Cf. infra, ch. V : Duos semi-épirrhématiques
2. C’est du moins l’opinion généralement reçue. Cf. Arnoldt, op. cit., p. 149, et M. Decharme, Euripide, p. 485. Voir pourtant Wilamowitz: Die beiden Elektren, Hermes, XVIIL, p. 243, qui semble croire que le coryphée seul chantait les strophes.
3. A: 164-6: deux hex. dact. suivis d’un vers qui devait avoir la même valeur rythmique; cf. R. et W., p. 120. — B... A : strophes iambico-trochaïques. Ce rythme n'apparaît guère dans la tragédie qu’à la fin du v° siècle; cf. R. et W., p. 312 sqq.
6o FORMES LYRIQUES DE LA TRAG GÉDIE GRECQUE.
tôme, dont la ressemblance avec elle est si surprenante. Troie est détruite depuis sept ans, Ménélas à dù périr dans un naufrage, Léda s’est tuée de désespoir et de honte, Castor et Pollux ont disparu. Tous les Grecs la chargent d’imprécations et lui souhaitent une fin misérable. La malheureuse, pleinement édifiée sur les sentiments que l'on a pour elle, d’après l'horreur manifestée par le fils de Télamon, quand il croit la reconnaitrer, prélude à la Parodos par trois vers dactyliques et entonne une strophe où elle appelle les Sirènes, filles de la Terre, pour que leurs chants, qu’accompagne la flûte libyenne, répondent à ses lamentalions.
Le chœur se hâte d’obéir à cet ordre dissimulé, et il entre dans le théâtre pendant les dernières mesures d'Hélène. Comme il est surtout destiné, dans ce pays barbare, à provoquer les confidences de la Lacédémonienne, il doit avoir une certaine conformité d’origine et de sentiments avec elle. On apprend en effet que les jeunes femmes qui le composent ont été enlevées par des pirates?, et transportées, comme l'épouse de Ménélas, en Égypte. Cette invention paraît un peu étrange :
Euripide n’insiste pas. Il suffit que l’on sache qu'elles sont disposées d'avance à aider leur maitresse dans l’accomplissement de ses desseins.
Elles se trouvaient au bord de la mer, disent-elles, occupées à faire sécher des voiles de pourpre, qu’elles avaient étendus çà et là sur l'herbe et sur des roseaux 3, quand elles ont entendu un gémissement lointain. Elles se sont d’abord trompées sur la cause de ces cris, s’imaginant que quelque nymphe ou quelque naïade cherchait à fuir les brutales amours de Pan. Tous ces détails, développés avec complaisance, sentent fort le bavardage: il est vrai qu'Euripide s'amuse
avec son sujet.
Hélène apprend au chœur les nouvelles qu'elle tient de Teucer, et l'orchestre répond, en se lamentant, sur le sort de la fille de Léda, qu'il raconte, depuis le moment où elle fut engendrée par le cygne aux ailes de neige, jusqu’au jour présent, où le destin l’accable.
1. FQ Oeot, viv' eldov dpiv; Éydiatav 6p@ Yuan de elxù pOVLOV, À L'ATWAEGE nüvras + ’Ayatoëc. (Hélène, 72-4. ) 2. 192 : Orpaua Bapfapou TAdras: . :
3. Euripide avait déjà dans l’Aippolyte, Y. 121 sqq., introduit ses clioreutes sous un prétexte identique. L'explicationi iést plus gracieuse que solide, !
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LES PARODOIT, 6x
Dans une dernière strophe, qui reste isolée et sert d’épode, Hélène remonte, elle aussi, à l’origine de tous ses malheurs: : elle n'oublie pas de maudire le pin funeste qui servit à construire le vaisseau sur lequel Paris vint en Grèce, ni Cypris, ni Héra, ni Hermès, qui l’enleva dans les airs au moment où elle cueillait des roses dans les plis de sa robe?. Malheureusement tous ces développements sont trop dépourvus d’originalité pour pouvoir nous intéresser beaucoup : on croit entendre un de ces airs connus que l'on peutfredonner soi-mêmeavec celui qui le chante.
Quoi qu'il en soit, le chœur, dans la première antistrophe de cette Parodos, débute en 412 par des pensées qu'il avait encore le droit de placer dans la strophe en 428. A la date de l’Hippolyte, il jouait encore un rôle considérable, tandis que dans l’Hélène, seize ans plus tard, il ne chante plus guère que pour faire écho aux plaintes de l'acteur et ‘en prolonger l'effet. Le second couplet qui lui est attribué n’est même qu'une répétition de ce qu'Hélène avait dit avant lui.
Cette déchéance est regrettable, parce que le poète ne se soucie plus guère de ce qu’il fait chanter à l'orchestre. Ce qui caractérise à la bonne époque les thrènes qui, comme celui-ci, ne contiennent que des vers lyriques, c’est le morcellement extrême de leurs différentes parties. Or, dans cette Parodos, chaque couplet ne comprend pas moins d’une strophe; la multiplicité des xéuuxrx n'existe plus. Ce n'est pas ainsi que s'exprime la véritable douleur, et ce style artificiel lui est interdit. Aussi cette partie de l’Jélène, comme beaucoup d’autres, doit-elle se lire rapidement, pour que l’œil ne s'arrête pas sur les répélilions verbeuses dont elle abonde.
Il reste à mentionner la Parodos de l’Oreste, qui est de 408. Elle est moins remarquable par sa forme extérieure que par la manière
dont elle se jouait.
1. On peut comparer à ce langage du protagoniste et des choreutes celui de la nourrice de Médée, v. 1 sqq. Pour plaindre sa maîtresse, elle maudit le fameux navire Argo, et les arbres qui ont servi à sa construction. C'était un moyen commode de reprendre très haut la légende d’où le drame était tiré, pour que les spectateurs les moins intelligents comurissent à quel cycle il appartenait. On dut vite abuser du procédé, et c'est à ce défaut que fait allusion Horace dans les vers 146-7, de sa Lettre aux Pisons, qui peuvent aussi bien s’appliquer à la tragédie qu’au poème épique.
2, C'est aussi.en cueillant des roses dans les plis de sa robe que Créuse rencontra Loxias, dans un endroit écarlé. Cf. Jon, 888 sqq.
A: Chœur. Électre. Ch. ÉL Ch. ÉL.
Électre, restée en scène après le départ d'Hélène, s’est assise aux pieds du petit lit sur lequel est étendu son frère. Il dort. On est au sixième jour de ce mal étrange qui trouble l'intelligence du parricide. C’est au moment où il attendait, la nuit, près du bûcher maternel, que le feu s’éteignit, pour recueillir les cendres de sa victime, qu'il a été saisi par cet accès de maladie mentale.
Le chœur est composé de jeunes filles d’Argos. Elles ont le même âge qu'Électre, et appartiennent aux familles les plus considérables de la ville. Toutes sont dévouées à la cause d'Agamemnon 2.
Électre les aperçoit au moment où elles entrent dans le théâtre. Elle craint aussitôt qu'elles n’éveillent Oreste. Elle leur recommande donc de marcher sans faire de bruité. Cet ordre iambique est répété lyriquement par le coryphée à sa troupe, quand elle est déjà au milieu de la scènes.
1. L'équilibre antistrophique laisse souvent à désirer. AA": 140-151 — 152-165 : str. dochmiaques. 140 — 152: un dochmiaque, précédé d’une tripodie troch. catal. Le v. 145 est corrompu. Voir la correction de Weil. Le v. 153 ne doit être qu’un monomètre. — BB: 166-86 — 187-207: même rythme général. Les éléments iambiques 167,188 ne se répondent pas. La deuxième syllabe de 187 doit être longue. Eléments iambiques : 169-90 : tétrap. catal., 171 — 192: tétrap.; éléments trochaïques: 170 — 191 : hexapodies catal. avec longues de trois unités de durée; 181 — 202: iambes et anapestes ; 185 — 206 : trimètre crétique. — Denys d’Halicarnasse, De comp. verborum, XI, rapporte que les six premières syllabes de ce chœur étaient chantées sur la même note. Il est remarquable qu’il attribue ces deux premiers vers à Electre. Si le sens ne s’y oppose pas, la symétrie antistrophique prouve qu’il se trompe. Cette erreur ne lui est d’ailleurs pas particulière. Lire ce que dit à ce sujet G. Hermann, au vers 139 de son édition, Berolini, 1861. — MM. Ruelle et Gevaert ont tenté, d’après les indications de Denys, une restitution assez problématique de la musique de ce morceau. Voir l'Annuaire des études grecques, 1882 : Note sur la musique d’un passage d’Euripide, p. 96-105, et l'Histoire de la musique dans l’antiquité, IL, p. 99 et 229.
2, Voir lArgment et les vers 1246,7.