‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecque [microform]Chapitre 29 sur 250 · SUIVI · texte numérisé non relu

SUIVI

Ce ne sont pas des Suppliantes ordinaires, qui réclament aide et protection de la part d'Argos. Par Epaphos, leur ancêtre, elles descendent d'Io, la prêtresse argienne. Diane, la virginale déesse, doit défendre leur virginité. Zeus surtout doit les secourir, sinon elles iront présenter leurs rameaux et leurs bandelettes au dieu infernal, ce qui sera un opprobre pour le maître de l'Olympe.

De même les vieillards de Suse, quand on sait que l'armée des Perses est partie à la conquête de la Grèce, ne se contentent plus d'énumérer les noms des guerriers, ni ceux des villes qu'ils ont quittées. Ils chantent la marche dévastatrice de l'expédition innombrable ; ils vantent la puissance et le courage de Xerxès ; mais de même

LES PARODOl.

que les anapestes se terminaient sur une impression douloureuse, ainsi les strophes s'achèvent dans l'inquiétude et dans l'angoisse. L'harmonie finale reprend la phrase du récitatif; elle en multiplie la sonorité et la puissance et, conformément à la dominante du poème, elle en tire toute la tristesse» qu'elle contenait dans ses quelques notes.

La Parodos de VAgamemnon diffère déjà des précédentes. Elle n'est plus, comme je l'ai dit, au commencement de la tragédie: le Prologue iambique du Veilleur sert d'introduction.

Agamemnon : 4o — 357.

Anapestes : Coryphée a . . . . 4o — 7 n- 72 — io3. AA'B. — rr'AA'EE'ZZHH': ChœurS. 104—257.

Le chœur défile pendant les nombreux systèmes, qui se divisent en deux parties égales. Suit une triade. On sait que cette forme, inventée, dit-on, par Stésichore, resta traditionnelle dans le lyrisme grec^. De Pindare, en particulier, elle passa dans la tragédie, mais elle n'y fut employée qu'avec une extrême réserve. Le grand poète dorien a construit, on le sait, sa quatrième Pylhique en répétant treize fois de suite le même groupement. En réalité, toute l'Ode, qui est fort longue, se chantait sur deux airs: celui des strophes et antislrophes, répété vingt-six fois, et celui des treize épodes. Cette simplicité déplut à l'art toujours complexe de la tragédie. Si jamais la triade s'y rencontre, elle marche isolée, et les strophes accouplées ne tardent pas à la suivre. Encore ne fut-elle jamais employée que dans la Parodos. Dans les Phéniciennes d'Euripide, le premier chant du chœur est

I. Autrement dit, les strophes AA', EE', ZZ' ne font que développer la pensée qui est indiquée dans le dernier système anapeslique : 59-64.

a. Anapestes: 4o-io3. Ils sont disposés comme il suit: 8. 4 + 3. 5. 4 + 3. 5.=« 4. 3 4- 4. 5. 4. 5. 3 -[- 4. Ces deux moitiés ont chacune 32 éléments. La première (40-71) se rapporte à la guerre, la seconde (72-103) à la situation des vieillards euxmêmes, à leurs craintes et à leurs espérances; cf. H. Weil, Die Gliederung des dramatischen Recitativs bei Aeschylos. (Neue Jahrbûcher^ 1859, 79* v., p. 723 sq.)

3. AA'. B. : 104-159; str. dactyliques, avec èfjjiv'^iî cf. R. et W., p. 106 sqq. — r... a'. : str. trochaïques, R. et W., p. ao8 sqq. — E... H'. : 192-257 : str. iambiques, R. et W., p. 266 sqq.

ti. A. Croiscl, La Poésie de Pindare et les Lois du lyrisme grec, 2* éd., Paris, Hachette, i386, p. 57 sqq., et Hist. de la Litt. grecque, II, p. 3 16 sq.

Àl

exactement disposé comme ces strophes de VAgamemnon. Il en est de même de Ylphigénie à Aulis, du moins dans l'état du texte actuel». Quant aux Stasima, ils ne semblent pas contenir de triades. Si l'épode suit quelquefois une couple de strophes, c'est que le poète n'a pas voulu lui donner sa strophe jumelle. La ressemblance est plus extérieure que véritable. Ce qui le prouve, c'est qu'on n'y rencontre jamais deux triades qui se suivent régulièrement, comme dans les Odes pindariques.

On ne trouve plus chez Eschyle d'autre Parodos ancienne que dans les Sept contre Thèbes. Elle présente une particularité curieuse: les anapestes y sont remplacés par des dochmiaques.

Sept contre Thèbes: 78 — 180.

Ouverture 78-

AA'BBTF'» io8

Le chœur, composé de jeunes filles, exprime refTroi dont il est saisi à la vue de l'armée de Polynice, qui s'avance contre la ville en grand appareil de guerre. Elles se précipitent à la débandade, j^opiSr^y, dans l'orchestre, comme nous en avertit le scholiaste. Le rythme caractéristique dont elles se servent suffirait à nous en instruire. Je ne sais d'ailleurs à quelle fraction du chœur étaient en réalité attribués ces vers. Cette question est toujours fort difficile à résoudre. Elle a été reprise et résumée récemment par M. Maury^. Il répartit tout le prélude à chacun des douze personnages. D'autres divisions sont possibles. Une seule chose reste certaine: on ne peut songer un instant à un chant à l'unisson des choreutes.

Des sept tragédies de Sophocle, celle que tous les critiques s'entendent à regarder comme la plus ancienne, contient une Parodos à récitatif.

1. Cf. Bergk, Griech. Literaturgeschichte, III, p. i33, n. 436. Voir aussi la préface que H. Weil a mise en tête de l'édition de cette tragrédie.

2. Le texte est trop incertain pour que je puisse en donner une analyse métrique. Il est pourtant facile de voir que le puOpio; ôxTâ(Tr]|xo; domine. — Schmidt, Die Eurhythmie, p. 3i4 sqq., n'a rien compris à la disposition de cette Parodos. — Voir Fr. Hcimsoeth, De Parodi in Aeschyli fabula Thebana conformât ione, index scholarum, Bonnae, 1877-78.

Page 1