‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecque [microform]Chapitre 184 sur 250 · CHANTS ÉPIRRHÉMATIQUES · texte numérisé non relu

CHANTS ÉPIRRHÉMATIQUES

Ils sont toujours très réguliers. Un acteur chante, l'autre récite. Les strophes ne se répondent point, quelque semblables qu'elles puissent paraître. Les épirrhèmes sont formés de monostiqucs, de fragments de trimètres, et quelquefois de plusieurs vers en nombre inégal. L'alternance de strophes chantées et de trimètres récités n'est jamais altérée.

Hécubc.

•Té

Troyennes :

Talthybios.

Hécube.

Talthybios.

Talthybios, héraut de l'armée grecque, vient apprendre à Ilécube et aux autres Troyennes quel maître le sort leur a donné. Cassandre a été prise par Agamemnon, Polyxènc sera consacrée au service du tombeau d'Achille, Andromaque appartient à Néoptolème, et la vieille Hécube à Ulysse.

1. A : 239 : un dimclrc dochmiaque. — B : a^ 1-2 : une pcnlapodic los^aédique et un dimclre dochmiaque. — 1" : 244-5 : un dimètre et un monomèlrc dochmiaques. — A : 247-8 et E : 260-1 : même composition que pour F. — Z : 253-4 •* deux dimètres dochmiaques. — H : 256-8 : deux monomèires dochmiaques et une tctrapodie logaédique. — (-) : 260 : un dimctre dochmiaque, en supprimant iroO jioi avec Dindorf. Le second doclimiaque est formé de huit brèves. — 1 : 262 : un monomctre dochmiaque précédé d'un spondée. Dindorf et Schmidt suppriment xauxav devant l'interrogatif tw, mais le démonstratif paraît être nécessaire au sens. — K : 266-7 • ^^ dimètre dochmiaque, <iuc suivent une Iripodic et une lélrapodie logaédiques. — A : 269 : un dimètre dochmiaque. — M : 271-2 : un élément logaédique, précédé d'une dipodie iambiquc (cf. Dindorf), suit un dimètre dochmiaque. — N : 276-6 : un élément logaédique, précédé encore une fois d'une dipodie iambique. Suit un dimètre dochmiaque. — S : 278-291 : sorte de Monodie finale : mélange d'éléments dochmiaques, iambiques et logaédiques dont le détail m'entraînerait trop loin. — Tous les épirrhèmes sont des monostiques.

FORMES LYUIQLES DE LA TRAGEDIE GRECOtE.

Eschyle et Sophocle auraient peut-être traité un tel sujet dans un dialogue stichomythique, tandis qu'Euripide fait chanter les questions et les plaintes dllécube. Seules les réponses du héraut sont récitées. Le Duo est d'ailleurs d'une régularité parfaite. Talthybios ne récite que des monosliqucs. Ilécube, au contraire, ne chante que des vers lyriques. Ils sont groupés en strophes, dont la construction présente souvent une grande similitude. Le couplet final est plus long que les autres, suivant la règle habituelle.

Nourrice.

Andromaque : 826 — 865 «.

A : Hermione. a : Nourrice. B : Hermione. 3

Hermione voulait faire périr Andromaque et Molossos; Ménélas secondait sa fille. Pelée a réussi, malgré son grand âge, à sauver les deux supphants. Ménélas, voyant FafTaire prendre une mauvaise tournure, s'est retiré prudemment à Sparte. Restée seule, Hermione, qui craint d'être punie par Néoptolème aussitôt qu'il sera revenu, se livre à un désespoir dont l'exagération fait suspecter la sincérité ^ Elle veut se tuer : la corde, le poignard, tout lui parait bon pour accomplir

I. A : 8a5-7 : un monomètre dochmiaqiie. Telle doit ôlrc la valeur de 8a5, comme plus bas celle de la double exclamation de 839. Suivent un élément logaédiquc et un monomètre dochmiaque. — R : Sag-SSi, est composé comme A. — F : 833-5 : si l'on adopte les corrections de Nauck, on aura un monomètre dochmiaque précédé d'un bacchius, et une tétrapodie logaédique. — 1 : 837-9 : texte de Schmidt : un monomèlrc dochmiaque, précédé d'un bacchius, puis deux monomètres du même rythme, séparés par une tétrapodie logaédique. — E : 84i-3 : un élément logaédique et deux dimèlrcs dochmiaques, si pour 8A2 on adopte la correction de Rergk. — Z : 846-5o un monomètre dochmiaque, comme pour 8a5 et 829, que suivent deux tétrapodies iambiques catalectiques et deux dimètres dochmiaques. — H : 853-865 : trois dimètres, un monomètre, deux dimètres dochmiaques. Le reste parait ôtre logaédique. — KirchhoiT et Nauck indiquent, d'après G. Hermann, que le commencement de ce chant est antistrophique. Ils sont obligés de mutiler le texte pour rétablir l'accord. KirchhoiT d'ailleurs, au vers 816 de son édition, écrit : Ceterum haec ccrta ratione antistrophicis aequari vix polerunt. — a, p, y, 8, e : monostiques iambiques. Ç : distique.

a. Le caractère d'Hermione manque d'unité, et sa création n'a pas dû coûter beaucoup de peine à Euripide, qui semble l'avoir improvisé. Au commencement de la pièce, V. 1/47 sqq., la fille de Ménélas est insupportable, à cause de sa froide cruauté et de sa raideur orgueilleuse. Quand ses projets barbares ont échoué, elle pleure et veut mourir. Aucune transition.

LES CHANTS ALÏLUNÉS DES ACTELUS. 23q

son dessein, tant il est devenu un instant une idée fixe. Ses serviteurs ont peine à la retenir; sa nourrice déclare que cette lutte épuise ses forces, et qu'elle ne peut plus protéger la malheureuse contre elle-même. On entend celte femme désespérée pousser des cris du fond du palais; clic arrive sur la scène. Elle veut s'arracher les cheveux et se déchirer la figure. Son voile, sa robe volent en lambeaux. Comme une héroïne de Monodie, après s'être livrée à toutes les marques extérieures du désespoir, elle délire à froid et se lance dans des développements de fantaisie que l'on est surpris de rencontrer dans les plus belles tragédies d'Euripide. Il faut qu'elle se tue. On ne l'a pas assez dit ; elle prend soin de le répéter. Un feu dévorant ne l'effraierait • pas, ni les rochers, ni les flots marins, ni les forêts des montagnes». Certes, il est à croire que sa manie du suicide est arrivée à un deo-ré suraigu, pour qu'elle soit si peu difficile sur le choix des moyens. Le dernier surtout, à peine intelligible, est assez déconcertant.

Elle change tout à coup d'idée, ce qui donnerait à supposer qu'elle entrevoit un instant combien elle déraisonne, si elle ne continuait à se fourvoyer dans des imaginations bizarres. Elle songe à la fuite. C'est un moyen moins radical d'échapper au châtiment qui la menace; encore ne devrait-elle pas souhaiter d'être métamorphosée en oiseau aux ailes noires ^ ni surtout en vaisseau de bois de sapin, comme était celui qui le premier franchit les roches Cyanées3.

Ce Chant d'acteurs est presque construit comme un chant de choreutcs, puisque les couples de strophes, surtout celles du commencement, se font presque équiUbre. Les épirrhèmes sont des monostiques. Le dernier seul est de deux vers. Dans l'exemple précédent, Talthybios récitait toujours un trimètre.

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