‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecque [microform]Chapitre 210 sur 250 · MONODIES ÊPIRRHÉMATIQUES · texte numérisé non relu

MONODIES ÊPIRRHÉMATIQUES

On sait que les épirrhèmes du Commos étaient écrits en trimètrcs iambiques, quelquefois en systèmes anapesliques, et très rarement en tétramètres trochaïques. Ceux des Monodies sont toujours composés de trimètrcs : cette simplification n'est peut-être pas inexplicable.

Le poète ne faisait suivre des remarques de la scène ou de l'orchestre la première strophe de son acteur que pour lui donner, sous un prétexte plausible, quelques mesures de repos avant l'antistrophe. Aussi l'antépirrhème, sauf de très rares exceptions, est- il partout supprimé, puisque après la seconde partie le personnage scénique

1. Voir dans Athénée XIV, p. 6i3 D, un fragment de la Mélanippe enchaînée, où Euripide critique avec amerlume ces mauvais plaisants, qui se moquent misérablement des sages, et s'enrichissent avec leurs sarcasmes. Cf. Nauck, Tragicorum g raecorum fragmenta, 1889, p. 5i6.

avait terminé son rôle. Si donc 1 epirrhème n'était employé que pour permettre au chanteur de reprendre haleine, il devait être écrit en un rythme assez lent. Les anapestes auraient été trop précipités, et les tétramètres trochaïques convenaient peu à la situation générale.

Remarquons aussi que l'épirrhème n'a qu'une importance restreinte dans le développement des idées. On est en droit de supposer que les applaudissements du public empêchaient souvent de l'entendre. Comme le poète ne pouvait pas y compter sans risque, il intercalait, pour plus de sûreté, quelques trimètres après la strophe. Ailleurs il les a supprimés. Peut-être les remplaçait- il par un air de flûte. Le public ne perdait guère au change.

La Monodie la plus ancienne du théâtre grec, et en même temps la mieux équilibrée dans toutes ses parties, est celle que l'on trouve dans Eschyle.

Prométhée : 574 — 612'.

A : lo. a : Prométhée.

Après un prélude de rythme assez mélangea, lo chante sa première strophe. Prométhée répond aussitôt par un epirrhème de quatre vers, pendant lesquels le deutéragoniste se repose. L'antistrophe que chante ce dernier est encore suivie d'un antépirrhème du même nombre de trimètres. La forme de la Monodie est irréprochable.

Elle porte même dans sa construction des traces d'archaïsme. Eschyle s'est cru obligé dans a' de donner un pendant à l'épirrhème. Cette symétrie, déjà rare dans les chants orchestiques, est tout à fait étrangère à l'art spécial que j'étudie; on n'en trouve d'autre exemple que dans VHécube.

1. Texte de H. WeiL - A A' : 574-88 = 598-608 : strophes dochmiaqucs, pleines de crétiques. 578 = 596 est un Irimèlre crétique. Quelques cola iambiques, ou trochaïques, surtout dans la partie finale, sans parler des iambes isolés, qui sont disséminés dans le reste de la Monodie. Voir la scansion de ces strophes dans le Promelheus vinctus de l'éditeur précédemment cité, Gissae, 1864, p. ii6.

2. Prométhée: 56i-573. Ce morceau rappelle celui qui précède la Parodos des Sept contre Thèbes: 78-107. Quand lo parle de Prométhée et du pays où elle se trouve, elle se sert des anapestes, et elle passe aux vers iambiques et dochmiaques, quand la piqûre du taon la rappelle à elle-mcmc et à ses douleurs.

LES MONODIES

Le Prométhée y comme on l'a déjà vu, appartient par sa Parodos à un type de tragédie qui se rapproche de celle de Sophocle et même d'Euripide. Cette Monodie accuse encore la ressemblance. Sans doute, elle est fort éloignée des Solos euripidéens : le style en est très ferme», et la métrique assez simple. Néanmoins elle porte déjà une grave atteinte aux privilèges du coryphée, qui l'écoute en entier sans chanter ni réciter une seule syllabe.

Il n'y a pas de Solos épirrhématiques dans Sophocle, ce qui n'est guère surprenant, puisqu'il n'a employé que rarement la Monodie, et qu'il semble avoir peu aimé la forme épirrhématique simplet En revanche, la plus ancienne pièce d'Euripide qui nous soit parvenue en contient un exemple remarquable.

Alceste : SgS — 4i53.

A : Eumèlos. a : Admète. A' : Eumèlos.

On pourrait être tenté de prendre les deux trimètres du deutéragoniste pour une mésode, mais ils expriment une pensée trop peu importante, pour jouer ce rôle capital. La disposition de la Monodie précédente montre l'origine de cette forme tronquée.

Le Chant du jeune Eumèlos est fort émouvant. Alceste vient d'exhaler le dernier souffle de sa vie dans les bras de son époux. L'enfant se précipite sur le corps de sa mère. 11 gémit, il l'appelle, il la supplie de l'entendre, il est eff'rayé de voir ses yeux sans regard, ses mains raidies^. Il veut que sa sœur se joigne à lui pour se lamenter: sa Monodie finit dans un sanglot.

I . Des alliances de mots comme x/j^luXavoi itXavai 577, et uoXûuXavoi uXavai 585, où une épithète se rapporte à un substantif qui entre déjà dans sa composition, se trouvent ailleurs dans Eschyle. Se rappeler le TrcxTSp aîvôuaTep des Choéphores, 3i5. — Sur ces alliances de mots, que Sophocle, paraît-il, n'a pas connues, voir la note du vers 576 de Wecklein dans son Prometheus, Leipzig, Teubner, 1878.

a. Exemple unique : Œdipe à Colone, supra, p. i36.

3. Le texte est défiguré par des lacunes, surtout dans l'antistrophe. Chaque strophe parait composée de deux parties: la première, 393-7 = 406-411, est iamboMlochmia» que; la seconde, 398-403 = 4i 2-4 1 5, logaédique. Cf. Schmidt, Monodien und Wechselgesânge, p. VIII sq.

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