‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecqueChapitre 36 sur 230 · Op. cit., p. 4o sqq · texte numérisé non relu

Op. cit., p. 4o sqq

AgJax: 134 — 900.

Anapestes : Coryphée...... ess een eo 104 LT

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Comparé aux pièces précédentes, ce chœur est écourté, comme tout le lyrisme de son auteur, en regard de celui d'Eschyle. Les anapestes sont précédés d’un dialogue iambique. Il n’est plus récité par le tritagoniste seul, comme dans l’Agamemnon, auquel on attribue . généralement le rôle du Veilleur, mais par trois personnages différents. Cette intervention des trois acteurs, dès le début du poème, prouve que la tragédie s’est développée et que son épanouissement est proche.

Ces deux morceaux récités et chantés sont beaucoup plus dramatiques que chez Eschyle. Il ne s’agit plus d’instruire le spectateur, puisqu'il a déjà vu la folie d’Ajax. On commence à l’émouvoir doucement, en provoquant dans son âme de la sympathie pour celui que les dieux ont perdu. On nous montre en effet combien malgré leur rudesse native les compagnons d'armes de l’infortuné se sont attachés à lui. Leur affection éveille notre commisération pour le héros. Bientôt la douce et chaste figure de Tecmesse viendra mêler son amour discret à cette virile amitié des matelots de Salamine. Ainsi la raideur un peu sèche de la Parodos d’Eschyle s’est amollie chez son successeur dans un flot de pitié inquiète et de sollicitude passionnée.

On en peut dire autant de la plus ancienne pièce d'Euripide. C'est un sentiment analogue qui amène encore les différents choreutes dans le théâtre, puisqu'ils se demandent si le personnage principal du drame que l'on va jouer n’a pas succombé. La forme lyrique seule a subi quelques modifications, dans le détail desquelles je dois entrer.

Une strophe suit ce qui est attribué au coryphée. Entre la strophe et l’antistrophe est placé un dialague lyrique, auquel prennent part les deux chefs des demi-chœurs. Ce dialogue est repris après l’anti-

1. Les anapestes forment six systèmes. Arrivés à leur place, les matelots chantent une triade. AA": 172-82 — 183-93 : dactylo-épitrites. La clausule est logaédique ; cf. R. et W., p. 480 sq. L’épode 194-200 est encore logaédique; cf. R. et W,., p. 7aï.

LES PARODOI. 29

strophe, de manière que les xépyara du second parastate répondent à ceux du premier et vice versa. Suit une seconde couple, après laquelle le coryphée récite, en manière de conclusion, quelques anapestes. Voici d’ailleurs le dessin général :

Anapestes : Coryphée.

À : Chœur. — Anapestes lyriques : &. @. y. 5. e.

Ne — ne ROC IC RENAN B: Chœur. | B' —

Anapestes : Coryphée.

Le chœur arrive dans l'orchestre. On sait déjà par le Prologue qu'Alceste va mourir: Apollon n’a pu fléchir Thanatos. Le coryphée se demande si l'épouse d'Admète vit encore; le silence qui règne dans le palais lui semble de mauvais augure; il termine par l’éloge de sa maîtresse. Après la strophe, chacun des chefs secondaires continue à s'inquiéter, comme celui qui dirige toute la troupe. Le premier (x, y, e) espère encore; le second ($, à) est d’un-sentiment opposé. I1 affirme à son camarade que l'infortunée est morte. Ce dialogue interrompu par l’antistrophe est repris aussitôt qu'elle est terminée. Chacun des interlocuteurs persiste dans son opinion, mais comme le nombre des reprises après la strophe était impair, ce que l’un chante maintenant répond à ce qui était attribué à l’autre. Le second parastate allègue que le jour fatal est arrivé, «”, y’, «'; le premier ne veut pas le

r. Anapestes: 77-85. Un système (Nauck), car le vers 79, ne finissant pas une phrase, ne peut être que difficilement un parémiaque, et nous-écririons avec Monk : médac Éor' ovdeis. — AA’: 86-92 — 98-104 ; BB: 112-121 — 122-131 : dactylo-trochées, avec beaucoup de côla iambiques. Cf. R. et W., p. 494 sq. — « à’ (93 — 105), 6 8° (g4 = 106), y y’ (94 — 107), à d' (95 — 108), anapestes lyriques ; c’est parce qu’ils sont lyriques qu’ils se répondent. Dorismes : oûsévac dans æ, et buyäc dans 5’. Il est vrai pourtant que l’on a xeôvñç dans e, et àpyñs dans e”. Les éditeurs devraient bien prendre un parti. Il n’y a pas de doute que € (109-111) ne réponde à e (97-98), soit qu’avec Hartung, on admette qu’il manque une dipodie anapestique dans € (cf. H. Weil), soit que l’on retranche dtxvatoivwy dans e” comme une glose. — Anapestes : 131-135. Le texte est en souffrance. Le mot Bactheüouv (133) ne peut pas former un monomètre catalectique, comme véuus fôn (94), ti to5' addäs, (106). D'un côté, on a des anap. lyriq. ; de l’autre, des syst. anap. ordinaires. Ces derniers ne contiennent que des dimètres, des parémiaques et des monomètres.

croire, 8,3’, et quand il y est forcé, il se désespère. Le coryphée reprend la parole après que le chœur a terminé la seconde couple de strophes.

Ainsi la plus ancienne Parodos d’Euripide est déjà plus enchevêtrée que celles qui précèdent. Le poète garde, il est vrai, dans ses grandes lignes la construction traditionnelle, mais il lui donne déjà plus de vie et de mouvement. Les majestueux défilés des ehoreutes et leur caractère de beauté plastique convenaient mal à sa tragédie, où tout se heurte, comme sur nos théâtres, dans des luttes fébriles. Si le chœur attire sur lui l'attention des spectateurs, ce n’est qu'au profit de la scène. Les sujets du roi de Phères ne viennent guère dans l'orchestre que pour intéresser le public à la situation douloureuse de la reine, si bien que leurs chants ne servent, pour ainsi dire, que de prélude au Duo alterné des deux époux:.

) LES ANAPESTES DU CORYPHÉE SONT PLACÉS ENTRE LES STROPHES DES CHOREUTES. PENDANT LES ANAPESTES, LE CHŒUR DÉFILE.

L'Antigone est une des rares tragédies de Sophocle dont nous sachions la date: elle fut jouée en 441 ou 4ho. Les chants du chœur y sont encore très étendus, et elle contient une Parodos qui n’est qu’une transformation adroite de la forme eschyléenne. L'introduction initiale a disparu, mais les systèmes ont été placés avec intention entre les strophes?. Ils sont d’étendue égale et se répondent.

A: Chœur. a: Coryphée.

APRES — Pate boues B' PR Cu va.

t. Alceste: 244-279; cf. infra, ch. V.

2. Sur cette forme épirrhématique, cf. R. et W., p. 148 sqq. Voir aussi Zieliriski, Die Gliederung der altattischen Komôüdie, Leipzig, 1885, p. 224.

3. AA: 100-109 — 117-126 : strophes glyconiques, terminées par un phérécratéen ; cf. R. et W., p. 706. — BB: 134-140 — 148-154 : strophes logaédiques; cf. R. et W., p. 720. — Tous les systèmes sont chacun de 7 éléments. Le vers 112 présente une lacune. Le sens d’ailleurs est inintelligible : le pronom 6v, 110, n’a pas de verbe dont

il soit le complément. On suppose qu’il manque deux anapéstes, dont Fait partie Fyayev, indiqué dans les scholies.

Le chœur composé de vieillards thébains entre dans l'orchestre en silence, pendant la fin du dialogue d’Antigone et d’Ismène. IL est impossible de préciser le moment où il apparaît, puisque les anapestes qui accompagnaient jusqu'ici son arrivée ont été supprimés.

Les strophes chantées à l’unisson étaient, comme le texte l'indique, dansées par les choreutesr.

Après les vers lyriques, le coryphée récitait des systèmes pendant lesquels le chœur défilait devant le public. La plus ancienne forme de Parodos, dit Kock?, est celle que composaient des anapestes ou des trochéess. Pour en varier l’uniformité, on eut l’idée d'y intercaler des chants antistrophiques, pendant lesquels le chœur s’arrêtait pour se montrer aux spectateurs. Dès que revenait le récitatif, il se remettait en marche, pour s'arrêter encore, aussitôt que recommençaient les strophes.

C'est donc le ‘eu même de l'orchestre qui doit faire admettre, malgré les défectuosités du texte actuel, l'égalité absolue des antisystèmes et des systèmes. Si le chœur marchait dans le théâtre, ses mouvements devaient être symétriques ; or, la symétrie du mouvement suppose celle du mètre qui le règle.

On assistait donc à quatre défilés partiels, au lieu du défilé unique, Cela est conforme aux notions que nous pouvons avoir sur le développement historique et sur la constitution du premier chant du drame grec. Primitivement, il était précédé d’une sorte de procession orchestique. On finit sans doute par la trouver trop peu dramatique, et on l’abandonna. La tragédie n'avait pas de temps à perdre, et les yeux des spectateurs se portaient invinciblement sur la scène, où le jeu des passions humaines les attirait.

Il est donc naturel d'admettre qu’on essaya quelque temps de conserver l’ancienne Parodos, tout en lui donnant ce caractère de variété pittoresque, dont elle était trop dépourvue. L’'Antigone serait un compromis entre les deux tendances. Les faits semblent confirmer

1. Voir les vets 152 sq. de la dernière antistrophe, et les remarques de Schneidewin Nauck.

2. Ueber die Parodos, etc., p. 15. 4 3. Le tétramètre trochaïque a été particulièrement usité, comme on le sait,

dans la Parodos de la Comédie. Pourtant l’Epiparodos du Rhésos est écrite en trochées.

cette hypothèser. D'un côté, la pièce est encore ancienne. De l'autre, elle appartient au tragique, qui a toujours continué de se servir des

formes eschyléennes, en les améliorant avec adresse?2.

y) LES STROPHES LYRIQUES SONT SUPPRIMÉES.

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