‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecque [microform]Chapitre 43 sur 250 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

LES PARODOI.

Le coryphée s'approche, jette un regard dans la misérable demeure du héros, et voyant qu'elle est vide, il demande où le malheureux s'en est allé :

L'acteur ne peut le lui dire, il n'en sait rien lui-même. Il suppose que Philoctète chasse quelque part a dans l'ile les animaux dont il se nourrit. Pendant ce système, le chœur redescend dans l'orchestre.

Il reprend sans tarder sa place habituelle. Les dernières paroles de son maître lui rappelant les malheurs du héros, il les décrit à son tour dans une couple de strophes, reliées si étroitement entre elles par l'enchaînement continu des pensées, qu'un épirrhème scénique n'a jamais pu y être intercalé 3. Néoptolème ajoute quelques détails à cette description lyrique. Il indique l'origine divine et la guérison possible de ces souffrances: lui seul a quahté pour en faire mention 4.

A ce moment, on entend au loin les cris de Philoctète. Sophocle témoigne d'une adresse dissimulée, qu'il est intéressant de noter en passant. Sans que le lecteur y prenne garde, il fait coïncider les plaintes douloureuses de son protagoniste, avec la mention du remède qui les apaisera. Ce voyage à Troie, désiré par Ulysse, Néoptolème et le chœur, rejeté avec une obstination invincible par Philoctète, forme la cause du conflit, sur le dénouement duquel l'esprit du public restait en suspens. Il fallait donc, dès le début du drame, poser chaque personnage dans l'attitude qu'il devait conserver, et accuser avec vigueur les traits de sa physionomie. Sophocle ne dédaigne pas, pour se faire comprendre du public, les moyens purement extérieurs. Philoctète est l'homme qui souffre : il a une plaie qui le fait crier. Sa douleur cherche un soulagement dans des plaintes que des raffinés trouveraient peut-être un peu fréquentes. On l'entend, avant de le voir. Toute cette Parodos est d'ailleurs destinée à préparer son entrée en scène : il sera connu avant d'avoir prononcé une parole, et dès qu'il apparaîtra, son visage sera inondé d'un flot de lumière.

Le chœur a entendu ces cris avant Néoptolème. Cela est naturel.

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