Supra, p. 188 sqq
4. A A': str. dactyliques. — B B': str. anapestiques, dont la clausule est formée par une tétrapodie iambique; suivent cinq hexamètres dactyliques. = l': cinq hexam. dactyliques. — A A': str. dactyliques, le premier élément est iambique. — Pour la scansion, se reporter à H. Gleditsch, Cantica, p. r47 sqq.; ce métricien n’a d’ailleurs pas vu quelle était la disposition générale du Trio. Je crois qu’elle a été indiquée pouf la première fois par Scidler, De versibus dochmiacis, p. 314 sqq-
suite de cinq hexamètres dactyliques; mais puisque la mésode principale est chantée par deux personnages, il est impossible qu’elle réponde à ce qui appartient au seul Héraclès 1.
Il faut donc admettre que A' s'oppose à A, B' à B et A' à A 2. Ce qui frappe surtout dans cet arrangement, c’est que la strophe isolée T, centre principal du tout, n’a pas rompu l'harmonie rythmique qui unit les deux mésodes BB', bien qu’elles soient séparées l’une de l'autre par un assez grand nombre de vers. Or, s’il y a équilibre métrique, on est en droit de s'attendre à un certain parallélisme dans les idées, puisque Sophocle en particulier affectionne ce genre de développement ÿ.
Un des points, en effet, que ce travail contribuera peut-être à mettre en lumière, c’est que la forme a toujours, du moins à la bonne époque, un rapport étroit avec le fonds, de sorte que le dessin d’une partie lyrique, qui peut à première vue paraître bizarre, a néanmoins une certaine utilité pratique, puisqu'il contribue à faire comprendre le texte au lecteur, en lui indiquant d'avance la marche générale de la pensée poétique.
Ici les strophes B et B' sont opposées entre elles, bien qu’elles soient séparées par la mésode principale F', la première antistrophe A’ et la seconde strophe A. La partie centrale la, comme toujours, une extrême importance : elle sert à introduire un élément qui n’existait pas dans la première moitié du chant A BA', et qui, ajouté à la seconde AB A, permet au poète de reprendre les mêmes idées sans se répéter.
Hyllos aide le Vicillard dans F, à porter Héraclès. Grâce à l’intervention de ce nouveau personnage, tout ce qu'avait dit le mourant dans la première partie va être repris avec plus de précision dans la seconde : ce qui était adressé aux Grecs en général, est reporté sur le jeune homme en particulier. Le développement est identique, et le parallélisme rigoureux. Un exposé sommaire des idées suffit à le montrer.
B (1° partie : 1007-1008): Nouvel accès de souffrance provoqué par
1. Voir plus haut, p. 139, la raison de cette impossibilité. Gleditsch ne l’a pas compris.
2. Répétition de mots: & £, r005 et 1015, d’où A A!; &, 1023 et 1041, d’où EE, Il est vrai que 1027 a une syllabe de trop. Voir la correction de Schmidt et de Gleditsch.
3, Supra, p. 111 sq.
la maladresse du serviteur, auquel Héraclès avait ordonné dans A de le laisser étendu à terre. Phrases courtes et exclamatives; questions pressées :
TI& pou dabers; not nAlves;
dämoheïs W', &moheïc.
&varétpopas 0 tt xat msn.
B' (1 partie: 1026-1030): Nouvel accès de souffrance provoqué par la maladresse d'Hyllos, auquel Héraclès avait ordonné dans A de l'étendre sur le côté. Même type de phrases; même longueur et même forme de mots :
Opuoxet d'ad, Opwonet derva dtohoUc’ na
darotiéaros &ypla vésos.
B(2° partie: 1009-1013): La douleur redouble; le héros appelle les Grecs. Ceux-ci, pour lesquels il a tant lutté, commettent un crime en ne mettant pas fin, en le tuant, à ses souffrances :
“Hrrai pos, vorovot, MO aÿ0” Éorer. médey Est’, © rävtwy ‘Exhdrwv &dtxwTraror dvêéces, cs dn rOoNAà pEv àv révruw xaté te dpla révra xabalowv Oherépav d Tihac, nat vov tt Tüde vosobvrt
où FÜp, OÙX ÉYYOS Ts dvroupov oùx Émitpébe;
B' (2° partie: 1031-1040): La douleur redouble : le héros appelle Hyllos; celui-ci ne commettra pas un crime en tuant son père qui l'en prie. (Développement opposé.)
*Q Ilakèg Ilakhds, téde p'aÿ Awfärat. lb Tai,
roy qooavr” olurtp’, dvemloOovoy elouacy Éyyoc,
raioov épäç 0nd AAdoc dnob d'éyos, © p'éySwgEy
où pérnp dûeos, rav bd” Eridoupt resodcav
abtws, b0 abruc bs pm'ohecey. & yhuxds “Adac….
Ainsi l'équilibre est gardé non seulement dans les vers lyriques,
mais encore dans les pensées. La forme des strophes accuse la conduite des idées. Les mêmes rythmes tendent à traduire les mêmes faits.
On peut estimer que les plaintes d’un mourant sont trop inconscientes, pour s’accommoder d’une telle régularité. L'art réaliste auquel nous nous plaisons, et qu'Euripide avait déjà pressenti, s’ingénie à briser tous les moules dans lesquels on voudrait l’enfermer. Il est libre, incohérent ; il aime les formes indécises ou heurtées, les arrêts et les emportements subits.
Est-ce à dire que Sophocle ait péché contre le naturel en choisissant une construction si harmonieuse et en donnant aux gémissements d'Héraclès une symétrie qui semble leur répugner? On a déjà vu qu'un des caractères particuliers de son génie, c’est de conserver à l’art tragique ses formes anciennes, en les voilant et en les dissimulant dans leur entrelacement r. Ce qui est vrai du Commos s’applique aussi à ce Trio. Il faut une assez grande attention pour découvrir comment il est construit; il en faut une plus grande encore pour suivre et marquer dans ses détails la similitude des idées qui s’y cache. Sophocle parvint à une telle maîtrise de son art, qu’au lieu de l'étaler et d'en faire montre, il se plut à l’envelopper et à le dérober aux regards.
Ce Chant d'acteurs est, en résumé, écrit comme un chant de choreutes puisqu'il ressemble dans la suite et dans l'opposition des idées à un Stasimon. C’est là l'extrême différence qui sépare Euripide de Sophocle, Le premier donne tous ses soins aux péAn des Üroupttai, si bien qu'il lui arrive de dénaturer ses Stasima, par imitation des Duos ou Solos de la scène2. Le second préfère à tel point les chants à l’unisson du chœur, que s’il attribue par exception des vers Îyriques à ses acteurs, il réunit leurs strophes entre elles avec des liens aussi étroits que ceux de ses chants orchestiques. Néanmoins il a apporté un tempérament à cette régularité absolue. Comme il aurait été par trop peu naturel qu'Héraclès agonisant se plaignit dans des strophes et des antistrophes, qui se seraient suivies en s’opposant l’une à l’autre, il en a compliqué comme à plaisir le dessin rythmique. Ainsi l’équilibre entre la forme et les pensées est conservé intact, mais on ne l’entrevoit plus qu'avec peine.
1. Voir, p. 137 sqq., le paragraphe où sont étudiés les Commoi évirrhématiques entrelacés.