Ibid., 170-7 et
&. Commos de l’Agamemnon, 1448-1556. — Commos des Choéphores, 306-478.
l’origine, quand la Parodos était attribuée au chœur seul, elle était disposée de deux manières: l’une qui lui était propre, l’autre qu'elle empruntait aux Stasima. Dès que les anapestes du coryphée furent intercalés entre les strophes, les acteurs ne tardèrent pas à y prendre part, et cette simplicité primitive disparut.
Dans les premières années, en effet, le chœur seul chantait; les acteurs devaient se contenter de la récitation des systèmes : le partage n’était pas égal. On eut alors une forme lyrique assez peu compliquée, et qui était empruntée aux Commoi épirrhématiques. Peu à peu, la scène se mit à chanter comme l'orchestre. Ce second empiétement eut les plus graves conséquences sur l’économie extérieure de la Parodos, puisqu'il finit par y détruire toute symétrie
antistrophique.
LES EPIPARODOI.
Les Grecs, faisant jouer leurs drames sur des théâtres qui n'avaient pas de rideau, durent éloigner quelquefois le chœur du spectacle continu de l’action, pour le ramener ensuite, au moment opportun, à l'endroit qu'il avait quitté. C’est pour cette raison que fut créée l'Epiparodos, cette partie lyrique qui accompagnait un second défilé, une seconde Parodos des choreutes.
Ceux-ci restaient en effet dans l’orchestre : c'était l'endroit réservé à leurs évolutions 1. Ils contemplaient, en y prenant part, les événements qui s’accomplissaient devant eux sur le hoyetov. IL était donc nécessaire qu'il sortissent du théâtre pendant quelques instants, quand l’action était transportée dans un autre pays: la vraisemblance exigeait ce départ. Shakespeare et les dramaturges modernes ont toujours soin de changer la scène de leurs pièces pendant les entr’actes, ou du moins de faire rentrer un instant tous leurs personnages dans la coulisse, quand ce changement a lieu.
Il importait aussi que ces mêmes choreutes ne fussent pas toujours
1. Pollux, IV, 123 : «où ounvñ pLèv Omouperüv Votov, n dE opyhoTpa, Toù yopoë:
LES EPIPARODOI. 67
au courant des péripéties tragiques. Ils se passionnent souvent, on le sait, pour un personnage; ils lui donnent leur foi, lui promettent leur secours. Si quelque malheur le menace, ils cherchent à le détourner de sa tête; si quelque heureux événement se produit à son insu, ils se hâtent de le lui annoncer. Cette intervention généreuse ne pouvait pas se concilier avec les intérêts supérieurs du drame. Il fallait bien que l'action marchât et progressät malgré eux. Comme on ne pouvait pas toujours leur demander cette neutralité indifférente, il. ne restait souvent qu'à les écarter.
De toutes les tragédies subsistantes, cinq contiennent une Epiparodos. Elle est assez fréquemment formée par un Chant alterné des choreutes : les événements se précipitaient pendant leur absence momentanée, des catastrophes éclataient, des circonstances imprévues sauvaient ou bouleversaient une situation déjà inquiétante. Quand, à leur retour, ils apprenaient ces changements subits, leur joie, leur affliction, leur émotion, leur colère, étaient trop fortes pour qu'ils pussent chanter à l’unisson. Ces Chants alternés se rencontrent surtout, comme on le verra, dans les passages animés de la tragédie
grecque.
Les Euménides d'Eschyle contiennent la plus ancienne Epiparodos. Au commencement de la pièce, l’action se passe devant le temple d’Apollon, à Delphes. Sur l’ordre du dieu, Oreste doit aller à Athènesr, supplier Minerve Poliade de le secourir. C’est là que doivent finir les poursuites des Furies et ses tourments.
Dès qu’Apollon est rentré dans son sanctuaire?, la scène et l'orchestre sont vides, car les Erinnyes ne cessent pas de poursuivre le parricide3. Un changement à vue se produit, et la pièce se continue à Athènes. Les spectateurs aperçoivent la statue de la déesse devant son temple. Une seconde tragédie commence. L * Oreste paraît. Il se jette à genoux devant Athèna. Il implore son secours dans un nouveau Prologue où il déclare, suivant les ordres de
2. Ibid., 234.