‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecqueChapitre 123 sur 230 · CR · texte numérisé non relu

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A : Xerxès. Chœur. Xerxès. Chœur.

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Après une ouverture anapestique, les lamentations commencent. Elles sont contenues dans sept couples de strophes, que suit une épode. Dans les trois premières, qui sont fort simples, le roi chante quelques vers, et le chœur, au lieu de lui répondre par un épirrhème, chante à son tour les plaintes qu'il lui renvoie. Les couplets se

1. AA': 931-8— 0939-47; B B': 949-61 — 0962-72; TI! : 973-86 — 987-1001 : Anapestes lyriques. Pour le détail, cf. R. et W., p. 160 sq. — AA': 1002-1006 — 1007-1018; EE': 1014-1025 — 1026-37; ZZ!: 1038-45— 1046-53; HH': 1054-59 — 1060-5 : str. iambiques avec quelques éléments de forme logaédique; cf. R. et W., p. 282 sqq.

répondent donc de deux en deux. Les coupes se multiplient dans les strophes qui suivent.

Xerxès vient en scène les habits déchirés'. C’est déjà un ancêtre des Télèphe et des Ménélas, héros déguenillés, qui plaisaient à l'humeur désenchantée d’Euripide. Ce n’est pourtant pas dans un esprit semblable qu’'Eschyle introduit ce roi dans un si triste appareil. Il a cédé à une raison dramatique: il a voulu mettre sous les yeux des spectateurs une antithèse théâtrale. L'ombre de Darius, évoquée des enfers, est apparue? glorieuse, tiare en tête, avec toute la pompe d’un roi d'Asie: il était sage et craignait les dieux. Son fils, impie et téméraire, s’est sauvé avec peine de la plus lamentable défaite : ses vêtements sont en lambeaux. Le contraste est très accusé. L'un représente la grandeur passée de l’empire; l’autre, sa décadence présente et sa ruine.

Aussi la douleur de Xerxès est-elle aussi grande que le désastre dans lequel il vient de précipiter ses sujets. Après la quatrième couple de strophes, les vieillards du chœur et le roi ne parlent plus que par phrases entrecoupées. L'épode n’est remplie que d’exclamations, de gémissements, de cris plaintifs. Le jeu de l'acteur et des choreutes devait être fort agité. Ceux-ci se frappaient la poitrine, déchiraient leurs habits et, sur l’ordre de leur maître, s’arrachaient même la barbe et les cheveux, avec une docilité qui nous surprend.

A vingt-quatre siècles de distance, cette mimique peut paraître exagérée, mais Eschyle avait combattu à Marathon le Mède à l’épaisse chevelure 4, et parmi les spectateurs de son drame, un grand nombre avaient, comme lui, lutté contre l'invasion. Jamais il n’y eut un tel accord entre le poète et ceux auxquels il s’adressait, puisque le premier exprimait à haute voix les sentiments obscurs des seconds. Tous lui étaient reconnaissants de revoir, arrêté et fixé pour jamais, ce moment de leur vie où leur héroïsme anonyme avait triomphé. Après tout, ce

1. Atossa (849 sqq.) dit bien qu’elle va chercher un vêtement convenable pour son fils, mais Weil a montré qu'il fallait, avec Nikitine, rejeter les vers 527-31 après 851 : Xerxès arrive sans lavoir rencontrée. Si le poète a prêté ce dessein à la mère du roi, c’est uniquement afin d’avoir un prétexte pour l’écarter de la scène. Cf. Revue des Études grecques : I. Remaniement du texte d’Eschyle, p. 23 sqq. |

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