M. Croiset, Litt. grecque, III, p
donne, sans le vouloir, trop d'importance à certains Épisodes, qui se suivent dans la même œuvre sans être coordonnés, ni véritablement unis.
Une des conséquences de cet esprit, c’est que l’attention du public se tournait de plus en plus vers la scène et que les choreutes n'intéressaient plus. L'acteur était le maître du théâtre. Le personnage qu'il jouait commandait au drame entier. La description des passions individuelles, qui, par souci de la réalité, descendait jusqu’à une sorte de réalisme, tempéré par l'esprit attique, poussa Euripide à donner à ses protagonistes les droits que le coryphée et les choreutes tenaient de la tradition. L'acteur, pour produire plus d’effet sur le public, chanta comme le chœur, et l’on verra quels furent les défauts et les qualités de ces nouvelles parties lyriques.
Ces chants plaisaient fort à la foule, à cause de l'intensité de la vie dont ils débordaient. Plaçons deux acteurs anciens en face l’un de l’autre : ils ne se répondront pas strophe par strophe comme dans le Stasimon. Si la forme traditionnelle est conservée, chaque unité binaire sera coupée en plusieurs parcelles attribuées successivement à chacun de ces deux artistes. Ces sortes de dialogues, caractérisés par une passion violente, abondent dans l’œuvre d’Euripide, parce qu'ils conviennent à l'agitation tumultueuse d’un grand nombre de ses tragédies.
Ils eurent même une certaine influence sur les chants orchestiques, qu'ils transformèrent à leur tour. La vie du drame, après s'être localisée sur le hoyeïcv, reflua par instants dans l'orchestre qu’elle anima d’une force nouvelle. La tranquillité des Stasima étant déplacée au milieu d'un tel mouvement, le chant des choreutes fut morcelé comme celui des acteurs, et ils traduisirent le trouble qui s'élait emparé d'eux, la douleur qui leur arrachaïit des cris, l'angoisse qui les oppressait, par les reprises et les coupes multipliées des dialogues lyriques. Ainsi naquirent les Chants amébées de l'orchestre. Ils ne sont pas particuliers à Euripide, mais ils se trouvent si souvent dans ses pièces que l'on peut sans inconvénient les regarder comme sa création.
Ces morceaux lyriques tenaient-ils lieu de Stasima? Le poète a-t-il osé faire entendre les voix isolées de ses choreutes, quand on attendait le chant à l’unisson de ses chœurs ? Les manuscrits ne nous donnent ici
aucune indication, et les modernes sont fort éloignés de s’accorder sur ce point. On ne niera pourtant pas qu'il n'y ait eu quelques Stasima de
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ce genre chez Euripide, et je vois en particulier que dans l’Jon et les Bacchantes, tous les critiques admettent un exemple de cette irrégularité.
Par une accommodation nécessaire, le rythme prenait plus de vivacité et d'entrain. Les éternelles périodes logaédiques n’eurent plus assez de vie pour traduire l'intensité de ces émotions rapides, et elles furent souvent remplacées par le mètre dochmiaque. L’inégalité des deux éléments qui le composent, pouvait seule accuser l’incohérence des agitations qui se pressaient à contresens dans l'âme des choreutes.
Quelle fut la forme extérieure de tous ces Dialogues? Tout d’abord ils furent antistrophiques, ce qui était une faute contre la loi d'imitation : l'effroi, l'anxiété, la colère, ne se manifestent pas par des mouvements redoublés qui s’opposent et se font équilibre. Euripide le comprit et il composa quelques-uns de ces chants sans les asservir à aucune règle, bien que l'inhabileté de ses exécutants le forçät ici plus qu'ailleurs à répéter ses rythmes et ses airs.
Voici la liste de tous ces Dialogues chantés des choreutes; j'y ai joint quelques Péans ou Hyporchèmes, qui n’ont pas été mentionnés plus hautr, et plusieurs couples de strophes dont les deux éléments se répondent, bien qu'ils soient séparés par un nombre quelquefois considérable de trimètres 2.
ESCHYLE
AA'. BB'. Chant dialogué du chœur.
SEPT CONTRE THèBes 4 : 874 — 960.
AA. BB'. TT'. AA. Chant dialogué du chœur.
1. Je laisse de côté dans ce livre ce que l’on appelle ordinairement les Chœurs secondaires, c’est-à-dire les strophes isolées de l'orchestre, qui n’ont qu’une étendue fort minime. Elles ne sont pas intéressantes.
2. Sur ces strophes si particulières, cf.G.Hermann, Elementa doctrinae metricae, p.732.
3. AA’: 418-22 — 423-297: str. crétiques. Cf. R, et W., p. 739. — BB': 429-33 — 434-7 : péons et dochmii; le troisième élément est une tripodie iambique. Cf. R.et W., p. 784 sq. — C’est aussi en péons qu'est composé cet Hymne à Apollon que l’on a trouvé récemment à Delphes, avec la notation musicale. Lire les articles qu’ont publiés à ce sujet Weil et Théodore Reinach, dans le Bulletin de Correspondance hellénique, 1893, p. 569 sqq.
4. A... A!: 874-960 : strophes iambiques. Pour le détail, voir R. et W., p. 280 sqq.