‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecque [microform]Chapitre 9 sur 250 · IV. Le Commos · texte numérisé non relu

IV. Le Commos

V. Les Chants de la scène : a) Duos, Trios alternés des acteurs ; p) Monodies.

ARISTOTE ET LE CHAPITRE XII DE LA POÉTIQUE. DIVERS TÉMOIGNAGES ANCIENS.

Les Grecs s'étaient occupés eux-mêmes de classifier les parties lyriques qui entraient dans la composition de leurs tragédies. Le texte le plus ancien, et de beaucoup le plus important à cet égard, se trouve dans la Poétique d'Aristote».

Les éléments constitutifs, qui forment l'étendue et les divisions des

1. Édition VahlenS, Lipsiae, iS85, 12, i45a b., 14-27. Uiç>n 5* Tpaytoot'a; 0'; |iàv w; el'SEffi ôeî xP^i'J^ai irpôxEpov eîuotxcv, xaxà oï xb iroabv xai eU a StaipeTxai xexwpi<x|Aéva xiôs èffx'v, upôXoyo; £7r£i<j65iov e^oÔo; ^opixov, xai xo'jxou xb fièv uâpoSo; xb ôe (Txâ<Ti{iOv, xoivà !X£v aTiâvxwv xaOxa, Iota ôè xà àub xyi; «ixyîvt,!; xai %o\L[Loi. eaxiv oï upoXoyoç |xàv jiépo; oXov xpayoïoîa; xb Tipb x^poO Tiapôoou, eTteiTÔoiov ôè [lépo; oXov xpaYt;>Sîa; xb (xexaÇu oXuv xopixwv {xsXwv, £^000; oï piépoç oXov xpayfoSia; |i£0' b oOx k'ixi yopoO (isXo;, xopi^^oO lï Tiâpoôoç pièv r) Trpwxr, X£;i; oXou x^?^*^. axâaijAOv os (xéXo; xo?°"^ "^^ ^^^''^ àvaTîaîaxov xai xpoxaiou, xojx|ib; oï Opr.vo; xoivb; -j^opoO xai cnio <TxrjVr,c. iiipo oï xpaywSiac 0;; fAÈv ԣΠXpnTOai 7:p6x£pov ôiixafiev, xaxà oï xb Ttoabv xai eU à oiaipsîxai x£Xwpi<i|XÊva xaOx' £<xxiv.

PARTIES L^RIOLES DE LA TRAGEDIE GRECQUE

:%\: :\:: • • : .•••, ••poèmes tragiques sont au nombre de quatre : le Prologue, l'Épiso'de,

***••'•'•'*"• •••'••rExodos, et celui qui est appelé collectivement le Ghoricon. Ce

: ^• •!: \': \ /: :/: Jl^mier comprend la Parodos et le Stasimon. Ces deux sortes de

' • 'chants sont communs à toutes les tragédies; ceux de la scène et les

I Commoi sont particuliers à quelques-unes». Le Prologue est cette partie qui se trouve avant le défilé du chœur. L'Épisode est limité en son commencement et à sa fin par un chant choral; l'Exodos, au contraire, n'est suivie par aucun d'eux, a Dans le Choricon, la Parodos est le premier dire, X£;iç, du chœur entier; le Stasimon, le chant du chœur sans anapestes ni trochées ; le Commos, le chant de douleur partagé entre le chœur et les acteurs. »

Aucun texte n'a soulevé peut-être autant de discussions chez les modernes. Il ne contient, pour ainsi dire, aucun mot que l'on n'ait attaqué ou défendu avec chaleur. Il est fort ennuyeux de revenir sur un débat interminable, et d'avoir à exprimer son opinion dans une question aussi controversée. Je ne puis cependant pas m'en dispenser, parce que le plan général de ce hvre est tiré de ce passage même de la Poétique. Aristote compte dans la tragédie quatre parties quantitatives : le Prologue, l'Épisode, l'Exodos et le Choricon. Je n'ai guère à m'occuper que de ce dernier élément. Quelques remarques générales sur ce chapitre XII sont pourtant nécessaires.

Puisque le Prologue est défini la partie qui précède la Parodos, il faut reconnaître que la division d' Aristote ne convient pas à toutes les pièces qui nous sont restées, puisque les Suppliantes et les Perses d'Eschyle commencent par des anapestes 2 et un chant orchestique. D'un autre côté, si l'Exodos est la partie après laquelle on ne trouve aucun chant du chœur, ces deux tragédies et les Eumcnides^ , de

1. Th. Bergk, Griech. LUeratargeschichte,lU, p. i3o, n. A3i, elavanlluiL. Schmidt, De Parodi in tragoedia graeca notione (Pro^r. Bonn, i855, p. 9), ont voulu voir dans àitâvTwv un génitif masculin pluriel. Ils traduisent : La Parodos et le Stasimon sont chantés par tous (les chorcutes), tandis qjie les Chants de la scène et les Commoi ne le sont que par quelques voix. Ainsi MuIT, Otto Hense et bien d'autres, qui soutiennent que les Stasima, sauf dans les épodes, étaient chantés par les demi-chœurs, seraient contredits par Aristote lui-même. Malheureusement ce sens n'est pas celui du texte. Aristote n'a parlé ni des choreules ni des acteurs. Le seul mot qui puisse être sousentendu, c'est ôpaiidtTtûv, qui vient naturellement à l'esprit.

3. Le Rhésos, tel qu'il nous a été conservé, s'ouvre par un dialogue anapestique de la Parodos. Il n'a pas de Prologue.

3. Cf. G. Œhmichen,D« compositione episod. Irag. graecaeexterna.Y,T\dîtig&ti, î88i, p. 5.

même que les Troyennes d'Euripide», ne sont pas complètes, puisqu'elles sont terminées par un morceau lyrique, que chante le chœur, seul ou aidé par les acteurs 2.

La Parodos et le Stasimon font partie du Choricon. Ce sont des [xiori Y,zvfi. Les Bta sont les Chants de la scène et les Commoi. Ce mot yopiY.6f n'est guère précis. Que signifie-t-il au juste? Comprend-il les quatre parties lyriques que je viens de nommer, ou seulement les deux premières? Dans les deux cas, l'esprit ne peut se déclarer satisfait, puisque, d'une part, le chœur n'a le plus souvent aucun rôle dans les Chants de la scène, Duos ou Monodics, et que, d'autre part, on ne sait plus où ranger ces sortes de Chants, ni les Commoi. Ces derniers tiennent pourtant une grande place dans l'économie des tragédies grecques.

Ce qui rend ce défaut de précision encore plus frappant, c'est qu' Aristote, quelques lignes plus bas, paraît faire rentrer dans cet embarrassant yopiv,6v la Parodos, le Stasimon et le Commos, tandis qu'il ne parle plus des Chants de la scène. Il les a oubliés.

Qu'entend-il d'ailleurs par cette expression: Ta olzo ty;; cxyjvyj;? J'ai adopté la traduction générale, mais elle est bien vague. Les acteurs chantaient seuls, et à deux ou à trois, dans les Monodies et les Duos ou Trios alternés. Tous ces chants n'ont pas le même caractère. Il est donc assez peu logique de les confondre, et encore plus fautif de ne pas les définir.

Chaque tragédie contient une Parodos et un nombre variable de Stasima. Personne ne l'ignore. Les Chants de la scène, au contraire, n'ont guère été employés dans les œuvres d'Eschyle et de Sophocle. Aristote a donc raison de les regarder comme des parties accidentelles. En est-il de même pour le Commos? Aucun chant lyrique ne se rencontre plus souvent dans presque tous les drames qui nous ont

I. L*Épilogue de cette pièce ne nous est peut-être pas parvenu. Cf. O. Mûller, llisl. de la lut. grecque, trad. Hillebrand, II, p. 5ig.

a. Le contraire de la Parodos, c'était l'Exodos, ou chant qui accompagnait, dans la tragédie ancienne, le départ des choreutes, aU moment où le drame touchait à sa fm. Dans les Suppliantes d'Eschyle, le chœur AA'. BB'. PP'. AA'(= 1018-107/i) est une véritable Exodos. Il on est de même pour le 7rapaxopr,YY)aa des Enménides: AA'. BB'. (= loSa-io^v). Quand Aristote donna sa délinilion de l'Exodos, il ne tint plus compte du sens primitif du mot, et il eut surtout en vue la tragédie do Sophocle.

été conservés I, et l'on en compte jusqu'à quatre dans Y Œdipe à Colonc. J'indiquerai plus loin comment l'affirmation d'Arislolc peut se justifiera. Le Stasimon marque les repos de faction, à une époque où la division en actes ne pouvait pas encore exister. Au contraire, le Commos est intercalé au milieu des Épisodes, et pourrait fort bien ne pas s'y trouver.

Ce chapitre de la Poétique, fort utile pour pénétrer dans l'économie générale des pièces grecques, ne doit pas être étudié dans chacune de se phrases avec ce soin méticuleux que supportent et réclament certaines parties du même Traités. \{ faut surtout se garder d'en exagérer la portée. Aristote semble, en l'écrivant, avoir eu principalement en vue cette forme de la tragédie moyenne, qui fut usitée après Eschyle, entre 4/»o et ^20. Des trois tragiques, Sophocle paraît avoir attiré le plus son attention. Les définitions qu'il donne conviennent à un type de pièce telle que Y Œdipe-Roi, dont il parle si souvent^. Si l'on veut au contraire qu'elles s'appliciuent à toute l'œuvre d'Eschyle et d'Euripide, on se heurte h une foule de difficultés qui ont fait dire à quelques-uns que ce chapitre était apocryphe.

C'est aller trop loin. Reconnaissons tout au plus que l'on aimerait mieux le trouver à une autre place dans le livre. Cette liste des parties quantitatives interrompt maladroitement le cours régulier des idées. Vahlen suppose que f énuméralion des |j.épY) toO (jlùOou a induit l'écrivain à la faire suivre de celle des [x6p\x xaià to 7:ijcv5. Il faudrait d'ailleurs écrire une longue dissertation pour énumérer tous les doutes élevés sur fauthenticité de ce passage, et plusieurs autres, encore plus longues, pour les réfuter. De telles discussions n'engendrent qu'un invincible ennui. La poussière qui couvre bien vite le

1. La Médée, les Héraclides et le lihésos ne conlicnnenl pas, il est vrai, de Commos véritable, mais la Parodos de la première de ces tragédies est partagée entre la scène et l'orchestre. Il en est de même pour le Wiésos, du moins dans l'état où il nous est parvenu. Quant aux Héraclides, cette pièce ne nous a peut-être pas été intégralement conservée. Cf. Wilamowitz, Analecla Euripidea, p. 77, et Bergk, Griech. Literaturgesnhichte, p. 525 sq.

a. Voir surtout le commencement du chapitre III de ce livre.

3. Cf. Zielinski, Lie Gliederung der aliattischen Komôdie, Leipzig, i885, p. 3 sq.

li. Encore n'est-il pas fait mention du Péan : AA'. 1086-1109.

5. Beitràge 2U Aristoteles Pocti!:, II, p. 97, 8, dans les Silzungsberichte der K. Akad, d. \Vis3enso'iafU:i de Vi?nnc;, 1806, LU iJaud, I ileft, Janncr (Philosophisch-Uistorische Liasse;.

PARTIES LYRIQUES DE LA TRAGEDIE GRECQUE

papier où elles sont imprimées préserve les plus obstinés de leur lecture Ceux pourtant qui ne reculent devant rien, sont forcés d'avouer, après de longs cfrorls. qu'ils ont perdu leur peine. Kock confesse, par exemple., que l'on ne connaîtra l'origine de la défmition qu'Anstote fait de la Parodos, que le jour où l'on saura comment la Poétique ellemême a été composée. 11 y a de quoi décourager les plus jeunes. Nous avons au surplus d'autres témoignages anciens, qui nous apprennent avec une certitude suffisante les noms que portaient les diverses parties lyriques de la tragédie. On trouve ces renseignements dans Plutarque, dans les scholiastes de Sophocle, d'Eunpide et d'Aristophane, dans PoUux. Suidas et ïzetzès. Ils sont le plus souvent d'accord avec le texte d' Aristote, qu'ils paraissent répéter avec quelques variantes. Cet accord même est une garantie, quand ils viennent à combler ses lacunes.

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