trroupe des images motrices graphiques ayant brusquement disparu, il ne sait plus diriger sa main, ni tracer les caractères.

Quant aux deux groupes d'images qui appartiennent aux deux sens du goût et de l'odorat, il ne semble pas qu'ils aient la même importance, ni qu'ils soient aussi instructifs. Le type gustatif et le type olfactif ^oni à peu près inconnus.

Nous n'avons pas voulu faire une description documentée des trois premiers types sur lesquels on a composé de volumineuses monographies. Nous devions cependant les décrire en quelques traits, au risque de paraître long aux yeux de ceux qui ignorent le rôle important qu'on leur fait jouer, dans l'école sensationniste, pour expliquer l'abstraction mentale proprement dite. C'est d'ailleurs au moyen de cette théorie des types bien comprise que nous rendons compte des particularités citées plus haut, où on a voulu voir un passage de l'image au concept. ïaine est tout simplement un visuel quant aux images de couleur. La mémoire des couleurs avec peu ou point de mémoire des formes pourrait constituer une variété du type visuel; de même, la mémoire des formes sans la mémoire des couleurs serait une autre variété. Au-dessous des types, il y aurait des soustypes; au-dessous des genres, des espèces. C'est à la pathologie de déterminer toutes ces variétés. Les joueurs d'échecs dont nous avons parlé sont des visuels extraordinaires, ceux surtout qui ont la représentation intérieure des pièces sans avoir celle de l'échiquier. En tout cela il y a de l'abstrait, si on veut,

rw> EXISTENCE DES CONCEPTS

mais de l'abstrait de Tordre inférieur, de l'abstrait concret : on voit bien une chose sans l'autre, mais la chose vue est concrète et individuelle. Ces difTcrentes manières de reproduire la sensation tiennent à l'organisme lui-mcme. Les représentations ou restaurations sont incomplètes de telle façon plutôt que de telle autre ; il y a amnésie des formes et vision des couleurs, représentation de la valeur des pièces, de leur position, et absence d'échiquier, de tapis vert, etc. Les causes en sont trouvées dans l'examen attentif de l'état des organes; certaines parties se sont développées au détriment de certaines autres; elles ont quelquefois éprouvé des lésions matérielles, comme dans les hallucinations unilatérales, où un individu^ par exemple, a de Tœil gauche des hallucinations et ne voit intérieurement que la partie supérieure des objets, cimes, bustes, etc. C'est toujours l'abstrait de la sensation, entièrement différent de l'abstrait du concept, de cet abstrait qui fonde le général. Prenez le visuel le mieux doué et demandez-lui de se représenter par une image non pas la couleur sans la forme, mais la couleur elle-même, indépendamment de tout sujet individuel; il n'y réussira point. Sa représentation pourra être très vague, très éthérée, mais elle aura toujours une empreinte d'individualité, et du côté de l'objet extérieur dont elle est le substitut, et du côté de la faculté organique et sensible. Echo de la sensation, en général son état faible et son incomplète reproduction, Timage n'est sous ces deux aspects qu'un abstrail-concit't, un abstrait inférieur.

Envisageons l'image sous une autre face. Supposons que des images complexes se succèdent en nous

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plus OU moins semblables les unes aux autres. Peutêtre que les images complexes rapprochées seront incomplètes à un autre point de vue que les images complexes isolées. Avec des identités partielles et des différences, les parties semblables se soudant par une sorte de fusion et les parties dissemblables s'annulant réciproquement, ne pourrait-on pas obtenir des idées abstraites et génériques ? Elles présenteraient des caractères indéterminés, indécis, des éléments communs que n'ofïYe pas l'image singulière prise à part ou isolée d'un complexus ; elles répondraient aux noms de genre, d'espèce et de classe, et il y aurait, outre des images d'individus, des images de genre, d'espèce et de classe. Sans doute ces images ne représenteraient pas totalement chaque individu, et, à ce point de vue, elles seraient incomplètes; mais elles seraient le substitut des individus en ce qu'ils ont de commun.

Comme la fusion des images semblables en imaofes génériques n'est qu'un cas particulier de l'Association, nous devons commencer par dire quelques mots de ce phénomène plus général qui joue un rôle immense dans la psychologie et tout particulièrement dans la psychologie anglaise. Aristote avait déjà constaté l'enchaînement de nos souvenirs. Dans son Opuscule intitulé: Z)e la Mémoire et de la Réminiscence, il n'est pas difficile de trouver, sous des noms différents, les grandes lois de l'association formulées par les écoles modernes. Tout événement psychologique quel qu'il soit, sensation, image, idée, sentiment, volition, tend à s'associer à un événement antérieur et passé. Le bruit du vent dans une forêt évoque aussitôt dans l'imagination celui de la mer qui déferle sur les rochers ou de la tempête qui soulève les flots. L'esprit, sollicité par ces images sensibles, pensera aux luttes

jï KXISTENCi: DKS CON'CKPTS

(le l'àine contre les |)assions et se posera le grand problème de la liberté morale. C'est ainsi que les plus légères ressemblances, les analogies les plus lointaines suffisent pour enchaîner des images à des sensations et tles idées à des images. Il y a là pour nos facultés eslhéticpies et pour noire raison un excellent procédé d'entraînement; l art sait y puiser une part abondante de ses richesses ; et la science, le secret de ses hypothèses les plus hardies et les plus fécondes. La psychologie appelle cette loi de nos associations une loi de ressemblance on de similarité. C'est ce (ju'Arislote nommait un rapport de qualité. Les choses ne se ressemblent-elles pas par la qualité ?

Mais il n'y a pas que des associations par ressemblance. H arrive souvent que des souvenirs sont évoqués l'un par l'autre, non parce qu'ils ont des traits semblables, mais parce qu'ils sont les échos d'une expérience attachée à un même temps ou à un même lieu. (Test ainsi que le souvenir d'une plage entraine après lui toute une suite d'images, de pensées et de sentiments : on revoit dans une nuit d'été la grève silencieuse et mélancolique, les phares de l'île voisine avec la lumière blanche et rouge qui tourne dans le fanal, le ciel scintillant d'étoiles ; on retrouve ses pensées et ses sentiments, on entend de nouveau la parole d'un ami dont l'àme s'élevait à Dieu en présence de ce double infini du ciel et de la mer. Un seul souvenir, celui de la plage ou celui de la nuit, suffit pour rappeler les autres et les faire revivre. C'est la deuxième loi d'association, connue sous le nom de contiguïté dans le temps et dans l'espace. Aristote l'appelle un rapport de temps et un rapport de lieu.

Le philosophe grec parle encore d'un autre rapport,

celui de causalité. Bien que les sens ne saisissent pas les raisons abstraites de cause et d'effet, ils connaissent cependant la cause et l'effet, sous forme concrète ; en sorte que deux choses qui se succèdent comme antécédent et conséquent peuvent être évoquées l'une par Tautre, non seulement dans l'intelligence, mais aussi dans l'imagination. Or, ces deux choses peuvent être placées dans cette relation de deux manières, ou j)arce que l'une est la cause de l'existence de l'autre, ou encore parce que Tune représente vis à vis de l'autre un principe et une source d'action. Ce qui les fait se succéder dans la nature les fait se succéder dans l'imao-ination.

Telles sont les trois grandes lois d'association, ou, pour parler le langage de la philosophie péripatéticienne, tels sont les trois principaux rapports qui unissent les phénomènes psychologiques. On pourrait peut-être y ajouter le rapport de quantité, à moins de le ramener à la loi de ressemblance. En droit et à parler rigoureusement, les choses ne sont semblables que par la qualité, la quantité les rend égales et fonde ainsi la loi d'égalité. La psychologie anglaise a discuté longuement toutes ces lois. Hume, Stuart Mill, Alexandre Bain admettent les trois rapports de ressemblance, de contiguité, de cause et d'effet; ils ramènent toutefois la causation à une succession uniforme. Hartley repousse la ressemblance et la causation qu'il ne regarde pas comme quelque chose de simple et d'élémentaire; il ne conserve que les deux relations de coexistence et de succession ou de contiguité dans l'espace et dans le temps. Contrairement à Hartley, Herbert Spencer explique tout par les ressemblances et les différences. De plus, il ne considère pas ces deux lois de similarité et de contraste comme la dernière et suprême explication,

ces lois elles-mcmes trouvent leur explication dans quelque chose de plus général : l'association psychologi(|ue n'est qu'un cas particulier de l'évolution universelle. Pour notre part, nous ne croyons pas qu'on puisse réduire les lois d'association sans fausser certaines notions. Les ra|)|)ortsde quantité et de qualité, de cause et d'efTel, d'espace et de temps nous paraissent aussi irréductibles (jue les catégories sur lesquelles ils sont fondés. Aussi bj^n, cela im|)orte peu à notre sujet. Il nous suffit d'avoir fait remarquer l'enchaînemcntdes phénomènes psychologiqiMîs sousTinfluence de quelques lois mentales, traductions .des lois naturelles. Ces lois, surtout quand elles se rencontrent à agir ensemble, produisent dans le monde de ïios connaissances et de nos afl'ections comme une sorte d'attraction dont les efl'ets ne sont ni moins réels ni moins féconds que ceux de l'attraction ne^vtonienne dans le monde des corps.

Ce n'est là cependant qn'un premier degré d'association qu'on pourrait appeler un phénomène de rappel ou de suggestion. 11 en existe un second, tout particulier à la loi de ressemblance ou de similarité. Non seulement les images sont rappelées, évoquées ou suggérées, elles tendent encore à se rapprocher, à s'unir, à se fusionner. De même qu'en chiniie certains corps ne s'associent que par cohésion, tandis que d'autres, ayant j)lus d'affinité, se pénètrent plus profondément et se transforment en s'unissant, ainsi les images se sucffifèrent d'abord et se fusionnent ensuite suivant la quantité ou le genre de force attractive contenue dans leur similarité. C'est la loi de fusion. Grâce à l'attraction de la similarité, attraction of sameness.^ comme l'appelle Alexandre Bain, les états de conscience entrent en fusion pour donner lieu à quelque composé psychologique plus général

et pins abstrait. Les Anglais expliquent par ce moyen les faits psychologiques complexes, les facultés et quelquefois l'esprit lui-même. Lorsque Herbert Spencer intitule un chapitre de ses Principes de Psychologie : la Composition de VEsprity il n'a pas l'intention de faire une ^létaphore, mais de montrer que l'esprit n'est qu'une consolidation d'états de conscience. Les concepts ne seront pour lui que des associationstrèsintimes d'états deconscience sensibles. Sa définition du feeling ou état de conscience l'indique clairement : « Chaque état de conscience, ditil, est une portion de conscience qui occupe une assez grande place pour acquérir une individualité percevable, dont l'individualité est délimitée des autres portions adjacentes de conscience par des différences qualitatives et qui, quand on l'examine introspectivement, paraît être homogène.» (H. Spencer, Principes de Psychologie^ t. I, ch. ii, p. 165.) L'introspection seulç nous montre comme homogènes des états de.conscience semblables; en réalité il y a pluralité, composition d'éléments semblables; la conscience distingue leur nombre d'après les différences. Dans tout ce chapitre, Herbert Spencer parle souvent de fusion, de consolidation. A chaque moment, les divers états qui, pour lui, constituent la conscience, se séparent; chacun se fond avec la série entière des êtres semblables qui l'ont précédé, perdant son individualité partiellement ou totalement. Les concepts se forment par le même processus^ en. vertu de la tendance que les sensations ont à s'attacher chacune aux images semblables, ou, pour parler le langage de Herbert Spencer, en vertu de cette tendance que les états de conscience vifs ont à s'attacher aux formes faibles des états de conscience semblables et antérieurs. Voici l'évolution : la sensa-

tion est une série intc'grée de chocs nerveux ; les concepts sont des intét^Ftitions d'images semblables on formes l'aibles des sensations (loc. cit.^ p. 184).

Le psychologue de l'association ne pouvait pas manquer de constater lui aussi celte fusion des images semblables. « ()uand il y a identité parfaite, dit Alexandre Bain, entre une impression présente et une impression passée, celle-ci est restaurée et fon^ rf//e avec la précédente. » (A. Bain, les Sens et l Intelligence^ II* partie, cli. ii, |). 363; trad. Gazelles, 2*^ édition, 1889.) Si ces impressions sont différentes, tout en possédant un élément commun, il se fait une identification des ressemblances au milieu des dill'érences. Bain se sert iVuu exemple qui ne manque pas de saveur anglaise. Los dillerents vins ont (juelque chose de commun, et si la similarité ne révélait sa présence et son action cjue par l'identité absolue, le porto ne rappellerait que le porto, le bordeaux (jue le bordeaux, le madère que le madère. Que se passet-il donc ? se demande Bain. Nous marquons, observet-il, les points de différence qui les distinguent, et, grâce à l'élément commun qui se trouve dans le goût de ces vins, ainsi qu'à la suggestion qu'il possède, on peut créer une classe, un genre de vin. L'identification d'une propriété commune est l'essence de cette opération de classement. 11 étend ensuite cette classe par la comparaison des vins avec les bières et arrive ainsi par identification du semblable à des classes plus générales. Le général est donc le résultat d'une fusion.

Avant Bain et Spencer. James Mill avait déjà proposé une explication semblable du concept. Dissertant avec enthousiasme sur les différentes formes d'association, il dit en propres termes : « C'est à cette forme d'association d'un ordre élevé, à cette

IMAGES ET CON'CEl'TS 57

fusion de plusieurs idées en un composé si cohérent qu'il ne semble plus y en avoir plusieurs, mais une seule, que nous devons la faculté de classification et tous les avantages du langage. (S. Mill, Philosophie de Hamiltoii , ch. xiv, p. 304; trad. Gazelles, 1869.)

Celui qui aurait le premier nettement formulé cette théorie du concept par la fusion des images semblables, serait, nous semble-t-il, le fameux naturaliste anglais Huxley. Disciple de Hume et profondément imbu de la psychologie de l'association, il paraît avoir mis en relief, mieux que les autres, cette fusion d'imacfes semblables dans la oenèse des concepts. Voici ses propres paroles : « Quand plusieurs impressions complexes qui sont plus ou moins différentes l'une de l'autre, se présentent successivement à l'esprit, — supposons, par exemple, que sur dix impressions qu'elles contiennent chacune, six soient absolument les mêmes et quatre différentes de toutes les autres, — il est aisé de comprendre quelle doit être la nature du résultat. La répétition des six impressions semblables renforcera les six éléments correspondants de l'idée complexe qui par là peut acquérir une vivacité plus grande ; tandis que les quatre impressions différentes, à chaque expérience, non seulement n'acquerront pas plus de force qu'elles n'en avaient tout d'abord, mais, conformément aux lois de l'Association, tendront toutes à réapparaître en même temps et se neutraliseront ainsi l'une l'autre.» (Huxley, Hiime^ sa vie^ sa philosopJde^ p. 129.)

H est nécessaire d'exposer plus clairement cette sorte de chimie des images. Dans la Revue scientifique (juillet 1878, septembre 1879), Galton a écrit deux articles très intéressants, bien documentés, sur les images génériques et les portraits compo^

r.8 EXISTENCK DES c:ONrEPTS

sites, à 'peu prrs vers la inùine épo(|ue où Huxley découvrait, de son côté, l'image générique. La photographie nous fournira une comparaison qui nous pei'mettra d'apprécier, sous forme mécanique, le travail (jui se fait, sous forme organi(jue et psychique, <lans le monde des images, en vertu de la loi de similarité. Huxley a lui-même illustré sa théorie par la piîotographie composite de Gallon. On sait que la photographie composite est la représentation générique obtenue par la fusion des traits semblables et l'elfacement, souvent même la disparition des traits discordants. Pour fixer, par l'action de la lumière, l'image d'un objet sur une plaque métallique, sur le papier ou sur le verre, il est nécessaire que cet objet agisse sur l'appareil photographi(jue, pendant un temps déterminé. Si une personne, au Heu de poser devant l'appareil durant tout le temps qui est requis pour {|ue l'image soit lixée, ne pose qu'un sixième du temps nécessaire; si on fait cela pour six personnes qui se succèdent devant la plaque |)hotographique, quel sera le résultat? Ce résultat est connu. On obtient le portrait générique des six personnes; tous les points de ressemblance sont mis en relief, tandis que les points dans lesquels les physionomies diffèrent restent vagues et flous. A la plaque photographicjue substituez le cerveau, où les impressions semblables se gravent et ressortent avec force sur le fond de la diversité. 11 en résultera une image générique et, pour parler comme Huxley, une idée générif/uc ; pour lui comme pour Hume, l'idée est un résidu de la sensation, c'est-à-dire une image. Ce sont, dit-il, ces idées génériques qu'on appelle communément idées abstraites ou générales. Après avoir exposé sa propre théorie, Huxley rappelle les essais de Berkeley et de Hume contre l'existence

IMAGES ET CONXEPTS 59

des idées abstraites; il doute qu'ils aient réussi à en donner une explication. Comme le sujet est des plus obscurs, il accepte cette explication pour les idées les plus abstraites, pour les concepts; quant aux idées moins abstraites, comme les idées des sensibles, il en rend compte par la formation de l'image générique ou composite. Ces images sont fréquentes dans les rôves, où on voit souvent les objets à travers une brume; c'est un pays où tout est vague : les contours des collines y sont à peine marqués, les rivières n'y ont pas des rives nettement tracées. Mais, d'après Huxley, il y a loin de ces images aux concepts proprement dits.

Nombre de psychologues vont plus loin que le savant physiologiste ; ils généralisent sa théorie qui devient alors le mode de formation de toutes les idées abstraites. Les abstraits les plus élevés ne seraient que des images composites.

M. Binet s'est expliqué clairement là-dessus dans son petit volume intitulé : Psychologie du Raisonnement, vivement attaqué par William James. Il y a dans ce livre une psychologie et une logique où la loi de fusion explique vraiment trop de choses. « Les images, dit M. Binet, ont la propriété de s'organiser en images générales, comme elles ont la propriété de suggérer des images semblables. Nous possédons ainsi des images qui se sont faites toutes seules en nous, comme l'idée générale d'une chaise, d'un couteau, etc. » (Binet, la Psychologie du Raisonnement^ ch. IV, p. 116.)

Le psychologue physiologiste a recherché dans les états morbides et dans les rôves des cas de fusion d'images semblables en une image unique qui en représenterait le schème. Dans l'état normal, des cas analogues se produisent habituellement lorsque

r,ir KXISTKXCE DKS CONCEPTS

nous formons des idées génrrales ou conco|)ls, el cela automati(jueinent, sans l'aide d'un j)rin('i()(' interne, sans h' moi, par la seule vertu des inia^^es mises en présentée. De hdle sorte fjue les phénomènes de Tabsl faction et d<' la généralisation ressemblent, dit M. Binet, à ceux de la cristallisation et de Tisoméric; les portions communes se soudent et donnent lieu à un composé «^énéricjue, à une sorte de cristal analogue à celui qui se forme au sein de l'eau-mère par le rapprochement des parties homogènes.

Voilà comment les imacfcs deviennent des concepts sous la loi de fusion. A proprement parler, les concepts n'existent pas d'une existence distincte, ce sont des images schématisées. On a, à leur place, l'image de l'homme en soi, de l'arbre en soi, de la rose en soi : image générale ou représentation schématique non d'un individu, ni d'un cas particulier, mais d'un élément commun à tous les individus de la classe, un substitut de tous les cas particuliers en ce qu'ils ont de général. On obtient ainsi les concepts de genre, d'espèce, de classe, etc., à peu près comme on obtient, par exemj)le, le type escroc en faisant passer, dans les conditions voulues, devant la plaque photographique, un nombre suffisant d'individus aj)partenant à cette catégorie.

Que faut-il penser de cette identification ou réduction du concept à l'image ? Les concepts n'ont-ils pas une existence distincte et irréductible?

L'image générique, qui résulte de la fusion des images semblables, peut être consiilérée au double point de vue de son origine et de sa nature. Ces deux points de vue s'éclaireront réciproquement et la critique du To fieri sera déjà une appréciation du to esse.

iMAGKs i:t concepts 61

Sous le rappoit de son oiigine et de sa cause, l'image générique consiste en une association (iiUomatique. Le semblable évo(jue automatiquement le semblable et se fusionne automatiquement. D'après M. liinet, nous venons de le dire, la lormalion des idées générales se fait sans l'intervention du moi, par la seule vertu des images mises en présence ; en d'autres termes, par Teflet de l'identité de siège des impressions particulières. Nous possédons ainsi des idées générales qui se sont faites toutes seules en nous. En entendant M. Binet, on croirait entendre Hartley ou Spencer. Ceux-ci, en effet, ne font agir que le corps dans tout le processus de l'association, qui résulte de vibrations nerveuses d'après Hartley, et d'ondulations nerveuses d'après Spencer. Pour ce dernier en particulier, le système cérébro-spinal serait une machine à classification. « Dans ce processas d'association automatique, dit-il, chaque état de conscience s'unit instantanément au grand groupe auquel il appartient, instantanément aussi au sousgroupe contenu dans celui-là, et, parmi les états de conscience qui ont du rapport avec lui, il se classe presque dans son sous-sous-groupe. » (11. Spencer, Principes de psychologie^ t. I, ch. vu, p. 260.) A part quelques exceptions, nous pouvons affirmer, d'une façon générale, que depuis Hume jusqu'à Hartley, et depuis Hartley jusqu'à Spencer, la psychologie de la fusion est celle de l'automatisme. Et cela est absolument nécessaire pour tous ceux qui expliquent par l'association non seulement les phénomènes psychologiques complexes, mais encore la formation du moi et des facultés. Quel sens, en effet, peut avoir cette proposition : le semblable évoque le semblable, le semblable se fusionne avec le sem blable, si le moi et les facultés sont quelque chose

tj? KXISTKNCK DKS CONCKl'TS

de conséquent à la Aision et à l'association? Rn quoi consistera l'efficacité de la ressemblance? Dans un pur automatisme. Lorsqu'une image est évoquée et fusionnée, la conscience intervient comme un épi- |)liénomcne pour constater ce qui a été fait ; seule l'activité cérébrale a été mise en jeu et aucune faculté connaissante n'a influé : le premier phénomène de connaissance n'a lieu que lorsque la conscience saisit le résultat eflectué. Quant à l'évocation et à la fusion, elles sont des opérations nécessairement aveugles et automatiques. Le cerveau ressemble à un creuset où les concej^ts sont produits par une sorte de chimie, à une cornue où les images réagissent par leurs aflinilés.

Cet automatisme de chimie physiologique ne nous paraît pas expliquer la genèse de l'image générique. Celle-ci, en efl'et, quand on l'examine introspectivement, présente les deux caractères indispensables à toute connaissance :r///?//c et la ^/w/^Z/rvVe. Multiples et très composées au point de vue matériel, puisqu'elles sont des modifications nerveuses, des habitudes organiques, des dispositions fonctionnelles, les images sont douées d'unité et de simplicité au point de vue formel, en tant que Tàme est unie intrinsèquement à l'organe. Comment donc l'automatisme physiologique arrivera-t-il à constituer l'unité et la simplicité avec des images multiples et composées? Sera-ce au moyen de la ressemblance, l'élément unique qui se retrouve dans chaque images composante? Mais dans cette théorie, la ressemblance ne peut être perçue qu'après la fusion; de plus, quand elle est saisie ce n'est jamais à l'état abstrait proprement dit, mais sous forme concrète. Les facultés sensibles sont incapables de percevoir la ressemblance sous forme abstraite ; d'après ce ([uc nous avons vu jusqu'ici il

n'existe point d'image abstraite et générale de la ressemblance. Si ce n'est pas au moyen de la ressemblance que l'image générique est une et simple, serace au moyen de l'identité de siège organique ? Les images complexes schématisées en image générique recevraient leur unité et simplicité de l'identité de siège.

Il est évident que cette identité organique, étant très complexe comme tout ce qui a des parties, ne saurait donner à l'image sa simplicité ; elle ne saurait pas même lui donner l'unité, du moins l'unité telle que nous la constatons par la conscience. La seule espèce d'unité qui puisse résulter de l'identité de siège, c'est l'unité d'ordre, de disposition, d'arrangement, mais jamais l'unité vitale. Pour expliquer l'unité vitale et la simplicité qui caractérisent toute image, lorsqu'on la considère par introspection, il faut admettre les facultés de l'école péripatéticienne, ces facultés mLrtes^ organiques et vitales, qui, par leur côté matériel, étendu et multiple, expliquent merveilleusement le côté matériel, étendu et multiple des sensations et des images, et qui, par leur côté formel ou proprement psychique, rendent compte de l'unité et de la simplicité. Une sensation évoque une image antérieure et passée, comment cela ? D'abord, si on veut, et nous n'y voyons point de difficulté, parce que l'image actuelle et présente, écho de la sensation, a le même siège organique que l'image semblable antérieure. On pourrait admettre pour la fusion des images semblables une théorie physiologique analogue à celle dont nous avons parlé à propos de la fusion des sensations semblables. De plus, l'image présente, étant l'acte du cerveau animé, détermine par cette même activité et comme raison objective l'imagination à produire l'image semblable passée.

r>4 K\i"-rKNCi-: inv> roNCKi-ix

Le rappel se fait par riiiiaginaliuii qui passe de la puissance à l'acte sous la stiinulalion de l'image actuelle. La ressemblance, perçue sans comparaison préalable, sous ibrme concrète , se manifeste dans l'image actuelle au regard de l'imagination; celle-ci est appelée et sollicitée par cette perception sensible de la ressemblance à reproduire vitalement telle autre image semblable, en vertu de Taxiome péripatéticien : Agens agit similc sihi. Pour la fusion, c'est le même processus (jue pour la simple suggestion. A force de se répéter, les images semblables deviennent de plus en plus vives quant à leurs parties communes, et de plus en plus vagues (juant à leurs dillérences. L'image d'un chien, par exemple, consiste, nous l'avons déjà dit, en une modification vitale nerveuse, en une sorte d'habitude organique. En voyant d'autres chiens, des grands et des petits, des noirs et des blancs, appartenant à des races différentes, qu'arrive-t-il ? C'est <jue les différentes sensations visuelles évoquent chacune successivement l'image acquise ; la cellule ou fibre nerveuse actionnée se trouve de plus en plus monopolisée pour telle fonction, et il en résulte une image qui représente, sous une forme plus vive, les traits semblables, tandis que les différences ou particularités se contredisent et s'annulent réciproquement.

Lorsque nous formons l'image d'un chien , en dehors des circonstances particulières qui rappelleraient tel chien plutôt que tel autre, nous avons une représentation, résidu de toutes les représentations partielles, mettant en relief les traits communs; les particularités ne peuvent réapparaître distinctement à cause de leur marque singulière et individuelle. Les noms abstraits et sfénéraux sutci^èrent souvent ces images génériques ; elles sont comme leur ac-

IMAGES ET CONXEPTS 65

compagnement. Sauf cerlaiiis cas particuliers, le mot chien évoque Timage d'un animai qui court et qui aboie. Maïs comme il y a loin entre celte image vague et confuse d'une part, et le concept de l'autre!

L'image générique, en effet, quelle (jue soit son oriofine, n'est ni abstraite ni orénérale au même titre que le concept. Examinons sa nature et revenons, à cet effet, aux expériences de Galton. On a obtenu par la photographie, et d'après des médailles conservées, un portrait composite do Gléopàtre. Or, tandis que la beauté de la reine d'Egypte était méconnaissable sur chacune de ces médailles frustes et grossières, la photographie a composé une ligure plus agréable rappelant quelque chose de sa beauté. Le portrait composite apparaît comme une moyenne optique des médailles composantes. La fusion des points de similaiité fournit une moyenne des échantillons particuliers.

Cette moyenne peut-elle constituer le général? Nous ne le croyons pas. La moyenne, en effet, est une quantité parliculière comprise entre d'autres (juantitités avec lesquelles elle a certaines relations déterminées ; elle est, par conséquent, de même nature que les autres quantités. L'image générique, si elle est une moyenne entre des images semblables, devra être aussi quelque chose de singulier, d'individuel et de concret, dont les degrés de singularité, d'individualité et de concrétion tiendront le milieu entre les dillerents degrés des images singulières, individuelles et concrètes. Le mot homme, lu ou entendu est ordinairement accompagné d'une image qui représente un homme adulte et de taille moyenne. Ce n'est pas précisément tel ou tel individu qu'on imagine; c'est un individu vu du coin de l'œil, un peu jans l'ombre, couvert d'une légère brume. Cette

image n'est rependaiit pas f^cnérale dans sa représentation. I^Ile ne représente pas quelque rhose de commun à plusieurs, ce (pielque chose d'universel qu'on retrouve toujours le mi'^me spécifiquemeut chez tous les individus d'une même classe. L'image généricjue d'homme , (jue nous avons prise comme exemple, représente des traits qui ne sont pas communs à tous les hommes; tous les hommes n'ont pas un àgc moyen, une taille moyenne. Les enfants et les vieillards, les grands et les petits des deux sexes sont des hommes, et la représentation qui les embrassera tous pourra seule être appelée générale et universelle ou simplement concept. Aussi bien, si nous portons notre attention sur l'image générique, nous ne tarderons pas à voir apparaître dans le champ de la cons<-ience un individu distinct avec des caractères tels qu'il ne peut être regardé comme un type, comme le fondementd'une classe. Il faut donc que l'image générique ne soit qu'une image j)articuliére qui, avec ses contours vagues et flottants, sa couleur pâle et efTacée, représente quelques éléments mitoyens entre les images semblables et devient, d'une certaine façon, leur substitut concret. D'autant plus que l'image généri(|ue, étant par son être |)hysique et subjectif une habitude ou tendance psycho organique, dépend essentiellement de l'étendue, du temps. et de l'espace dans sa représentation. Sa fonction ne peut dépasser son organe; force lui est donc de tout représenter sous forme concrète et individuelle. C'est ailleurs (|u'il faudra chercher le concept ou la représentation en dehors du temps et de l'espace.

11 arrive môme de penser les caractères généraux des choses sans que ces images génériques soient évo(|uces. M. Ribot a fait, il y a trois ans {Bévue philosophique^ novembre 1891, n** 10), une enquête

sur les idées générales ou concepts, pour savoir ce qu'on a dans la conscience, en sus du signe ou mot, quand on entend, lit ou pense un terme général. L'en(|uéte a été conduite de façon à saisir le travail instantané de l'esprit, dans son premier mouvement, avant que la réflexion soit intervenue. Les diverses réponses ont permis de distinguer trois types ou variétés d'individus. Le type concret^ chez lequel le mot abstrait éveille presque toujours une image vague ou précise, ordinairement visuelle, quelquefois musculaire, se rencontre surtout chez les femmes, les artistes et les enfants. Au mot loi un peintre répond : « Juges en robe rouge » ; une femme : « Le gouvernement est mauvais ». Le type visuel typographique se représente les mots imprimés, et rien de plus ; même les mots chien, animal, couleur, n'ont été accompagnés d'aucune image. Des compositeurs d'imprimerie ont vu les mots imprimés dans un caractère particulier de leur imprimerie. Il n'est donc pas vrai de dire que le concept est une image générique ; le visuel typographe entendant les mots n'a d'autre image, en sus du mot entendu, que la vision nette du mot entendu, sans rien de plus. Le type auditif, plus rare que les deux autres, ne se représente que des sons, sans accompagnement de la vision, soit des signes graphiques, soit des images concrètes. Les nominalistes du moyen âge, d'après lesquels le concept n'était qu'un flatus vocis ^ appartiendraient au type auditif. Cette hypothèse, que M. Ribot jette en passant, est beaucoup trop simpliste et enfantine comme explication d'un si grave débat. Quoi qu'il en soit, on constate que beaucoup de personnes pensent le général sans image générique; en fait d'images, il n'y a dans la conscience que celle du mot entendu. Il y a un fait encore plus décisif, si c'est

08 EXlSTENCt: DES CONCEPTS

possible, contre Texplicalion du concept |);ir une inia,i;e concrète générique. Sur les DUO réponses recueillies, celle (jui se rencontre le plus iVé(|ueiunient est celle-ci : « Uien ». Pour le mot cause, la formule a Je ne me représente rien » forme 53 pour 100 du total des réponses.

Pour résumer celte en(|uéle si intéressante, il faut rappeler (pielle était la (piestion et cpielles ont été les réponses. On demandait: « L'idée générale pensée, lue ou entendue, a-t-elle (|uel(|ue accompagement dans la conscience?» Voici la réponse: une image concrète, une vision typographi<|ue, une image auditive, rien. Dans le premier cas, les mois abstraits sont accompagnés tl'une image concrète plus ou moins vague, plus ou moins précise ; elle peut être une image généri(|ue. Dans le deuxième cas, le signe graplii(|ue seul a accom[)agné le mot, et par conséquent on a pensé Pabs- Irait et le général sans l'image générique. Dans le troisième cas, il n'y a que 1 image auditive, le mot entendu et rien de plus. La conclusion légitime et rigoureuse qui se dégage de cette enquête est celle-ci : on ne pense [)as le général par des images génériques. Le concept ne saurait être ramené à une fusion d'images.

On se rapproche davantage du concept si, au lieu de s'en tenir aux dissociations et associations mécaniques et automati(|ues, on fait intervenir une opéralion mentale exclue par la théorie de la fusion, nous voulons dire \ abstraction. N'étant pas une somme, une addition d'images, le concept ne serait-il pas le reste d'une soustraction opérée par Pesprit sur les images ?

Ecartons d'abord comme impossible une première

manirre de fiiire celle soustraction. On no saurait soustraire une image d'une autre image pour en l'aire quel(|ue chose d\'il)strait et d'isolé représentant une propriété à part. Il n'est pas possible de retrancher d'un son, par excnij)le, l'image de la hauteur pour la considérer à part de son intensité et de son timbre. Isoler ainsi la hauteur du son, ce serait la dégager de son individuation ; mais par quel moyen obtenir ce dégagement? Supposez que vous ayez extrait de Timage complexe de son l'image d(^ la hauteur, c'est-à-dire du nombre seul des vibrations, la hauteur marquée en musique par le sol. La hauteur ainsi isolée et représentée par une image, comparez tous les autres sons que vous entendez, et sur chaque sol faites la môme soustraction; au milieu d'une diversité de timbre et d'intensité, vous isolez un caractère commun, celui d'avoir telle hauteur. L'image abstraite du sol représentera tous les sons de même hauteur, et par conséquent une classe.

II y a là deux remarques à faire. Si, par cette abstraction opérée sur l'image, on entend la représentation d'une qualité indépendamment de tout siibstratiim ^ l'imagination est incapable de la faire, et nous aimons à répéter avec Hume l'axiome si vrai dans la sphère du sensible, sensations ou images : « Si c'est absurde en fait et en réalité, ce doit être absurde également en idée. » Hume entendait par idée l'image, et il est absurde de supposer que ce qui dans la nature est concret, déterminé, soit abstrait et général dans l'imagination; à ce point de vue, les synthèses faites par les facultés sensibles ne sont pas plus décomposables que les synthèses de la nature. Dans un son, la hauteur, l'intensité, le timbre, constituent trois caractères essentiels, inséparablement associés dans la nature; de même dans l'imarrination. Si l'abstrac-

7Ô EXISTEN'CE DES CON'CEPTS

tion si<^nii(ie seulement qu'on saisit un élément d'un tout complexe sans tel autre avec lequel il est associé, il faut, pour qu'elle soit possible, que les éléments ne soient |)as liés par une association inséparable; clans l'exemple choisi, l'imagination n'arrive pas à se représenter la hauteur du son sans l'intensité. De plus, comme nous l'avons déjà remarqué, cette sorte de dissociation ne mérite pas, à proprement parler, de porter le nom d'abstraction. L'imag»; ainsi abstraite représente une qualité rapportée à \\\\ siibslralmn individuel et concret ; c'est Tabslrait-concret de la sensation.

Mais il y a un autre procédé d'abstraction et de soustraction. Au lieu d'isoler une image d'une autre, ce (|ui est impossible, on isolerait dans une image un côté, un aspect, non pas physiquement, mais par quelque opération mentale. Par exemple, dans l'image complexe d'un son on ne soustrairait pas la hauteur au moyen d'une image qui en serait l'extrait, mais on lui accorderait une attention privilégiée; le timbre et l'intensité seraient sans doute imaginés et présents dans le champ de la conscience, mais très vaguement et très laiblemenl ; l'attention se concentrerait seulement sur la hauteur et fournirait ainsi à la connaissance la représentation d'un caractère abstrait, substitut de la classe. Un terme abstrait et général fixerait l'attention sur celte partie abstraite et générale de l'image.

Gomme cette théorie de l'asbtrait et du général par l'attention est très en faveur chez nos modernes psychologues, il convient de l'exposer plus longuement et de rechercher si au moyen de ce processus le concej)t ne se confondrait pas au fond avec l'image. Stuart Mill, en particulier, admet cette nouvelle méthode d'abstraction et de généralisation. Le logicien

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de rÉcole anglaise l'a exposée en difTérents endroits de ses livres et |3articulièreinent dans son Système de Logique (t. I, cli. vu; t. II, ch. ii), lorsqu'il disserte longuement de la nature de la classification, des cinq prédicables, de l'abstraction et de la formalion des concepts. Cependant ce n'est pas principalement dans la Logique que nous chercherons sa pensée, mais plutôt dans un autre de ses livres qui est l'expression dernière de ses idées : la Philo- Sophie de Hamilfon. Stuart Mill nous y invite luimôme. « J'ai discuté, dit-il, plus complètement la question (abstraction et formation des concepts) dans le chapitre xvii de l'examen de la philosophie de sir William Hamilton, intitulé : Théorie des Concepts ou Notio/is générales^ qui contient mes dernières vues sur ce sujet. » [Loc. cit.^t. H, ch. ii, note 2, p. 193; 6® édition anglaise, 1866.) Ce chapitre classique de la formation des concepts [Philosophie de Hamilton, ch. XVII, p. 358-390; trad. Cazelles, 1869) est dilticile et embarassé, attendu qu'à l'exposition des idées d'Hamilton, S. Mill mêle ses idées propres; c'est un tissu compliqué dont il ne faut jamais échapper un fil, sous peine d'avoir à recommencer.

Hamilton parle un langage conceptualiste; au fond il est nominaliste et nie par voie indirecte l'existence distincte des concepts, comme Stuart Mill saura d'ailleurs le montrer. Il admet l'argument de Berkeley contre la possibilité des idées générales ou concepts, et l'appelle même un argument u irréfragable ». Dans la genèse ou formation des concepts Hamilton trouve quatre temps. « En premier lieu, dit-il, il faut que nous ayons une pluralité d'objets présentés ou représentés parles facultés subsidiaires. Ces facultés doiventlburnir lesmatériauxbruts pour l'élaboration delà notion. En second lieu, ces objets sont comparés en-

seinhle |)ar nii acte de rcnlendonu'iit, et lonrs diverses qualités jugées semljlal)l('s ou (lissom!)Ial)les. En troisième lieu, un acte de volilion appelé attention concentre la conscience sur les qualités d(HU on reconnaît la similitude; et cette concentration de la conscience sur ces qualités par l'attention, suppose que la conscience fait abstraction de celles f|ui ont été reconnues dissemblaldes et, h ce titre, mises de côté. En efTet, le pouvoir de la conscience est limité, et sa clarté et sa précision sont en proportion de la simplicité et de l'unité de l'objet. L'attention et l'abstraction sont les deux pôles du même acte de pensée : comme les deux plateaux opposés d'une balance, l'un doit monter (piand l'autre descend. En quatrième lieu, les (jualités qui par comparaison sont jugées semblables, et par l'attention constituées à l'état d'objet exclusif de la pensée, sont déjà par ce procédé identifiées dans la conscience ; car elles ne sont jugées semblables qu'en tant qu'elles produisent en nous des effets qu'on ne peut distinguer les uns des autres. Pour être plus précis, on peut considérer la synthèse dans la conscience comme un quatrième temps de l'opération. Mais il faut se rappeler que les trois derniers temps au moins ne sont pas, en réalité, des actes distincts et indépendants, et ne sont distingués et énoncés que pour que nous puissions comprendre et décrire l'opération indivisible sous les aspects différents que nous pouvons envisager en elle. » {Loc. cit., p. 370.)

D'après Ilamillon, le concept, c'est-à-dire l'abstrait et le général, suppose et exige la mise en activité de plusieurs facultés ; la présentation des sens externes et la représentation des sens internes, ou des facultés subsidiaires, fournissent les matériaux. L'entendement compare ces matériaux et porte un jugement

siii" les ressemblances et les difTéiences ; im arle de volonté appelé attention conccntr<' la conscience sur les ressemblances et fait abstraction par le fait même des difl'érences. Enfin ces ressemblances sont identifiées dans une svntbèse consciente. L'acte de l'entendement qui comj)are et juge, l'acte de la volonté ou attention à ce qui a été jugé semblable, l'unité synthétique des ressemblances, tout cela pour Hamilton est une seule opération indivisible.

Tout d'abord, on est étonné de cette réduction à l'unité d'une opérationqui paraîtcomplexe ; on ne comprend pas qu'un acte de l'entendement comparant et jugeant soit le môme acte que celui de la volonté concentrant l'intelligence sur le résultat du jugement. Que tout cela se fasse dans un même temps, d'une façon indivisible, on peut le comprendre; mais qu'il nV ait là en réalité qu'une seule opération, c'est inintelligible. Il est vrai que Hamilton parle un langage conceptualiste ; en réalité il n'est pas conceptualiste. Dans le lanf^ao^e, il distinorne les facultés subsidiaires, l'entendement, la volonté, la conscience; au fond, l'entendement et la volonté sont des facultés réductibles entre elles et réductibles aussi aux sensations et aux imaores. Examinons, en effet, la nature du concept obtenu par l'attention abstractive. L'objet du concept est constitué par les ressemblances, unifiées dans la conscience après le travail de lenlendement et l'attention de la volonté. Ces ressemblances ou attributs ne sont pas un objet à part, absolu. « Xous ne les concevons pas, dit Stuart Mill, nous ne les pensons pas, nous ne les appréhendons pas comme chose à part, mais seulement comme formant, |)ar leur combinaison avec beaucoup d'autres attributs, l'idée d'un objet particulier. Mais, tout en les concevant comme partie d'un agrégat plus grand, nous

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avons le pouvoir de fixer noire attention sur eux, au point (Je négliger les autres attributs avec lesquels nous concevons qu'ils sont coinhinés. Tant (|ue tlure effectivement la concentration de l'attention, si elle est assez intense, nous pouvons temporairement ne pas avoir conscience de certains des autres attributs, et nous pouvons, pour un peu de temps, n'avoir présents à notre esprit que les attributs qui constituent le concept. Toutefois, en général, l'attention n'est pas aussi exclusive et laisse place dans la conscience pour d'autres éléments de l'idée concrète, quoique la conscience de ces éléments soit faible, en raison de l'énergie, de l'effort de concentralion. » {Loc. cit., p. 371.) Le concept n'a donc pas d'objet à part, absolu; les attributs qui le constituent ne peuvent être conçus à part des aulres attributs d'un môme objet; cependant, grâce à la concentration de l'attention, nous pouvons, pour un lemps, n'avoir conscience que des attributs qui composent le concept. « En conséquence, à proprement parler, ajoute S. Mill, nous n'avons pas de concepts généraux; nous n'avons que dos idées complexes d'objets au concret; mais nous pouvons porter exclusivement notre attention sur certaines parties de l'idée concrète. » Voilà donc la nature du concept, tel qu'il nous a été donné |)ar l'attention. C est une partie d'une idée concrète complexe, et, pour dépouiller tout langage conceptualiste, c'est une partie d'image, un coté, un aspect.

On se demande comment l'esprit pourra penser avec suite, enchaîner ses méditations et ses raisonnements relatifs à un concept qui ne jouit pas d'une existence distincte, qui n'est qu'une partie de l'idée concrète. Ce travail se comprend avec des concepts possédant une existence propre et isolée, mais avec de tels concepts ! Heureusement que les signes et.

parmi les signes, les noms viennent à notre secours pour permettre à l'esprit de suivre sans confusion la trame de ses raisonnements sur un concept. Voici comment s'exprime Hamilton lui môme : « Une fois ainsi formé par abstraction des (pialités semblables d'avec les qualités non semblables des objets, le concept retomberait dans la confusion et linfini d'où l'esprit Ta évocpié, si un signe veibal qui le fixe et le ratifie ne le rendait permanent pour la conscience. » [Loc. cit., p. 372.) Le signe verbal fixe les attributs ou objet du concept. Nous créons une association artificielle entre ces attributs et une combinaison de sons articulés. \\x\ entendant le mot. il s'élèvera dans notre esprit l'idée d'un cerlain objet possédant ces attribuis; et dans cette idée les attributs seuls notés par le mot seront suggérés vivement à l'esprit, tandis que la conscience que nous aurons du reste de l'idée concrète demeurera faible ou même nulle. Le nom a par conséquent deux fonctions à remplir, celle d'éveiller une image concrète et celle d'exciter l'attention sur une partie seulement de celte image. Comme il n'est associé directement qu'à cette partie de l'image, il peut évoquer indifl'éremmcnt toutes les images qui ont cette partie commune, a L'association de cette série particulière d'attributsavec un mot donné c'est, dit S. Mill, ce qui les lie ensemble dans l'esprit, par une attacbe plus forte que celle qui les associe au reste de l'image concrète. Pour parler le langage de Hamilton, cette association leur donne une unité dans la conscience. Ce n'est que lorsque cetle association est accomplie que nous possédons ce que Hamilton appelle un concept, et voilà tout le phénomène mental impli(|ué dans le concept. » [Loc. cit.^ p. 373.)

Stuart Mill expose ensuite les idées de Mansel, son principal adversaire. Mansel, disciple de Hamil-

ton, Mï plus loin que son niaîlrc; il sontienl la nrcessit<' (lu laiii^aLi^e non sciilniicni pour conserver, niais inc'yine |)our former les concrpis. Car les concepts sont en dehors de Tespnce et du temps, condition nécessaire pour représenter simullancment des individus semhlahhs. Or, pour s'élever au-dessus de l'espace et du temps, il faut des symboles. Mansel et llaniillon essayent au moyen de signes verbaux de faire au concept une existence distincte et abstraite ; c'est un moyen indirect et honteux de reslaurer le conceptualisme.

Stuait Mill est plus franc. Si le concept n'existe pas comme objet dislinct et indéj)endant de pensée; s'il n'est jamais cju'une partie d'image concrète et s'il n'y a rien qui la distingue des autres paities en dehoi s d'une somme d'attention qui lui est garantie par l'association spéciale à un nom, est il correct de dire que nous pensons au moven de concepts? Non assuréujent, et nous sommes de l'avis de Stuart Mill. L'attention ne fera jamais que l'objet du concept ait une existence à part. Sans doute, l'attention n'est pas pour llamilton, comme pour James Mill par exemple, un mode de la sensation; llamilton et S. Mill reconnaissent l'activité intérieure dont l'attention est une fonction spéciale. Malgré cela, l'attention, î\ moins d'abuser du mot, n'a d'autre eflet que de faire mieux voir l'objet. Elle ne change rien aux conditions des phénomènes observés. Dans les sciences de la nature elle vient en aide à l'observation pour remarquer les faits et distinguer ce qu'il y a en eux d'intéressant. Dans le monde de la conscience, elle joue un rôle analogue : « L'attention, dit très bien llamilton, est à la conscience ce que la contraction de la pupille est ^ à la vue; elle est à l'œil de res|)rit ce que le microscope ou le télescope est à l'œil du corps. La faculté

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de l'attention n'est donc pas une faculté spéciale, c'est simplement la conscience agissant sous la loi de limitation à laquelle elle est soumise. » (William llamilton, Lectures on jnelapJiysics, vol. 1, lect. xiv.) KUe est une lunette mise à l'œil de la conscience pour recueillir une lumière plus abondante. D'une l'açon plus générale et plus profonde, raltenlion est un mode particulier d'aclivilé que toute faculté possède à l'état latent et disponible, ce que les scolastiques appellent très bien un conatus. L'activité interne peut se concentrer dans une faculté pour lui faiie produire avec plus d'intensité et de perfection des opérations qui lui sont d'ailleurs connaturelles. ^lais cette source centrale d'énergie aura beau se porter tout entière sur un point plutôt que sur un autre, elle n'y créera rien. La conscience en se concentrant avec plus de force sur tels caractères d'une image les saisira sans doute mieux; mais après, il n'y a rien de plus qu'avant. L'attention ne crée rien; on pourrait l'appeler un épiphénomène, en ce sens qu'elle intervient dans la production d'une image, d'un concept, d'une volition, d'un sentiment et en général de tout phénomène soumis de quelque façon à la volonté. Ne faisant que renforcer l'action native de la faculté en la portant sur la partie de l'image éclairée, elle est incapable de diviser et d'abstraire, de façon du moins à donner au concept une existence absolue et distincte de l'existence même de l'image. S. Mill, qui ^àiwGiXe processus àG Hamilton, conclut très légitimement des prémisses posées qu'il n'y a point de concepts à proprement parler. D'après lui, le concept ne serait qu'une portion d'image obtenue par l'attention et légalisée par un nom général ; en d'autres termes, le concept est une image. Nous n'attaquons . pas cette conclusion : « le concept est une image » ;

jusqu'ici nous n'en savons rien. Ce que nous savons, c'est que l'ima<^e, abstraite à la façon de S. Mill et de Ilamillon, n'explique pas le concept Celte. inia^^e est une représentation complexe conciète dans lacpielle certains caractères sont mis en relief; mais ces caractères ne laissent pas d'ùlre concrets, singuliers et individuels, rapportés à un substratum déterminé. L'image tluii triangle constitue une représentation complexe; si vous portez votre attention sur tel élément concret du triangle, il sera saisi avec plus de force, mais il sera quand même singulier et individuel, d'un degré très précis de quantité. 11 est facile de donner une expression schématique à l'abstrait qui résulte de l'attention. Considérons un objet comme une somme de qualités et représentons chacune de ses qualités par des lettres. Nous aurons : a-\-b-\-c-\-d-\-e=zo. Si j'ex;jmine une qualité seulement, la couleur, par exemple, représentée par a, j'obtiens : «;=o — (^ -f- c -h r/H- e). Je saisis nettement a, tandis que [b -\- c -\- d -\- e) constitue un résidu, quelque chose de vague, subconscient, qu'on pourrait représenter par x; de telle sorte que j'ai dans ma conscience « -h .r. L'abstraction, dit Schmidkunz, qui admet la théorie de l'attention, est un renforcement psychologique; l'abstrait, c'est le concret avec un nouveau groupement, le concret augmenté en intensité et diminué en quantité. Or, cet abstrait inférieur n'a, comme on l'a démontré, rien de coipmun avec l'abstrait supérieur qui fonde le général, l'universel. 11 est vrai que S. Mill fait intervenir, comme llamilton, un signe verbal, un terme général et abstrait. Mais après avoir réfuté avec S. Mill la théorie de l'attention, en tant que Hamilton la fait servir à prouver l'existence distincte des concepts, il n'est pas nécessaire de montrer que le nom ne peut

à lui seul créer cette existence. De plus, nous avons vu que, prise au sens de S. Mill, l'attention est impuissante à former un véritable abstrait. Le terme général se trouve par conséquent seul en face d'un abstrait-concret, et, pour parler un franc langage comme l'entend Sluart Mill, le nom général et abstrait joint à une image particulière et concrète paraît élre le seul moyen d'ex[)liquer le concept. Mais nous sommes en présence d'un nouveau problème qu'il faut envisager dans toute son ampleur.

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