‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecque [microform]Chapitre 111 sur 250 · Tecmesse. — 6' : Coryphée · texte numérisé non relu

Tecmesse. — 6' : Coryphée

5. On a dans p : Tecmesse, Ajax, Tecmesse. On ne pourrait pas dans p' avoir la suite : Chœur, Ajax, Tecmesse. — Dans la Comédie, la loi est beaucoup moins rigoureuse. Comparer dans les Acharniens, gag-Sg = g4o-5i :

A : Chœur, Dicéopolis, Chœur, Dicéopolis. A': — — — Béotien, Chœur.

Une telle correspondance est exclue de la tragédie. Voir dans l'ouvrage de Zielinski, p. a49 sqq., le chapitre de VAntichorie.

Enfin celui ou ceux qui chantent dans la première strophe ont seuls le droit de chanter dans les autres. Par une prérogative particulière, l'acteur ou le coryphée à qui sont attribués des vers lyriques peut aussi réciter des trimètrcs accompagnés \ Tous les autres personnages doivent se contenter du débit mélodramatique.

Ces faits extérieurs étant bien établis, si l'on compare ce Commos à ceux du type précédent, on voit qu'il en diffère en trois points principaux: le chœur, comme je l'ai dit, récite au lieu de chanter, et les vers lyriques sont attribués au protagoniste ; les antistrophes de la partie centrale ^ ne suivent plus les strophes à un intervalle de quelques trimètres; enfin le poète a employé deux acteurs au lieu d'un seul. Voilà les changements techniques. Nous est-il possible d'en découvrir les causes et les conséquences?

Dans les Perses, le personnage agissant, on l'a vu, c'était le messager, dont les trimètres fournissaient un thème aux strophes du chœur. Comme le chant orchestique se prête peu à l'analyse, les douze vieillards d'Eschyle, qui représentent dans la tragédie le peuple des Perses, sont obligés de déplorer le désastre qui accable leur patrie en termes généraux et peu circonstanciés. L'immensité de la scène à peindre n'a pas permis à l'artiste d'en préciser les lignes. Les choreules sont presque accablés sous le poids du rôle qu'ils ont à jouer.

Ici, grâce à la prééminence de l'acteur, protagoniste et principal héros du drame, le tableau tragique est plus limité. On n'a pas voulu nous montrer dans un raccourci toujours difficile et souvent imparfait l'accablement d'une nation innombrable. Un seul personnage est ofiert à nos regards. Son portrait est peint en pied : c'est celui d'Ajax. Il était fou; il a recouvré la raison. Sa confusion, quand il se voit couvert de sang au milieu des troupeaux qu'il a égorgés, l'irrite et l'accable. Ainsi la donnée est bien circonscrite : il s'agit de retracer les impressions douloureuses qu'éprouve un homme de cœur, quand il voit toute sa gloire ternie par un acte ridicule et odieux, dont il doit porter la peine, bien qu'il l'ait commis sans le vouloir, dans un instant d'égarement incompréhensible.

Le chant scénique se prêtait à merveille à une telle description.

1. Cf. p p', où les trimètres 869, 384 sont récités par Ajax, qui chante A A', a. B. p. r. y. B'. p'. I.' y\

LES COMMOI.

De même, en efTet, que l'impétuosité et la passion, qui sont particulières à ce rôle, ne pouvaient déplaire à l'artiste qui devait le jouer, ainsi Ajax bénéficiait de la virtuosité de celui qui tenait sa place devant les spectateurs. A la bonne époque, la personnalité d'une Cassandres d'un Œdipe a est accusée avec plus de relief dans les vers lyriques que dans les iambcs. La langue du poète y est plus libre, plus colorée, plus ardente. C'était là, bien plus encore que sur nos théâtres, qu'un grand acteur trouvait l'occasion de se révéler. Quand il savait qu'au cours d'un Épisode il allait avoir à chanter dans un thrène, il ménageait ses forces, les recueillait et tâchait de se surpasser.

Ces strophes ont donc une extrême importance. Elles dominent tout l'ensemble du Commos. Les iambes ne sont destinés qu'à en rehausser le lyrisme et à lui donner un nouvel élan. Le dépit du guerrier, son désespoir sont exprimés avec une grande vigueur. Ses invocations aux ténèbres des enfers qu'il va désormais habiter, aux vagues bruyantes de la mer qui ne le verront plus, mettent le terme suprême à la progression.

Si le poète avait recours pour l'interprétation de son œu\re à un homme de talent, il devait, autant que les lois de l'art tragique le lui permettaient, favoriser son jeu. Or, le retour du même air après un ou deux trimètres devait être monotone. Pour éviter ce défaut, Sophocle conserva, il est vrai, l'équilibre antistrophique, mais il le dissimula. La strophe et l'antistrophe de la Syzygie d'Eschyle, A. a. A'. a! , devaient produire sur l'oreille l'effet d'une chanson à deux couplets. Chez son successeur, l'ordre est plus compliqué: A. a. B. p. A', a'. U'. ft\ Quand on reprenait une antistrophe 3, on avait presque oublié l'air sur lequel elle avait déjà été chantée \ en écoutant celui de la seconde strophes. Cette modification fut une conséquence de la première.

Enfin l'emploi des deux acteurs et du chœur était encore un progrès, parce qu'il permettait l'usage des oppositions, qui mettaient en valeur la figure principale du groupe. Tecmesse, la captive d'Ajax, presque sa femme, et le chœur, composé de matelots de Salamine, représentaient

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