Op. cit., p. 4o sqq
Ajax: i34 — aoo.
Anapestes : Coryphée i34 — 171-
AA' B' 172—aoo.
Comparé aux pièces précédentes, ce chœur est écourlé, comme tout le lyrisme de son auteur, en regard de celui d'Eschyle. Les anapestes sont précédés d'un dialogue iambique. 11 n'est plus récité par le tritagoniste seul, comme dans VAgamemnon, auquel on attribue généralement le rôle du Veilleur, mais par trois personnages différents. Cette intervention des trois acteurs, dès le début du poème, prouve que la tragédie s'est développée et que son épanouissement
est proche.
Ces deux morceaux récités et chantés sont beaucoup plus dramatiques que chez Eschyle. 11 ne s'agit plus d'instruire le spectateur, puisqu'il a déjà vu la folie d'Ajax. On commence à l'émouvoir doucement, en provoquant dans son âme de la sympathie pour celui que les dieux ont perdu. On nous montre en effet combien malgré leur rudesse native les compagnons d'armes de l'infortuné se sont attachés à lui. Leur affection éveille notre commisération pour le héros. Bientôt la douce et chaste figure de Tccmesse viendra mêler son amour discret à cette virile amitié des matelots de Salamine. Ainsi la raideur un peu sèche de la Parodos d'Eschyle s'est amollie chez son successeur dans un flot de pitié inquiète et de sollicitude passionnée.
On en peut dire autant de la plus ancienne pièce d'Euripide. C'est un sentiment analogue qui amène encore les différents choreutes dans le théâtre, puisqu'ils se demandent si le personnage principal du drame que l'on va jouer n'a pas succombé. La forme lyrique seule a subi quelques modifications, dans le détail desquelles je dois entrer.
Une strophe suit ce qui est attribué au coryphée. Entre la strophe et l'antistrophe est placé un dialogue lyrique, auquel prennent part les deux chefs des demi-chœurs. Ce dialogue est repris après l'anli-
I. Les anapestes forment six systèmes. Arrivés à leur place, les matelots chantent une triade. AA' : 172-82= iSS-gS : daclylo-épitriles. La clausule est logaédique ; cf. R. et W., p. 4^0 sq. L'cpode 194-aoo est encore logaédique; cf. R. et W., p. 721.
LES PARODOI.
slrophe, de manière que les xé|;.[;,aTa du second parastate répondent à ceux du premier et vice versa. Suit une seconde couple, après laquelle le coryphée récite, en manière de conclusion, quelques anapestes. Voici d'ailleurs le dessin général:
Alceste: 77 — 135. »
Anapestes : Coryphée.
A: Chœur. — Anapestes lyriques:», p. y- î- 6.
B: Chœur.
Anapestes : Coryphée.
Le chœur arrive dans l'orchestre. On sait déjà par le Prologue qu'Alceste va mourir: Apollon n'a pu fléchir Thanatos. Le coryphée se demande si l'épouse d'Admète vit encore ; le silence qui règne dans le palais lui semble de mauvais augure: il termine par l'éloge de sa maîtresse. Après la strophe, chacun des chefs secondaires continue à s'inquiéter, comme celui qui dirige toute la troupe. Le premier (a, Yi 0 espère encore; le second (g, 5) est d'un sentiment opposé. Il affirme à son camarade que l'infortunée est morte. Ce dialogue interrompu par l'antislrophe est repris aussitôt qu'elle est terminée. Chacun des interlocuteurs persiste dans son opinion, mais comme le nombre des reprises après la strophe était impair, ce que l'un chante maintenant répond à ce qui était attribué à l'autre. Le second parastate allègue que le jour fatal est arrivé, a', y', e'; le premier ne veut pas le
I. Anapestes: 77-85. Un système (Naiick), car le vers 79, ne finissant pas une phrase, ne peut être que diflicilement un parcmiaque, et nous écririons avec Monk ; néXa; e(TT' oOôeî;. — - AA' : 86-93 = 98-104 ; BB' : iia-iai = laa-iSi : dactylo-trochées, avec beaucoup de cola iambiques. Cf. R. et W., p. ^94 sq. — a a' (98 = io5), ^ ^' (9/1 = 106), Y y' (94 = 107), S Ô' (95 = 108), anapestes lyriques ; c'est parce qu'ils sont lyriques qu'ils se répondent. Dorismes : çOiixéva; dans a, et ^ux5; dans ô'. Il est vrai pourtant que l'on a xeSvr,; dans e, et ip^r,? dans e'. Les éditeurs devraient bien prendre un parti. Il n'y a pas de doute que e' (109-111) ne réponde à e (97-98), soit qu'avec liartungr, on admette qu'il manque une dipodic anapestique dans e (cf. H. VVeil), soit que l'on retranche ôiaxvaiofxÉvwv dans e' comme une glose. — Anapestes : i3i-i35. Le texte est en souffrance. Le mot paaiXeOTtv (i33) ne peut pas former un monomètre calalectique, comme véxu; rî$r) (94), tî tôo' a05à;, (106). D'un côté, on a des anap. lyriq. ; de l'autre, des sysl. anap. ordinaires. Ces derniers ne conliennent que des dimètrcs, des parcmiaqucs cl des monomèlrcs.
LES PARODOI.
croire, g ', o ', et quand il y est forcé, il se desespère. Le coryphée reprend la parole après que le chœur a terminé la seconde couple de strophes. Ainsi la plus ancienne Parodos d'Euripide est déjà plus enchevêtrée que celles qui précèdent. Le poète garde, il est vrai, dans ses grandes lignes la construction traditionnelle, mais il lui donne déjà plus de vie et de mouvement. Les majestueux défilés des choreutes et leur caractère de beauté plastique convenaient mal à sa tragédie, où tout se heurte, comme sur nos théâtres, dans des luttes fébriles. Si le chœur attire sur lui l'attention des spectateurs, ce n'est qu'au profit de la scène. Les sujets du roi de Phères ne viennent guère dans l'orchestre que pour intéresser le public à la situation douloureuse de la reine, si bien que leurs chants ne servent, pour ainsi dire, que de prélude au Duo alterné des deux époux».
^) LES ANAPESTES DU CORYPHEE SONT PLACES ENTRE LES STROPHES DES CHOREUTES. PENDANT LES ANAPESTES, LE CHCEUR DEFILE.
L'Antigone est une des rares tragédies de Sophocle dont nous sachions la date: elle fut jouée en A4i ou 4Ao. Les chants du chœur y sont encore très étendus, et elle contient une Parodos qui n'est qu'une transformation adroite de la forme eschyléenne. L'introduction initiale a disparu, mais les systèmes ont été placés avec intention entre les strophes 3. Ils sont d'étendue égale et se répondent.
Antigone: loo— i6a3.
A : Chœur, a : Coryphée.
t. Alceste: 34/1-279; cf. infra, ch. V.
a. Sur cette forme épirrhémalique, cf. R. et W., p. il^S sqq. Voir aussi Ziclinskij Die GUederung der altattischen Komôdie, Leipzig-, 1885, p. 72 h.
3. AA' : 100-109 = H7-126 • strophes glycoiiiqucs, Icrminocs par un pliôrécraléen ; cf. R. et VV., p. 706. — BB' : i3ii^i4o = i48-i54 : strophes logaédiqucs; cf. R. et VV., p. 730. — Tous les systèmes sont chacun de 7 éléments. Le vers iia présente une lacune. Le sens d'ailleurs est inintelligible : le pronom ov, iio, n'a pas de verbe dont il soit le complément. Ou suppose qu'il manque deux anapeste», dont ferait j)arli(i Y{Ya.yi^, indiqué dans les scholies.
Le chœur composé de vieillards thébains entre dans l'orchestre en silence, pendant la fin du dialogue d'Antigone et d'Ismène. Il est impossible de préciser le moment où il apparaît, puisque les anapestes qui accompagnaient jusqu'ici son arrivée ont été supprimés.
Les strophes chantées à l'unisson étaient, comme le texte l'indique, dansées par les choreutes i.
Après les vers lyriques, le coryphée récitait des systèmes pendant lesquels le chœur défilait devant le public. La plus ancienne forme de Parodos, dit Kock^ est celle que composaient des anapestes ou des trochées 3. Pour en varier l'uniformité, on eut l'idée d'y intercaler des chants antistrophiques, pendant lesquels le chœur s'arrêtait pour se montrer aux spectateurs. Dès que revenait le récitatif, il se remettait en marche, pour s'arrêter encore, aussitôt que recommençaient les strophes.
C'est donc le ^eu même de l'orchestre qui doit faire admettre, malgré les défectuosités du texte actuel, l'égalité absolue des antisystèmes et des systèmes. Si le chœur marchait dans le théâtre, ses mouvements devaient être symétriques ; or, la symétrie du mouvement suppose celle du mètre qui le règle.
On assistait donc à quatre défilés partiels, au lieu du défilé unique. Cela est conforme aux notions que nous pouvons avoir sur le développement historique et sur la constitution du premier chant du drame grec. Primitivement, il était précédé d'une sorte de procession orchestique. On finit sans doute par la trouver trop peu dramatique, et on l'abandonna. La tragédie n'avait pas de temps à perdre, et les yeux des spectateurs se portaient invinciblement sur la scène, où le jeu des passions humaines les attirait.
Il est donc naturel d'admettre qu'on essaya quelque temps de conserver l'ancienne Parodos, tout en lui donnant ce caractère de variété pittoresque, dont elle était trop dépourvue. L'Antigone serait un compromis entre les deux tendances. Les faits semblent confirmer
1. Voir les vers loa sq. de la dernière antistrophe, et les remarques de Schneidewin Nauck.
a. Uehef die Pafodos, etc., p. i5.
3. Le tétramctrc tfochaïque a été particulièrement iisîté, commô on le sail^ dans la Parodos dé la Comédie. Pourtant l'Epiparodos du Rhésos est écrite eu trochées»
cette hypothèse ï . D'un côté, la pièce est encore ancienne. De l'autre, elle appartient au tragique, qui a toujours continué de se servir des formes eschyléennes, en les améliorant avec adresse 2.
y) LES STROPHES LYRIQUES SONT SUPPRIMÉES. SEULS LES ANAPESTES SUBSISTENT.
Les Grecs n'ont jamais connu un type immuable de tragédie. L'organisme de ce poème s'est continuellement modifié, suivant le goût du jour ou les changements du lyrisme lui-môme. C'est ainsi qu'une pièce d'Euripide, écrite selon l'opinion générale en 424, diffère sur un point de toutes celles qui sont parvenues jusqu'à nous. On peut encore trouver la raison de cette étrange anomalie.
Hécl'be: 98 — 153.
Anapestes : Coryphée.
Les strophes lyriques ont disparu ; seuls, les dimètres ont été conservés. Ils forment cinq périodes inégales^; les choreutes marchent silencieux derrière leur chef, et dès qu'ils ont gagné l'endroit qui leur est réservé, au lieu de chanter comme d'ordinaire, c'est le protagoniste qui les remplace V Ils ne jouent donc aucun rôle; en compensation, le monologue accompagné du coryphée atteint une longueur insolite 5.
Hécube, qui ignore la mort de son dernier fils, apprend que les Grecs, à l'instigation d'Ulysse, ont résolu de sacrifier Polyxène, sa
1. Ils méritent cependant d'clrc expliques. Il n'y a pas de difliculté pour les deux premiers systèmes a et a', dont l'és-alilé est évidente, puisque les monomètres sont chaque fois placés avant les parémiaques. Quant à p et p', Dindorf fait remarquer que l'antisyslème i55-i6i, accompagnant l'entrée en scène de Créon (cf. dans la môme pièce 526-80, arrivée d'Ismène; ôaG-So, d'Hémon ; 8oi-5, d'AnIrgone; 1257-60, de Créon : VAntigone est une pièce encore archaïque), ne fait plus partie de la Parodos. Cela est de toute évidence. Néanmoins ces sept éléments anapestiques, réglant la marche d'un acteur, ne peuvent-ils pas accompagner aussi celle des choreules? Après un mouvement du chœur dans l'orchestre, suivant la mesure des éléments du système, le mouvement opposé peut très bi<;n avoir été accompagné des sept autres éléments de l'antisystème, pendant lesquels Créon entrait en scène.
a. Cf. infra, eh. IV : Commoi épirrhématiques à strophes entrelacées.