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ARISTOPHANE ET LES MONODIES D’EURIPIDE

Ce sont surtout les Chants alloiostrophiques qu'a critiqués Aristophane, puisque toutes les parodies qu'il fait du style dithyrambique en général, et des Monodies en particulier, sont de construction libre. Sans doute les autres Solos, qui ont encore une forme régulière, n'étaient pas toujours exempts des défauts dont il s’est moqué, mais ils devaient être moins condamnables à ses yeux que les premiers. Dans ceux-ci la musique avait conquis une telle importance, qu’elle avait pu briser le moule traditionnel; dans ceux-là au contraire, la symétrie ordinaire étant intacte, cette prédominance ne se révélait pas au premier coup d'œil. |

On connaït le célèbre passage des Grenouilles3, où Aristophane s’est amusé à tourner en ridicule les Solos euripidéens : une fileuse

1. Le fait est attesté pour Philoxène dans le De Musica, XXX. Malheureusement on ne sait à quel passage d’Aristophane, Plutarque fait allusion: xa ’Aptoropävnc 6 xwpuxde pynuoveder Tod DiloËËvoU, ul paouv Gt ekc vodc xuxNoUS yopods LÉXN Elo nvÉyxato.

2. Il se trouve dans les Perses de Timothée, sorte de tragédie lyrique :

Kheuwvdv éeubepias retywv méyav ‘EXAGÔL x6GUoy. Je dois ajouter que dans le Banquet de Philoxène on en compte aussi quelques-uns.

travaillait pendant la nuit, pour aller vendre un peloton de fil au marché, dès l'aurore. Elle s'endort sur son ouvrage. Pendant son sommeil, plein de mauvais rêves, Glycé, sa voisine, lui vole son coq. Quand la pauvre femme se réveille, elle adresse un discours pathétique à la Nuit, qui lui a envoyé un cauchemar. Elle ordonne à ses servantes d'allumer la lampe, et d’aller chercher de l’eau pour qu’elle puisse se purifier de ses visions nocturnes. Elle s’aperçoit alors de la disparition du volatile. Elle invoque les dieux, les demi-dieux, les gens et les esclaves pêle-mêle, et les supplie d’aller chez sa voisine pour le lui rapporter.

On voit clairement, au travers de la parodie, les défauts qu'a voulu critiquer Aristophane. L’exagération, nécessitée par la comédie, consiste à faire chanter un Solo à une ouvrière, parce qu’elle a mal dormi et qu'on lui a pris son coq. Supposons qu'il s'agisse d’un enfant dérobé à l'amour de sa mère, et odieusement mis à mort par la trahison d'un hôte, comme le Polydore de l’Hécube, et la caricature du comique ne sera pas très éloignée, à la rigueur, de la ressemblance du portrait.

Quand on lit en effet cette Monodie avec attention, on remarque combien Aristophane a pris plaisir à multiplier les invocations exclamatives et les froides antithèses. La fileuse invoque la Nuit et ses ténèbres, Poséidôn ; elle appelle les femmes qui la servent, les Nymphes des montagnes, Mania, les Crétois avec leur arc, Artémis et Hécate. On trouvera la nomenclature d’une longueur invraisemblable; elle n’est peut-être pas aussi exagérée qu'elle en a l'air.

Les répétitions de mots sont une preuve certaine de la prédominance de la musique sur la poésie, puisqu'elles n'ont aucune signification. Sans doute, on en trouve déjà quelques exemples dans Sophocle, et même dans Eschyle, mais ce sont des cris de douleur ou des mots importants, qui dominent et commandent ceux qui les entourent. Jamais on ne rencontre chez eux des vers comme ceux qui suivent. Il s’agit toujours de ce malheureux coq qui s’est enfui, ou que l’on a volé. Il est parti, dit la femme,

pot d'aye Qyex KATEMTE ddrpua ddnpua T mr” LATE Y ZBaov EGahov & TAduwv *.

1. Grenouilles, 1353 sqq. Cf. Hélène, 364 sq. Supra, p. 130 et 212,

Ces répétitions ridicules ne sont pas plus nécessaires au sens que celle de si dans efsteter-Mosousa". Bien que les syllabes brèves fussent très nombreuses en grec, et qu'Euripide, en particulier, sût les accumuler avec une dextérité surprenante, il lui arrivait souvent, pour allonger encore leur série, de répéter ses mots comme dans un bégaiement. De même Aristophane redouble trois fois la première syllabe de ce verbe, pour indiquer qu'elle était chantée sur quatre notes différentes.

Les oppositions de mots telles que Yyàv &huyoy?, pour désigner un songe, sont encore un défaut voisin du précédent. Elles ne sont pas particulières aux Solos scéniques, mais elles y font des taches plus fréquemment qu'ailleurs.

Enfin ce dont Aristophane ne parle pas expressément, mais ce qui ressort de la composition même de sa Monodie, c’est une liberté vraiment désordonnée dans le mélange des rythmes. Il a juxtaposé ainsi dans une confusion risible, des éléments glyconiques, choriambiques, iambiques, dactyliques, phérécratéens, trochaïques, dochmiaques, crétiques. Tout l'arsenal métrique, ou peu s’en faut, est mis au pillage. On trouvera bientôt dans Euripide un bariolage rythmique presque aussi invraisemblable. |

Est-ce à dire que toutes les Monodies du théâtre grec présentent les mêmes défauts? Assurément non. Euripide en a composé de fort belles. Aristophane d’ailleurs ne les condamnait pas autant qu'il veut le faire entendre, puisqu'il en a tiré assez souvent des effets exquis3. Toutes les fois qu’il parlait d'Euripide, c'était pour le rabaiïsser et le déprécier au profit d'Eschyle. Ses critiques cependant sont assez ambiguës, pour que les esprits les plus clairvoyants ne puissent pas toujours distinguer de quel côté allaient ses préférencesh. Il louait Eschyle, mais il se gardait bien de l’imiter. Il était d’une injustice cruelle à

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