II
Propriétés des résultants.
4L5. Les résultants jouissent de plusieurs propriétés importantes, que nous ne pouvons pas nous dispenser d'exposer. Première propriété. Si Véquaiion <p(x) est de la forme
[1] ^ {oc) = e, (x) e, [x] Gs (^) . . . ,
on aura
®i> ®«î ^8? • • désignant les résultants des équations
roi 1 /®i(^) = ^\ /ei(^)=0\ 1%[X) = 0\
PJ \ W(a;)=:0) ' U(x) = (Sl ' W(a7) = oi ' ^^^•
Il suffit, en eflFet, de se rappeler qu'on a
a?„ a?,, ... a? étant les racines de l'équation h» = 0.
Or, en remplaçant q> (x) par le produit des fonctions 9, dans lesquelles nous la supposons décomposable , on aura
[5] R = ei(a?jei(a?,)...ei(a?j
Mais le produit ^^[x^^^{x^.,.^^(x^ n^est autre chose que le résultant 6^. des équations e^ et ^.\ donc
On concevra aisément ce qu'il arriverait si <p et v étaient décomposables en même temps en facteurs.
46. Deaxlème proprlëlë. Le résultant R de deux équations quelconques de degré m et attelles que les équations <pei^ (pag. 71), satisfait à V équation aux déricées partielles:
Pour le démontrer, rappelons-nous qu'on a
U = ayy,- P.) (a,- p.) (a,- P.) . . . (a^- p.)
(«I— 3») (««- P») («»- P,) • • • («„- P.) («i— Ps) ("»— h) («s— P») • • • (« — Pj)
(«-PJ(«.-PJK-Pj..-(<'„-PJ.
Or, si dans les équations proposées on posait a? = a;'4"^» '^ résultante R ne changerait pas, car la constante h disparaîtrait dans les diflFérences des- deux racines. Appelons donc
Aq, a,, a,, . . . , A^ \ i)q, J3j, B,, . . . V. -^^
les coefficients des nouvelles équations en x\ dont les valeurs seront
Aq = Ûq ,
Ai = aj + mao/i,
A, = q,+ (m-l)a.ft-|- \^^ ' a^h*,
Bo = 6o,
B, = &,+ (n - 1) &./» 4- ^4^' &o ft', B3 = &,+ (« - 2) M + ^^^^^ ^'i^^ ^^^^TW^ ^0^'''
et supposons qu'on ait
Le nouveau résultant R' sera
R'= F (Ao, Aj, A,, . . . , A^, Bo, B^, B„ . . . , BJ, ou encore
(ao + b^o , a,-{-ha^ , a, + ba, , ... , «^+ba
"" <&o + b&o , ^ + b&t , ^ + b&, , ... , &^+Wj^
en désignant par b^o^ ^«m * • • > b&o) bZ'n ... les accroissements
Ao — «01 A, — a,, ..., A^— a^, B^ — ^, B, — &„ ..., B^— &^,
qui résultent des égalités [7]. En développant alors R' suivant le théorème de Taylor étendu à plusieurs variables, on aura
^R , , ,, (fR , , o\ ^R I I ^R
Mais R' doit coïncider avec R ; h d'ailleurs est quelconque ; donc tous les coefficients des diverses puissances de h^ et en particulier celui de la première, devront s'annuler, ce qu'il fallait démontrer.
Supposons donc que la forme littérale du résultant R soit connue, ce qui sera facile à l'aide du théorème donné dans le N. 37, joint à la remarque qui suit; et supposons encore qu'on représente les coefficients numériques par des coefficients indéterminés A,B,C,D,.... En substituant cette expression de R dans réquation susdite, le résultat devra être identiquement nul ; par conséquent tous les coefficients des nouveaux termes qui se formeront, devant se réduire à zéro, fourniront autant d'équations de condition, par lesquelles on assignera la valeur de coefficients indéterminés A, B, C, D, . . . .
Soient, par exemple, les équations
&o iz?* + &,ir 4- &« = ; la forme littérale de leur résultant sera
et réquation aux dérivées partielles [1] deviendra
/ dR ,
. dR\ , âR , . dR „
d'où Ton tirera les équations de condition
A + B==0, B4-.C = 0, 2B + nC4-D = — 0,
et comme un des coefficients peut toujours être pris arbitrairement, il s'ensuit, en prenant A = l, que
et alors le résultant sera
4L7. Troisième propriëlë. En appelant x la valeur commune aux deux équations proposées^ on aura
. s. 3. . , m. . rf^R . dR . dR . dR
•■ J da^ da^i da^^ da^
DÉMONSTRATION. Supposons, cu eflFet, que les coefficients a^a reçoivent les accroissements ba^, ba ; les proposées admettront encore une relation commune, si l'on a
et comme dans ce cas le résultant doit encore s'annuler, il faudra que Ton ait aussi
^^ dR , ^ dR ^
ces deux équations nous fournissent immédiatement la proportion
«__- dR dR m— l m— -p
*- -" ddi dap '
laquelle continuera à subsister lorsqu'on changera a en b. De là le passage aux proportions [8] est de soi-même évident. CoROLLAiBE 1 . Dc la proportiou [9] et de son analogue en b on déduit la suivante
ri21 dR^dTR^^dR^dR dR dR dR <^B q
da^ ' dap " dbi ' dbp ' dai db^ dUp db^ ^
équation qui subsiste en vertu de R = 0, c'est-à-dire que le premier membre sera divisible par R.
CoROLuoRB 2. Puisque l'on a a?'a7**=a?**"*"\ il s'ensuit que
ri21 — ^^ <^R dR ^
da^ * da^p^i da^p da^^i ~ '
et le premier membre devra encore être divisible par R. Ainsi, pour m=2, il viendra
dRdR fdRV
dai ddQ
Corollaire 3. Remplaçons dans Téquation v les puissances de X par les dérivées de R prises par rapport aux coefficients de <p qui leur sont proportionnelles; il viendra
'rioi ». dR , , dR , - dR I I , dR ^
^^^^ ^^di ^^'di ^^^Ta ^^••• + ^^5^ = ^-
Cette équation a lieu dès que l'on suppose une racine commune aux deux équations proposées ; elle devrait donc s'évanouir avec R. Mais elle n'est pas divisible par R, car elle est de degré n — I seulement par rapport aux coefficients a ; donc
elle doit s'annuler identiquement. Supposons, par exemple, m = n^ on aura les deux équations identiques
MCI -aRi-aR,-aR| . , dR /v
4S. Quatrième proprlëië. En appelant x la valeur commune aux deux équations proposées [1] (page 71), on aura
riAi 1 m m—i (fR ^R dR dR
[16] 1 : a; : aï* : ... : a? : : -r- : -j- : -p- --t-— ,
X étant les éléments du déterminant [29] (page 21).
Si, en effet, dans les équations [28] de la page 82, on supprime la ligne r, on pourra, d«s m — 1 équations restantes, tirer les valeurs des m — 1 quantités x^^ , oT^ ,...,«' considérées comme des inconnues. Il viendra alors, par des
théorèmes connus,
,,, dR m—» dR
et de là la proportion énoncée.
Posons
la relation [17] deviendra
On aura pareillement
Mais si, au lieu de la ligne r, on avait supprimé la ligne r',
on aurait obtenu
De ces relations on tire
[23] œ'':ar^k^y.k^^,,
d'où
f^J af ■-' ~ A,,., î
par conséquent, toutes les fois que r'+ s =»"+«', il faudra que
Ainsi, toutes les quantités A, dont les indices forment une
somme égfale, sont égales entre elles.
49. Cinquième propriëlë. La solution commune aux équations 9=0, mi = est aussi une solution de V équation
En effet, on a, par un principe connu de la théorie des fonctions homogènes,
oc ' y
Or, puisque les proposées s'annulent par hypothèse pour des valeurs de x, y diflPérentes de zéro, il faudra que le dénominateur commun de ces valeurs, ou le déterminant
rc ' y
s'annule. Ce qu'il fallait démontrer. Ce déterminant se nomme le Jacobien des deux fonctions cp, v.
Appelons J ce déterminant ; on obtiendra encore la propriété qui suit:
50. Sixième propriété. Si les proposées s'annulent pour un système des variables x, y, les dérivées partielles de P, prises par rapport à chacune des variables y s'annuleront aussi.
On tire, en effet, des équations [28] les suivantes :
et, en les diflFérentiant successivement par rapport à x et à «/, on obtient
Or, si par hypothèse <p = v = 0, on a encore, par le théorème précédent J = 0; il faudra donc que
dx dy
Application. Comme les dérivées ^— ? 3— , dans le cas de
dx dy '
m = 3, sont aussi de troisième degré, il s'ensuit que la résultante des formes cubiques (page 84) pourra encore se mettre sous la forme
V Ql r s
2(ag — &i?) 3(ar— cg') as— rfp+&r— cg' &5 — dq
ar — cp as—'dp-\-l)r^cq ^(hs — dq) 2(cs^dr)
51 •Septième propriété. Si dans les équations proposées <^ et ^ on substitue aux variables (x, y) de nouvelles variables (u,v) liées av^ premières par des équations linéaires telles que
le nouveau résultant déduit des équations transformées sera égal à Vancien multiplié par une puissance du déterminant pq' — p'q de la substitution.
Mettons, en eflFet, les fonctions 9 et v sous la forme
[32] <p = «0 (a? — a^y) (x — (x^y) ... (a? — a. y) ... (a; — a^y) = 0, [33] v = &o(^ — PiI/)(^ — Pi!/). •.(^ — P,I/).-.(^"-P^2/) = 0.
Par suite de la substitution [27] les facteurs quelconques
deviendront respectivement
et les transformées et Y de <p et y seront
(p—.p')!"-^»). »-ht^ ("-%§"]'
[3.1 v=«.*yi(u-2ïg.)(u-ûg„)...(„-i|^^,) :
Or, comme nous l'avons vu, le résultant R est le produit de toutes les différences a. — p. que Ton psut former avec les racines de 9 et de v. D'ailleurs, cette différence quelconque des racines serait maintenant, pour les équations O et Y,
V — «.P' P — PiP' "" (P — Œ^P) (P - P/') .
En revenant par conséquent à l'expression de R donnée au N. 36, en y remplaçant a^ et &<, respectivement par ao^(P>P') et &oV (PtP')t la valeur du nouveau résultant R' sera
R' = (l?g'-p'gf'*R, ce qu'il fallait démontrer.
Corollaire. Si dans tpx et ^^x on remplace la variable œ par ^, . . , z étant une nouvelle variable, le résultant des nouvelles équations sera encore égal à celui des équations primitives multiplié par une puissance du déterminant pq'—p'q,
5!9. Iliiitième propriété. Soient
deiuv nouvelles fonctions liées linéairement arix fondions données <p et ^\ leur résultant W sera égal à celui des fonctions 9 e^ v multiplié par une puissance de pq' — p'q.
En eflFet, chaque élément de déterminant à déterminants binaires, qui exprime le résultant R selon la méthode abrégée de Bezout, acquerra le facteur pq* — p*q^ et le résultant luimême le facteur (pq^ — p'q)^.
Corollaire. Lorsque 9 et v sont respectivement les dérivées par rapport à a? et y d'une même fonction
[36] f^^a^x'+la^x'-^-^i^ ^'-V+. ..+ «,!/',
leur résultant est naturellement une fonction des coefficients de f. Or, si dans f on fait la substitution
œ = plL-\- qY ,
et que Ton appelle F la transformée de /*, le résultant fourni par les équations
rfX ^' dX ^
sera égal à Tancien R multiplié par (pq* — P*q)^ - Cela est facile à démontrer en ayant recours au théorème précédent, et en remarquant qu'on a
Ainsi, pour toute fonction entière et homogène en x, y, il existe une fonction de ses coefficients qui a la propriété de se reproduire^ à un facteur près indépendant de ces coefficients^ lorsqu'on y remplace les variables par d'autres j liées linéairement aux premières.
Il est aisé de s'assurer que, dans le calcul actuel, cette fonction n'est autre chose que le produit des carrés de toutes les différences entre les racines de Téquation donnée. C'est ce qu'on verra dans le chapitre suivant.
Mais elle n'est pas la seule ; car, comme M. Cayley l'a démontré, toute fonction entière et homogène en a?, y admet une infinité de fonctions jouissant de la même propriété, dont cependant l — 2 seulement sont indépendantes entre elles.
On trouvera les fonctions pour l = 2, 3, 4, 5 dans les tables à la fin de l'ouvrage sous la dénomination de discriminants.