‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecque [microform]Chapitre 86 sur 250 · Mss. : MevéXao;, qui ne peut aller · texte numérisé non relu

Mss. : MevéXao;, qui ne peut aller

3. Dans des passages de ce genre, Euripide a donc substitué une longue à deux brèves, comme dans les Irimètres récités du drame. Quelques métriciens sont allés plus loin. Ils ont prétendu que ce poète avait quelquefois opposé un pied dissyllabique, trochée ou Ïambe, à une longue de trois temps. Cette théorie est scabreuse, et l'examen minutieux des détails ne paraît pas la confirmer. Voir surtout S. Reiter, Drel- und vurzeitige Langen bei Earipides, dans les Sitzungsberichte d. Kais. Akad. d. Wissenschaften de Vienne, vol. CXXIX, 1893.

jS) DES PÉRIODES LYRIQUES.

La strophe de Pindare, comme Tont prouvé les travaux de J. H. H. Schmidti, se divisait en périodes. Ces périodes étaient composées des vers lyriques, que Boeckh a découverts, et ces vers lyriques de membres a, que les Grecs appelaient xûXa. La strophe était donc un organisme très compliqué, formé de la triple combinaison de l'élément primordial, puisque le xûXov y était d'abord groupé en vers, les vers en périodes, et les périodes en strophes.

Celles des tragiques, bien que construites sur le même plan, sont en général un peu plus simples. Elles se décomposent, il est vrai, comme chez Pindare, en périodes qui sont formées d'un ou de plusieurs vers lyriques, mais ces derniers se confondent assez souvent avec les vers ordinaires de deux xûAa3. Celle réduction est proportionnée à la place restreinte qu'occupe le lyrisme dans le poème dramatique.

On connaît les règles d'après lesquelles on distingue les uns des autres les éléments constitutifs de la strophe. Elle peut comprendre plusieurs périodes, mais elle doit toujours finir avec l'une d'elles. Toute période à son tour doit coïncider avec la fin d'un vers. Chaque vers se termine par un mot ayant la syllabe indifférente. Cette syllabe exclut toute élision, et admet tout hiatus avec la suite du texte. La fin de chaque membre, au contraire, n'admet ni hiatus, ni syllabe indifférente, et elle ne coïncide pas toujours avec la fin d'un mot. Elle ne peut guère être fixée que par la symétrie et la comparaison des membres voisins.

Les périodes, composées des xûXa des vers lyriques, n'avaient pas nécessairement chacune le même rythme dans la même strophe. Autrement dit, le rythme pouvait changer avec chaque période 4. C'est

1. Ils ont été très clairement résumés par A. Croisât, Pindare, p. 4? sqq.

2. A. Croiset, op. cit., p. 54 : « Tandis que le vers ordinaire (vers héroïque, trimètre iambique, etc.) compVend toujours deux membres, le vers lyrique en comprend de un à six; tandis que le vers ordinaire n'associe que des membres ou égaux, ou de forme à peu près semblable, le vers lyrique en réunit de très inégaux et de très différents. »

3. Voir en particulier les vers 5o4 et 5i5 de V Electre de Sophocle, cités dans un des exemples qui suivent ; ils ne comprennent chacun que deux xuXa de quatre pieds.

4. Il pouvait même changer dans l'étendue de la période. Rien n'est plus fréquent, en particulier, que les périodes iambo-dochmiaques, dans lesquelles le iroO; S6x{iioc ne se décomposait certainement pas en trois iambes, comme on l'a quelquefois prétendu.

LES STASIMA,

ainsi que la partie initiale ou finale d'un très grand nombre de strophes de la tragédie est logaédique, quand les autres périodes sont écrites dans un autre rythme.

Rien n'est plus ingénieux que le groupement desy.ôXa dans l'ensemble de la période : ils reproduisent en miniature le plan général de certaines parties lyriques, et en particulier du Commos tragique. Outre qu'ils sont souvent précédés et suivis de quelques mesures indépendantes, qui servaient de prélude ou de finale, ils pouvaient se répéter dans le même ordre, dans un ordre contraire, ou être disposés autour d'une partie centrale qu'ils enveloppaient.

Dans chacun de ces cas, la période était palinodique, antithétique ou mésodique. Quelquefois enfin ils étaient tous égaux. Il est fort intéressant de rechercher le dessin de la phrase mélodique, formé par ces membres ainsi harmonieusement assemblés; mais c'est une étude en somme très délicate. Elle a soulevé chez les métriciens une foule de discussions qui ne paraissent pas devoir toujours aboutir à une conclusion certaine.

Les raisons de ces contradictions reposent* sur un point unique qui ne sera probablement jamais éclairci. Telle période que les uns regardent comme antithétique, par exemple, passera chez les autres pour mésodique; c'est que l'on est loin de pouvoir fixer avec précision rétendue respective de chaque xôXov. Les uns se contentent de quatre pieds où les autres en exigent six. Toute la construction de la période est ainsi mise, chaque fois, en question. Faut-il se fier à la division du manuscrit i ? Elle paraît souvent fort peu rationnelle. Faut-il admettre les théories modernes? Elles sont loin de s'accorder. Faut -il essayer une conciliation? Elle ne contente personne. Ainsi règne sur tout ce sujet une demi-obscurité fort gênante. L'œil ne peut l'embrasser ni le dominer dans son ensemble, parce que chaque détail est trop peu lumineux. On ne doit donc s*y aventurer qu'avec circonspection. Schmidt a écrit quatre gros volumes pour expliquer le plan des strophes d'Eschyle, de Sophocle, d'Euripide, d* Aristophane et même de Pindare. Il a été le seul à croire qu'il l'avait partout retrouvé. Une intrépidité si rare inspire toujours quelque méfiance.

I. C*est l'opinion de W. Brambach. (Voir ses Metrische Studien zu Sophokles, Leipzig, 1869.) Ce n'est pas la mienne.

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