COMMOI ÉPIRRHÉMATIQUES
- Ils sont formés de strophes chantées entre lesquelles sont intercalés les épirrhèmes récités. Ceux-ci sont iambiques ou anapestiques. La moitié des thrènes de la tragédie peut être classée dans cette catégorie.
A. L'ÉPIRRHÈME EST IAMBIQUE.
Une distinction est encore nécessaire. Dans les plus anciennes tragédies, la strophe et l'épirrhème sont immédiatement suivis de l’antistrophe et de l’antépirrhème : A. x. A'.4' . Cette simplicité semble particulière à Eschyle, du moins Sophocle préfère-t-il se servir d’une disposition plus compliquée dont il fut peut-être l’inventeur : À. &. B. 8. A". a. B'.g”
a) DISPOSITION SIMPLE.
La similitude de tous ces Commoi est parfaite. 11 suffit de les grou-
per en un seul tableau pour le démontrer.
Eschyle, SuppLranTEs : 347 — 406 t.
A: Chœur. x: Roi. A': Chœur, &': Roi.
B —. BB — B' nu $l Tv — y — T! =
1. AA: 347-353 — 359-364 : str. dochmiaques; la clausule est logaédique. Pour le détail, cf. R. et W., p. 584, et Schmidt, Eurhythmie, p. 284 sq. — B B': 370-75 — 3881-86 : un dochmiaque, précédé d’une dipodie iambique; un dochmiaque, le reste est iambique, sauf la clausule qui est encore logaédique. — TT’: 392-6 — 402-6 : dochmiaques purs, terminés par un phérécratéen; cf. R. et W.; p. 780 sq: — aa’; 88", y: partout cinq trimètres iambiques:
[BiD.: 734 — 761 1.
A: Chœur. a: Danaos. A': Chœur. 4": Danaos.
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À: Chœur. 4: Messager. A': Chœur. à: Messager. BE 70 dr er AP Cane as Ur ntt =.
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SEPT CONTRE TuÈBES : 203 — 24/3.
A: Chœur. a: Étéocle. A': Chœur. z': Étéocle. ve es pt y g' LA
Imin. : 686— 5116.
A: Chœur. 4: Étéocle. A': Chœur. x’: Étéocle. Rs me fn uns evo be
Une strophe du chœur précède donc les trimètres de l'acteur. L'un chante comme dans les Stasima, l’autre récite comme dans les Épisodes. Tous ces thrènes, où le poète a aussi rigoureusement observé la loi de l'équilibre antistrophique dans les épirrhèmes que dans les strophes,
1. AA’: 734-8 — 741-5: deux trim. iambiques, trois dim. dochmiaques, si l’on admet que la seconde syllabe de 738 — 745 est une longue de quatre unités de durée. — BB’: 748-751 — 755-709 : deux trim. iambiques, le reste est dochmiaque, sauf la clausule qui est formée d’un phérécratéen. (Texte de Dindorf.) — « x’, 88°: partout deux trim. iambiques.
2. AA": 2566-9 — 262-5: str. iambiques, terminées par un phérécratéen. — B B' : 268-71 — 274-7 : un dochmiaque, un dimètre iambique, un glyconique et un phérécratéen, — LI : 280-3 — 286-9 : str. iambiques. — (Le texte de tout ce Commos est assez incertain.) — & &', B$", y: partout deux trimètres.
3. A A": 208-7 — 211-5: trois dim. dochmiaques, un dimètre crétique (cf. Christ, p. 441), un dochmiaque et une pentapodie iambique comme clausule. — BB: 219-22 = 226-9 : trois dim. dochmiaques, suivis d’un élément logaédique; cf. Christ, p.451. — TT’: 233-5 — 239-41 : deux dim. dochmiaques et une tétrapodie trochaïque. — «a, 8G', yy': partout trois trim. iambiques.
4. A A': 686-8 — 692-4: deux dim. dochmiaques et un phérécratéen. — B B': 698- 701 == 705-8 : trois dim. dochmiaques et un phérécratéen. — & 4!, 86': partout trois trimètres iambiques.
LES COMMOI, 139
sont inégaux en longueur. Les plus étendus ont trois Syzygies', les plus courts, deux. Il faut remarquer que dans le premier Commos des Suppliantes, de même que dans celui des Perses, la dernière Syzygic est inachevée, puisqu'elle manque d’antépirrhème : T. y. l'. Cette irrégularité apparente se rencontre souvent. La forme incomplète est aussi légitime que l'autre.
Voilà le schème de ces parties lyriques. Il est si simple qu'on le saisit au premier coup d'œil. Quel est maintenant le caractère de ce Commos primitif? Il est bien entendu, en effet, que cet art des anciens est mort à jamais. Il ne suffit donc plus aux modernes d'en découvrir les lois extérieures. Ce serait une recherche trop désintéressée, et en somme assez peu intelligente. Au contraire, peut-être trouvera-t-on quelque profit à étudier la marche des pensées d’Eschyle, que serraient l'une contre l'autre des lignes aussi précises.
Quand on regarde le dessin qu'elles forment, on pense tout d’abord à la difficulté qu'a dû vaincre le poète pour être naturel malgré leur symétrie. Il semble que la liberté de la pensée humaine s’accommode mal de toutes ces entraves, et l’on est porté d'avance à être indulgent à l'égard d’un écrivain, quand le moule dans lequel il devait jeter ses idées était aussi étroit. Est-ce à dire qu'Eschyle ait besoin de cette indulgence ?
Prenons le Commos des Perses, composé de trois Syzygies, dont la dernière n’a pas d’épirrhème. Aussi bien est-ce un véritable Commos, c’est-à-dire un chant de douleur violente, tandis que les autres exemples, qui contiennent des supplications et des prières, ne répondent déjà plus à leur dénomination.
Le messager vient d'annoncer aux douze vieillards du chœur la destruction de l’armée de Xerxès. Elle a péri tout entière: otoatès Yäo räç &hwhe PasPäpws 2. Voilà le thème du chant. Il est d'une concision calculée. Aucun détail. Les lamentations commencent.
Les distiques iambiques, intercalés entre les strophes3, servent à préciser cette nouvelle. Ils se suivent dans un ordre aussi logique que
1. J'emprunte ce terme aux Allemands: il désigne toujours les groupements A, a, A!, &!.— B, B, B', $', c’est-à-dire la couple des strophes et des épirrhèmes, — Voir
Zielinski, Die Gliederung der altattischen Komüdie, p. 191 sqq. 2. Perses, 255.
Tara y:
la construction dans laquelle ils entrent est régulière. Avant de donner aucune explication, le héraut doit dire quelles garanties il apporte de sa véracité. Il faisait partie de l’armée des Perses, en effet:
Il est parvenu contre tout espoir à rentrer dans sa patrie r.
C'est comme témoin oculaire qu’il parle: il dira ce qu'il a vu ?.
Dès que ses auditeurs peuvent avoir confiance en lui, il satisfait leur curiosité impatiente, en nommant le lieu du désastres et en indiquant comment la défaite a eu lieu“.
Il termine enfin par deux vers, qui s’adressaient moins au chœur qu’au peuple athénien assis derrière lui. Ils devaient produire un grand effet sur les spectateurs de 472:
7Q mhetotoy ÉyBos évouax Zakapivos xAVeUv”
ged, rüv ’Abnv@y ds oTévu peuvnméves 5.
Les strophes de l'orchestre, toujours très courtes quand elles expriment une douleur excessive, contiennent moins des effusions lyriques que des exclamations et des soupirs. Ce n’est pas ici qu'il faut chercher les finesses déliées de la psychologie euripidéenne. Elles seraient déplacées. Le désespoir ne sait que gémir. D'ailleurs les choreutes sont par nature ennemis des analyses, parce que leurs voix sont rarement isolées. Pour être comprises, leurs strophes doivent exprimer des sentiments simples. Ils n’ont garde de manquer à cette règle, puisqu'ils vont jusqu’à répéter en style lyrique ce que le messager énonce dans ce que l’on pourrait appeler la prose des iambes6. ;
Si maintenant l’on compare le rôle respectif que jouent l'acteur et le chœur dans tout ce Commos, on remarque que la scène, dans ses trimètres, inspire à l'orchestre le sujet de ses chants. L'acteur dirige, les choreutes suivent7. Ils se contentent de lui répondre en chantant; leurs strophes reprennent ses paroles, comme un écho répond à une voix dont
kB. B'— 278, 9.