‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecqueChapitre 42 sur 230 · GENRE LIBRE · texte numérisé non relu

GENRE LIBRE

Jusqu'ici, le défilé choral imité des plus vicilles tragédies d'Eschyle, a empêché les poètes de rompre le lien qui accouplait leurs strophes lyriques. Dans une pièce de la fin de sa vie, Euripide a pourtant écrit une véritable Parodos en vers libres ; il fait encore entrer ses choreutes à la manière ancienne, mais les chants qu'il leur attribue sont écrits d'après un système nouveau, et toute symétrie en est exclue.

IPRIGÉNIE EN TAURIDE : 123— 235 2.

A : Chœur. B : Iphigénie. F : Chœur. A : Iphigénie.

Iphigénie à vainement attendu l’arrivée du chœur, après le Prologue. Ne le voyant pas venir, elle s’est retirée pour permettre à Oreste et à Pylade de se présenter au public, et de l’instruire de ce qu'ils veulent faire en Tauride. Dès qu'ils lui ont dit ce qu'il est nécessaire qu'il sache, ils s’en vont à leur tour, et le chœur, la scène étant vide, apparaît dans l'orchestre, en chantant des anapestes lyriques.

H se hâte de mentionner le pays où il est né, avant que la jeune prètresse revienne. Aussitôt qu’il l’aperçoit, il lui adresse la parole, et celle-ci entre en scène, en suivant la mesure générale :

Euohov ti véov; sivx oocvtiè Éyetc;

pe moèc vacdc dyxyes œyayes hs...

Iphigénie a eu un songe dans la nuit; elle croit que son frère Oreste

que tout le dialogue se précipite avec une rapidité saccadée et haletante, dont je ne connais pas un second exemple dans Euripide. L'auteur du Rhésos, par souci d’exactitude, a coupé ses anapestes de la même manière,

1. Pour éviter une périphrase, j'appellerai quelquefois chants astrophiques les . arokehkuuéva £dn des métriciens grecs. L’adjectif äotpogos a d’ailleurs été employé par Héphestion. Voir les Scriptores metrici de Westphal, Lipsiae, 1866, p. 70.

2. Toute cette Parodos est généralement écrite en anapestes lyriques; cf. R. et W., p. 167. Quelques éléments trochaïques, dont les temps marqués sont dissous, donnent une suite de douze brèves; cf. 197,220,232. Le procédé est très fréquent chez Euripide. — Le texte, en plusieurs endroits, n’est pas très sûr. 3

3. Les personnages de la tragédie grecque ont coutume de se nommer eux-mêmes, en entrant en scène. S'ils sont deux, comme ici, ils s'appellent mutuellement par leur nom. Cf. 7o et 71. Lire à ce sujet E. Hillér, Ueber einige Personenbezeichnungen griechischer Dramen, Hermes, VII, p. 442-56, et comparer les Analecla Euripidea de Wilamowitz, p. 199 sqq.

Page 1