CHANTS SEMI-ÉPIRRHÉMATIQUES
Deux personnages en scène doivent nécessairement par leurs paroles se faire une mutuelle impression. Si l'un est ému et l'autre calme au commencement d'un Duo, il est peu vraisemblable qu'ils resteront tels jusqu'à la fin.
Dans l'exemple des Phéniciennes qui précède, on ne pourrait dire que le calme de l'esclave réagit sur l'émotion de la jeune princesse, parce que les deux personnages sont d'une condition trop différente. Néanmoins l'âme d'Antigone est diversement aflectée pendant qu'elle contemple l'armée ennemie, et la jeune fille récite des iambes après avoir employé les vers lyriques.
Dans les à[AOiPata qui suivent, au contraire, les personnages sont de naissance égale. Ils sont même unis l'un à l'autre par des liens très étroits de parenté. Il est donc naturel que le premier ne reste pas insensible aux transports d'allégresse du second, et que leurs sentiments, par une influence réciproque, finissent par avoir la même intensité.
Aussi le poète commence-t-il par faire chanter le premier acteur et réciter le second. Il ménage avec soin ses effets^. Le protagoniste est
I, Sept contre Thhbes, 369-676. Passage fort connu à cause des longues discussions qu'il a soulevées. Je n*ai pas à m'en occuper dans ce livre.
a. Même économie chez Eschyle, mais dans un autre genre. Cf. p. 181 et i85.
LES CHANTS ALTERNES DES ACTEURS
très ému; le dcutéragonistc, à peu près calme; mais à mesure que le chant se développe, le calme de l'un réagit sur l'émotion, l'émotion sur le calme de l'autre, et les deux acteurs passent du chant à la récitation, de la récitation au chant, suivant l'impression momentanée qui les domine. C'est donc la plus parfaite des constructions qu'ait jamais inventées Euripide, et avec les ressources dont disposait le lyrisme des anciens, il ne pouvait aller plus loin.
Il est fort remarquable que ces trois Duos soient des Chants de reconnaissance \ Ils forment donc le point central de la tragédie. Peut-être est-il utile de le constater. Euripide les aura composés avec un soin particulier.
Ion
: Creuse.
a : Ion.
: Creuse.
ri : —
oc
Ion.
1. VÉlectre de Sophocle et celle d'Euripide, qui sont aussi des pièces à reconnaissance, ne contiennent pas de Duos de ce genre, parce que dans ces tragédies le but poursuivi par les principaux personnages est la punition des meurtriers d'Agamemnon.
2. A: i/iScj-Zia : deux trimètres iambiques, et deux éléments logaédiques. — B : 1 445-9 : un dimèlre dochmiaque, un tétramètre bacchiaque, un élément logaédique et un monomètre dochmiaque. — F : i452 : un monomètre dochmiaque. — A: Nauck a raison d'écrire : Ion : jawv ojx e/siv ja' à'/ouffa; Creuse : xà; yàp èXitîÔa; ' Auépa>ov up6<jw. Le rôle de Creuse peut être écrit en trimètres, fragments de trimètres et en vers lyriques. (Cf. la strophe A de ce Duo, et l'exemple précédent des Phéniciennes.) A: 1 453-5 est donc composé d'une fin de trimètre iambique, d'un monomètre dochmiaque, d une tripodie iambique que suivent deux monomètres et un dimètre dochmiaques. -- E: i458.6i : un élément logaédique, un trimètre iambique catalectique, deux dimè très dochmiaques. — Z : 1 468-7 : deux trimètres iambiques catalectiques (cf. 1409), un dimèlre bacchiaque, une hexapodie logaédique et un dimètre dochmiaque. - H : 1470: le texte de Nauck donne un dimètre dochmiaque, précédé d'un créliquc. Dindorf répèle téxvov et trouve ainsi un trimètre dochmiaque, mais le dochmiaque précédé d'un crétique revient souvent dans ce morceau. — 0 : 1 471 : on ne doit pas confondre, comme le fait Nauck, la réponse de Creuse : àXXoOev Yérova;, aXÀoOev, avec la question d'Ion, formée du commencement d'un trimètre iambique. La question est récitée, la réponse est chantée. Kirchhoff l'a bien vu. La réponse de Creuse est formée d'un monomètre dochmiaque, précédé d'un crétique. Les yé ou les c<t qu'on
On connaît la multitude d'événements dont est rempli le drame : Creuse cherchait son fils, Ion cherchait sa mère, mais l'hahileté du poète n'a pas tardé à les rendre ennemis ; ils ont même essayé de se tuer l'un l'autre : du premier coup les situations s'embrouillent, l'intérêt se corse. Après cette antique tragédie, les dramaturges et les romanciers futurs auront fort à faire pour trouver des péripéties nouvelles. Il est vrai que l'Odyssée elle-même est le récit du plus merveilleux voyage qu'ait jamais imaginé cerveau d'enfant.
La manière dont Euripide a dénoué les nœuds de son intrigue devait aussi avoir un grand succès, comme l'ont prouvé les nombreuses imitations qui en ont été faites. 11 suppose que Creuse, pour éviter la mort, s'est réfugiée aux pieds de l'autel du temple, et que son fils avant son départ consacre au dieu la corbeille dans laquelle sa mère l'exposa. Naturellement cette corbeille amène la reconnaissance. Ion et Creuse tombent enfin dans les bras l'un de l'autre. Les Athéniens, pour lesquels de pareilles inventions avaient encore le mérite de la nouveauté, devaient prendre un vif plaisir à ce spectacle.
C'est alors que commence le Duo dont le dessin précède. Creuse, dont le cœur maternel n'a cessé de souffrir en silence depuis l'attentat du dieu, retrouve enfin le fils qu'elle désespérait de jamais revoir. Elle est beaucoup plus émue que lui ; elle aimait son enfant, conçu dans la douleur; elle l'avait abandonné le cœur déchiré. Aussi n'at-elle cessé de penser à lui, et de le chercher. Ion n'a pas connu sa
voudrait ajouter après yéyovac sont des chevilles. — 1 : 1474-6 : un dimèlre dochmiaque, une dipodie anapcstique et une tétrapodie trochaïque catalectique. — K: 1478: une tripodie dactylique catalectique, qu'il faut séparer du commencement de trimètre récité par Ion. — A : 1479-80 : une tripodie dactylique catalectique et une tétrapodie logaéëique. — M: 1482: môme mesure que i48o. — N: i484: une tétrapodie dactylique catalectique. — S : 1486-7 : un élément lojçaédiquc ; suit un dimètre dochmiaque. La loi de H. Weil est observée, le second dochmius commence par un dactyle. — 0 : 1489-96 : trois monomètres dochmiaques, précédés chaque fois d'un créliquc; ce groupement rythmique est décidément celui qui revient le plus souvent dans ce Duo ; suivent deux trimètres iambiques catalectiques, une tétrapodie logaédique et un trimètre dochmiaque. — II: 1498-1600: deux monomètres dochmiaques, le premier est précédé d'un crétique, le second, d'un spondée. Une tripodie iambique catalectique.— P: Ion: i5oi : un monomètre dochmiaque, précédé d'un erotique. — 2 : i5o3-9 : un monomètre dochmiaque, précédé d'un crétique, une hexapodie logaédique, deux tripodies dactyliques catalectiques, une tétrapodie iambique, une tétrapodie anapestique ; on finit par une hexapodie iambique, dont le premier pied serait un procéleusmatique. — a et ^ : distiques; y : fragment de trimètre comme yj, x, ji, et 0 ; ô : distique, comme ;; e : monostique, comme 0, i, X, v et Ç. — Pour la scansion de tout ce Duo, comparer Schmidt, Monodien und Wecfiselgesdnge, CCCLXXII, sqq.
LES CHANTS ALTERNES DES ACTEURS
mère; il la voit pour la première fois. Il faut que naisse et se développe en son âme un sentiment, celui de l'amour filial, qu'il ne connaît
guère que par instinct.
Creuse chante donc les strophes lyriques. Ion récite les épirrhèmes, qui sont d'abord des distiques. Leur symétrie ne tarde pas à s'altérer : l'émotion croissant, le fils chante un instant comme la mère. Le vers qu'Euripide lui a mis dans la bouche se trouve à la fin du Duo». Creuse vient de dire à son fils qu'elle a faiUi le faire mourir sans le connaître; Ion répond la même chose à sa mère. Le détail est d'une importance capitale. Le jeune homme ne peut le rappeler de sangfroid. 11 se sert donc d'un dochmiaque, précédé d'un crétique, bien que partout ailleurs il se soit contenté de la irapxxaTaXcYTf;.
IpmOÉNIE EN TaUMDE I 827 — 899
Iphigénie.
Y : Oreste.
B : Oreste.
^ : Iphigénie.
id : Oreste.