‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecqueChapitre 89 sur 230 · DES RIMES LYRIQUES · texte numérisé non relu

DES RIMES LYRIQUES

On ne se contentait pas de donner aux strophes jumelles les mêmes coupes et la même valeur métrique, on prenait encore soin d’en accuser l'équilibre par certains artifices extérieurs. Le texte, à quelqu’une des places correspondantes, contient ainsi des répétitions de mots ou des retours de consonances:, Ces rimes lyriques, selon l’heureuse expression de Schmidt», ont été remarquées de bonne heure par Scidler3 et G. Hermann#, et elles ont même été le sujet d’un travail spécial5. Il importe de reconnaître qu’elles ne sont.pas particulières au Stasimon, mais comme elles sont destinées à en faire ressortir la symétrie obligatoire, elles y sont plus remarquables et plus fréquentes qu'ailleurs.

En général, les Stasima d’Eschyle et de Sophocle contiennent plus de rimes lyriques que ceux d’Euripide. On n’en a même relevé presque aucune dans l’Hécube et dans l'Iphigénie en Tauride, sans que l'on ait pu au reste expliquer pourquoi ces raffinements font défaut dans des tragédies de facture encore si parfaite, tandis qu’ils existent dans l'Hélène et dans l'Oreste, dont le style est souvent un peu lâche.

Voici en quoi consistent ces rimes : si la strophe contient une interjection simple ou double, il est presque de règle qu'elle soit répétée dans l’antistrophe ou rappelée à l'esprit par une interjection analogue. Il ne faut pas lire les tragiques avec beaucoup d'attention pour le remarquer. Ces répétitions devaient produire un effet puissant, parce qu'elles sont composées de longues, sur lesquelles la voix s’arrêtait plusieurs temps.

La rime portait aussi non plus sur des mots invariables, mais sur des substantifs, des adjectifs, des pronoms ou des verbes qui pouvaient avoir une forme identique ou légèrement différente. Le premier cas est plus fréquent que le second. Jacob a eu la patience de relever tous les passages où se rencontrent ces répétitions. C’est pousser un peu loin l'amour de l'exactitude. Il aurait peut-être été plus utile de souli-

- À, Croiset, op. cit., p. 57.

. Griechische Metrik, p. 603-636.

. Op. cit., p. 209 et 257.

. Elementa doctrinae metricae, p. 736.

. G. Jacob, De aequali stropharum et antistropharum in tragoediae graecae canticis conformatione, Diss, inaug, Berolini, 1866.

Page 1