Alceste, 398,9 : "ISe yàp t'Se pXIçapov
xai irapatôvov; x^P*?*
FORMES LYRIQUES DE LA THACéDIE GRECQUE.
Il y a là une veine de pathétique familier que le sombre génie d'Eschyle n'avait pas découverte. Elle fera bien souvent encore la fortune d'Euripide», surtout près des modernes, que charme un naturel si simple et si touchant. De pareilles scènes sont journalières. Eumèlos parle presque comme on le ferait parler aujourd'hui. Ses phrases sont courtes et naïves. On peut même dire que ses répétitions de mots a, qui deviendront bientôt un insupportable défaut, ont une beauté véritable, puisqu'elles sont une copie exacte du langage enfantin dans ses supplications passionnées.
On rencontre une construction identique dans une tragédie dont la date ne s'écarte pas beaucoup de celle de VHippolyie,
Andromaque: 1173 — iigG^.
A : Péléc. a : Chœur. A' : Pelée.
Le messager vient de raconter à Pelée comment son petit-fils Néoptolème a été tué à Delphes par suite des machinations obscures d'Orcsle, et le coryphée a immédiatement annoncé que l'on apportait le cadavre.
Ce Solo dactylique est écrit en un style assez lâche. Le nombre des exclamations et des mots répétés augmente^», et l'intérêt décroît à proportion. Euripide paraît avoir obéi à la tendance de certains auteurs fort médiocres, qui. sous prétexte de donner un langage naturel à leurs personnages, multiplient les points d'exclamation, pour se dispenser en réalité de leur faire analyser leurs sentiments. Les paroles entrecoupées du vieillard dissimulent assez mal une grande banalité. Que n'a -t -il laissé de côté tous ces cris, toutes ces apostrophes? Son petitfils a été tué. C'était le dernier rejeton de sa famille, sa dernière
1. On trouve déjà un enfant dans VAJai, mais c'est un rôle muet. Jamais Sophocle n'a ftiit parler ou chanter un enfant sur la scène.
2. Ibid., 4oo : ÛTiâxoyaov, àxou<Tov..., cl dans l'antistrophc, à la place correspondante. Ai 2: àvôvax' àvovaT* èvu|jiçeu(ia;... Le poète suit la technique des chants choraux. Voir plus haut, chap. III : Des rimes lyriques, p. io5 sqq.
3. A A': 1173-83=1186-96: strophes dactyliques. Au vers 1180 lire ^âUtov. C'est la plus ancienne Monodie dactylique et la seule qui soit antistrox)hique. Cf. U. et AV., p. iigsq.
4. Cf. 1177 : ovxCti {xoi YÉvo;, oCxitt... ii86 : w yi^");, w yajio;...
LES MOXODIES.
espérance. Il y avait là un thème facile à développer pour le plus pathétique des poètes, et il est regrettable qu'il s'en soit abstenu.
La Monodie qui suit contient un autre défaut, dont il faut dire un mot.
Suppliantes : 990 — io3o ».
A : Évadné. a : Chœur. A' : Évadné.
Évadné, épouse de Capanéc, apparaît tout à coup sur un balcon, élevé au-dessus de la scène. Le coryphée signale sa présence aux spectateurs. Ceux-ci devaient regarder avec surprise une apparition aussi étrange. Cette femme, parée de ses plus riches vêtements, se met à chanter sans aucun préambule. Elle est en délire. Elle annonce qu'elle va se jeter dans le bûcher funèbre de son mari. La nouvelle ne pouvait guère émouvoir le public. On n'a pas encore vu Évadné; elle n'a jusqu'ici prononcé aucune parole. Euripide ne voulait pas exciter de pitié sur elle. Il était homme à savoir s'y prendre. Les vers qu'il lui fait chanter indiquent son intention. Il frappe les yeux par un spectacle inattendu, et déconcerte l'esprit par une résolution extraordinaire. Tout ce que dit son héroïne est brillant, sonore et froid. Elle ne rappelle son union avec son époux, au milieu des fêtes argiennes, que pour faire ressortir l'horreur de celle qui l'attend dans le lit enflammé du mort. Cette Monodie n'est donc qu'un morceau à effet, et cette apparition subite sent la féerie. Pour nous, qui n'avons plus sous les yeux que le texte des paroles d'Évadné, nous les jugeons, à bon droit, assez peu intéressantes.
RnÉsos : 896 — 91 4 ».
A : Muse, a : Chœur. A' : Muse.
La mère de Rhésos, dont la soudaine arrivée est encore annoncée par le chef des choreutes, récite quelques trimètrcs, où elle déclare
1. A A': 990-1008 = loi 2-1 o3o: strophes composées presque entièrement de Ictrapodics logaédiqucs à un dactyle. — a : épirrhème de trois trimèlres iambiques.
2. A A' : 895-903 — 906-914: strophes logaédiques. Cf. Schmidt, Monodien, CDLVI fq. — a : deux trimèlres iambiques.
qui elle est, puis elle passe sans transition aux lamentations funèbres. De même, après sa Monodie, elle continue, sans repos apparent, par des iambes. Cela est contraire à l'habitude des tragiques. Ce Chant est d'ailleurs aussi bien écrit' qu'il est régulièrement construit.
Telles sont les Monodies épirrhématiques, composées d'éléments accouplés. Leur disposition, sauf dans le Promélhée, est assez artificielle, puisque les trimètres placés entre leurs moitiés égales pourraient en être retranchés, sans rompre l'enchaînement des idées. De plus, la nécessité de l'équilibre binaire n'est pas très évidente. Ces Chants scéniques contiennent des analyses psychologiques ou des récits brillants. Or, dans les monologues, dans les discours des messagers, les trimètres se suivaient les uns les autres, et quelle que pût être la loi de leurs groupements particuliers, leur total ne se divisait pas en couples assorties. La forme libre, fluide, s'imposait donc, et elle ne tardera guère à apparaître; mais nous ne sommes encore qu'au début d'un art nouveau. Si nous laissons de côté le RhésoSy on sait que la date des Suppliantes, jouées après YAndromaque, doit être placée vers 420.