‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecqueChapitre 122 sur 230 · COMMOI ENTIÈREMENT LYRIQUES · texte numérisé non relu

COMMOI ENTIÈREMENT LYRIQUES

Le trimètre iambique n’a jamais été récité sur la scène des Grecs que par des personnages qui pouvaient encore maîtriser leurs émotions r. Quand ils étaient emportés par elles, l’iambe faisait place à des rythmes plus agités; on ne récitait plus, on chantait. Aussi tous les différents genres de thrènes étudiés dans les précédents paragraphes ne convenaient pas à la passion véhémente. On ne pouvait pas, sans trop choquer la vraisemblance, faire suivre une strophe lyrique de trimètres en nombre égal, quand la catastrophe affolait l'acteur et lui faisait perdre tout son sang-froid. Le synchronisme dans l'alternance du chant et de la récitation aurait été déplacé, dès que l’âme des personnages était troublée par une suite désordonnée de mouvements brusques et contraires.

Pour traduire cette irrégularité, la tragédie de la fin du v° siècle adopta une forme nouvelle où la loi de l'équilibre traditionnel était négligée. C'était une mesure radicale à laquelle on devait logiquement aboutir. Mais dans les premiers temps, cette liberté n'existait pas. Cependant la symétrie des Stasima ne convenait pas à l'expression

-des douleurs scéniques.

On se contenta longtemps d’une conciliation. Eschyle, dans les œuvres duquel le lyrisme est ordonné avec une harmonie si rigoureuse. paraît avoir eu le premier l’idée d'attribuer tour à tour le chant des vers à l'acteur et au chœur: l’un et l’autre ne récitent jamais une seule syllabe. La forme est encore antistrophique, mais la similitude des éléments binaires est éparpillée en une foule de petits vers, dont le nombre grandit avec l'émotion des chanteurs. Plus le pathétique s’accroît, plus se multiplient les coupes. On arrive par degrés à une sorte de balbutiement, causé par la violence même du sentiment, qui ne peut plus

1. Cette loi s'applique même aux parties non chantées de la tragédie. Dans une scène fameuse de l’Électre de Sophocle, on apporte sur le théâtre l’urne funèbre qui contient les cendres d’Oreste, comme le croit sa sœur. Celle-ci commence un admirable discours iambique, où son amitié fraternelle trouve des accents déchirants. A la fin de ce discours, vaincue par la douleur, Électre éclate en sanglots, et le trimètre est abandonné tant que dure ce moment de faiblesse : 1160-1162.

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s'exprimer. Ces exclamations, ces sanglots, ces cris entrecoupés sont déjà imitatifs: la passion à son paroxysme ne parle guère que par monosyllabes. Il est vrai que les phases diverses de ses accès, loin de se suivre deux par deux, ne se ressemblent même pas entre elles.

Ce Commos est le plus expressif de tous ceux qui sont encore antistrophiques. Il se rencontre déjà dans une des plus anciennes tragédies grecques.

Prélude anapestique : Coryphée.

À : Xerxès. Chœur.

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