‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecque [microform]Chapitre 96 sur 250 · Texte de Wecklein-Vitelli · texte numérisé non relu

Texte de Wecklein-Vitelli

chœur dans le premier tiers de la strophe i ne répond pas rationnellement au motif qui doit pousser les dieux à protéger la cité 2. La cause de ces angoisses 3 et l'invocation des choreutes à la puissance tutélaire des divinités ^ n'ont aucun rapport nécessaire avec la raison qui doit inciter ces mêmes divinités à détruire les ennemis de Thèbes 5 et à écouter les prières de ses habitants 6. Le groupement des pensées de l'antistrophe est symétrique dans son ensemble avec celui des pensées de la strophe, mais il ne l'est pas dans ses détails : les syllabes seules répétaient l'air musical, et leur signification ne s'harmonisait pas avec le retour de la mélodie.

Cet accord parfait se trouve surtout chez Sophocle. Sans doute il ne l'a pas inventé, mais il y parvint sans effort, et comme en se jouant. L'égalité extérieure des strophes orchestiques correspondait souvent chez lui à ce que j'appellerai le parallélisme latent de la pensée.

Rien, en effet, n'a jamais été plus étranger au lyrisme grec, et en particuUer à celui des tragiques, que ce beau désordre dont Boileau félicitait Pindare. Tous ces poètes ne se sont jamais égarés. Les yeux fixés sur le but, ils tendaient vers lui, soit en suivant une ligne droite, soit en prenant des biais. Leur allure régulière et leurs mouvements rythmés témoignent d'une détermination arrêtée et d'un plan circonscrit.

Il est vrai que Pindare est fort concis et qu'il aboutit souvent à une grande obscurité. Il jette ses idées sans les développer ; il se hâte, il court, il vole de sommet en sommet. Les tragiques n'ont pas cette fougue impétueuse ; ils sont assez maîtres d'eux-mêmes pour analyser et grouper leurs développements, de manière à les opposer entre eux dans la suite régulière de leurs chants.

Cet art est remarquable dans Sophocle. Tout, chez ce génie si pur, a un cachet de beauté qui se dissimule et se voile, au lieu d'attirer et de forcer le regard. D'ailleurs, les écrivains du v* siècle avaient en général assez de confiance dans le goût de leurs concitoyens, pour ne pas

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