‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecqueChapitre 18 sur 230 · C'est ce qui a lieu en particulier dans l’Hippolyte · texte numérisé non relu

C'est ce qui a lieu en particulier dans l’Hippolyte

l’un était toujours secondaire, et cédait, à un moment donné, le pas à l’autre.

Toutes les tragédies conservées contiennent une Parodos. On ne trouve au contraire d'Epiparodoi que dans les Euménides d'Eschyle, l'Ajax de Sophocle, l’Alceste et l'Hélène d'Euripide, et, en dernier lieu, dans le Rhésosr. Je n'ai pas à dire ici la raison de l'emploi de celte partie lyrique. On la trouvera plus loin

ITI LE STASIMON.

D'après Aristote, c’est le chant du chœur sans anapestes ni trochées. Il est évident que cette partie lyrique ne peut pas être écrite en anapestes. Ces systèmes étaient usités dans les processions religieuses et dans les marches guerrières. Ils ne convenaient donc pas à la tranquillité des Stasima. Encore ceux-ci sont-ils souvent précédés, chez Eschyle, de préludes anapestiques, que le coryphée récitait2. Ni Sophocle, ni Euripide n'ont imité leur prédécesseur sur ce point.

En revanche, il est faux que l’on ne trouve pas de Stasima trochaïques. Ils sont fréquents chez le plus ancien des tragiques, et Euripide s’en est plusieurs fois servi. Sophocle, au contraire, n’en offre aucun exemple. C’est encore une preuve évidente qu'Aristote visait dans son Traité la tragédie de ce dernier.

L'auteur dela Poétique assimile le trochée à l’anapeste. Il le considère comme un rythme propre à marquer le pas à qui marche en se hâtant. Les poètes s’en servaient volontiers pour accompagner une action précipitée 3.

1. On peut y joindre celle du Phaéthon, fragm. 781, v. 13 sqq., dans les Tragicorum graecorum fragmenta de Nauck. Editio secunda, Lipsiae, 1889.

2. Voir, au chap. II, la liste des Stasima d’Eschyle, où ces préludes sont employés. Ce sont les Suppliantes, les Perses et les Sept, tragédies anciennes, qui en offrent les plus nombreux exemples. Il n’y en a qu’un dans toute l’Orestie, et le Prométhée n’en contient plus. Les tragiques ont d’ailleurs abandonné progressivement l'emploi de ces systèmes. J’ai trailé plus au long cette question dans un article: Les systèmes anapestiques dans la tragédie grecque (Revue de Philologie, juillet, 1892).

3, Cf. Schol. in Aristov. Acharn., 104, yÉypantar DE ro mLétov Tpoyaindv, TPOGPOPOY

La définition d’Aristote ne satisfait pas. Elle est toute négative. Beaucoup de chants tragiques ne contiennent ni anapestes, ni trochées, sans être pourtant des Stasima.

R. Westphal: veut encore corriger Aristote. Il suppose que le texte est défiguré par une lacune où était indiquée la place qu'occupe le Stasimon dans le poème dramatique. Il faut toujours prendre garde, en donnant tort aux manuscrits, de substituer ses propres idées à celles de l’auteur, et de lui attribuer ce qu’il s’est bien gardé de dire.

Tous les autres témoignages anciens expliquent le mot Stasimon d’après son étymologie : ils le rattachent à istéva2. Ce chant aurait été exécuté par le chœur immobile. Ces textes ont peu de valeur, à cause de l’époque où ils ont été écrits, et je ne sais s’ils ne donnent pas une idée fausse du débit de cette partie lyrique.

La véritable explication a été trouvée par G. Hermann 3. Ce n’est pas parce que le chœur restait debout, sans faire aucune évolution, qu’on appelait son chant un oréstuevh. Ce mot est opposé à xäpoèos. Dans la première partie lyrique, les choreutes défilaient. souvent dans l'orchestre pour y prendre leur place. Dans la seconde, ils l'avaient déjà prise, et ne défilaient plus. Cela ne signifie pas qu'ils fussent immobiles. L’adjectif otdstuos se dit bien d’un mouvement modérés. On pouvait donc l'appliquer à un chant tranquille, que le chœur exécutait avec un calme majestueux, sans cris ni gestes passionnés.

Il ne paraît pourtant pas que les Stasima eussent tous ce caractère, et qu'ils se tinssent sans exception dans ces notes moyennes. La tragédie en connaissait d’autres. C’étaient des hymnes pleins de flamme, des chants qu’accompagnait une danse agitée. Quel que fùt cepen-

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1. Prolegomena, p. 65. Voir aussi Bergk, Griech. Lit., IT, p. 136, n. 450.

2, Voir l’Argument des Perses, et le scholiaste du Prométhée, v. 413 de l'édition Wecklein-Vitelli. — Comparer celui des Phéniciennes, v. 202; des Grenouilles, 1281 ; des Gruépes, 270. — Voir aussi Suidas, au mot Eréotmov, et Tzetzès, De trag. poesi, y. 51 sqq. ;

3. Epitome doctrinae metricae, $ 666: Neque Stasimum ab eo, quod immotus stet chorus, dictum est, sed quod a choro non accedente primum, et ordines explicante, sed jam tenente stationes suas canatur.

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