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DESTINÉES DE LA POÉSIE

cette expression cadencée de l'idée sans que Toreille soit avertie. En même temps, il est un aide-mémoire précieux, quand l'écriture est d'un usage peu courant et que l'épopée primitive, par exemple, est récitée. Il a ce double avantage au théâtre, oii les acteurs sont obligés d'apprendre leur rôle par cœur et de le déclamer.

Article II. - Destinées de la poésie.

La poésie naissant avant la prose, il ne faudrait pas en conclure que l'une disparaisse a l'avènement de l'autre. Toutes deux coexistent. La poésie est éternelle, comme le besoin d'idéal que nous portons en notre âme. L'humanité fera toujours deux parts dans sa vie, l'une pour l'art, l'autre pour l'action. L'ignorant et l'esprit cultivé, le rude paysan et le citadin raffiné, aspirent à s'élever parfois au-dessus de la réalité brutale, à monter dans un monde mieux ordonné, où la sensibilité est doucement émue, l'imagination harmonieusement excitée et la raison pleinement satisfaite. L'homme reste jusqu'à la fin un fabricateur d'idéal. En contemplant le ciel étoile, ne sommes-nous pas toujours religieusement touchés! Notre âme, se détachant alors du monde matériel, arrive, par une ascension lente et insensible, jusqu'à c( cet azur, immobile et dormant », temple de l'être mystérieux, incompréhensible, mais présent, qui gouverne l'ordre universel. Nous éprouvons, pour notre compte, le sentiment qui a inspiré V Infini dans les Cieiioc (i), Les Étoiles (2) de Lamartine. Nous

(i) Harmonies poétiques^ livre II, v.

(2) Nouvelles Méditations poétiques^ VIII.

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aussi, nous ébauchons notre « Méditation », ou notre (( Harmonie poétique ». Il n'est p.as jusqu'à l'homme du peuple qui, considérant sa condition misérable, son corps brisé et déjeté par le travail, ne rêve un autre âge où l'existence était plus libre, plus aventureuse, les corps plus robustes, modèles de beauté souple et forte. Dans son cerveau rudimentaire il esquisse une épopée avec ses types puissants, épopée informe, types frustes, mais qui, traversant l'imagination d'un aède grec, d'un trouvère du moyen âge ou d'un poète moderne, deviennent V Iliade, la Chanson de Roland ^ la Légende des siè^ des, La poésie exprime donc ce qu'il y a de meilleur en nous. Aussi bien, elle ne perd jamais ses droits, si ce n'est chez les individus et les peuples blasés et usés.

Article III. — De la verslllcatieii.

Définitions' — * La versification est Vart de faire des ç>ers. Pour la pleine intelligence des poètes, il importe de connaître les principales règles de cet art.

Un vers (i) est un assemblage rythmique de motSy disposés diaprés des lois fixes.

(i) Du latin versus, sillon, ligne, rangée, parce que les vers sont alignés les uns au-dessous des autres. Comme il arrive souvent, le mot a désigné d'abord quelque chose de paiement extérieur, une impression de l'œil. On sait qu'en français, les maximes étaient, à l'origine, les gros caractères imaximus) avec lesquels on imprimait les pensées morales, pour les détacher du reste. Rubrique a une origiae analogue. Les Romains écrivaient en caractères rouges [ruber) les titres et les textes de lois dans les livres de droit. On imprime encore en rou^e, dans les bréviaires et les missels, les règles ou rubriques sur la manière de dire Toffice ou la messe.

Le rythme (i) est une disposition symétrique de momements (dans la danse) , de sons (dans la musique), de mots (dans la poésie). La prose même a un rythme ou nombre, non soumis à des règles fixes et, par conséquent, plus fuyant et moins net que celui de la poésie. Le rythme est constitué, dans la \ersification ancienne, par le rapport des syllabes longues aux syllabes brèves; dans la versification française, par le nombre déterminé des syllabes et par la place de Vaccent tonique ou élévation de la voix sur certaines d'entre elles.

F^rsification ancienne.

Sa constitutiottt ^^ La versification des Grecs et des Latins reposait sur an principe absolument différent de celui sur lequel est fondée notre versification française. Elle était métrique, et consistait dans le mélange des syllabes longues et des brèves. Etaient longues certaines voyelles et les syllabes où la voyelle est suivie de deux consonnes, soit dans le même mot : dàntur, soit à la fin d'un mot et au commencement du suivant : bonUs pastor. Une longue vaut deux brèves, de même qu'en musique la noire vaut à^uiL croches (2). Les diverses combinaisons des longues et des brèves forment les pieds. Le pied (xou*;) est l'élément générateur du vers ancien.

(i) De puOpwJç (jW», couler), succession^ mouvemeot réglé et mesuré.

(2) On indique la sylkbe longue par tm trait horizontal piâcé au-dessus, dântur^ et la syllabe brève par le signe o> dantUr^

Rythme binaire. Hexamètre (i). — Le pied dactylique, qu'on appelle encore simplement dactyle, est composé d'une syllabe longue suivie de deux brèves.

La longue correspond à la note noire de la musique ; les deux brèves, aux deux croches, dans notre mesure à deux temps. C'est donc un rythme binaire. L'hexamètre comprend six dactyles, et peut se noter musicalement de la façon suivante :

Ti ty-re,

tupa-tu

Ise re-cu-

bans sub

tegmine

fa-gi.

La quatrième mesure du vers cité nous montre que les deux brèves peuvent se remplacer par une longue, tout comme, dans la musique, les deux croches se remplacent par une noire ; le pied s'appelle alors spondée. Cette substitution est admise aux quatre premiers pieds de l'hexamètre. La finale, ou cadence (2) du vers, admet indifféremment les deux formules :

J i: Jj

tegmi-ne

fa-gi.

linqui-mus

arva.

Dans le second cas, le sixième pied est un trochée, pied composé d'une longue et d'une brève («/va). La mesure se complète alors par un demi-soupir ou demi-silence : | J J^ */ | • A. l'intérieur de l'hexa-

(i) *EÇdt|xgTpoç, qui comprend six (?Ç) mesures ((xéTpa).

(2) Nous empruntons ce mot à la musique. Dans Je répertoire classique^ les phrases musicales ont des finales presque stéréotypées.

mètre, il y a une coupe ou césure y placée généralement au milieu du troisième pied :

Tilyre, tu patulae — recubans sub tegmine fagi.

Le vers se trouve ainsi partagé en deux parties ou hémistiches (i).

Pentamètre, — Chez les élégiaques grecs et latins, l'hexamètre est suivi d'un pentamètre, également dactylique. Ce couple de vers s'appelle distique [o),

I ( HexUDètre : Donec eris felix multos numerabis amicos. I \ PfHtimèlre ; Tëmpôrâ | si ftiër|înt — || nûbïlâ | sôlûs ë|rïs.

Le pentamètre a été nommé ainsi, parce qu'il est composé de deux hémistiches comprenant chacun deux pieds et demi. En réalité, c'est un hexamètre, avec repos d'un temps au troisième pied et au sixième. On pourrait le noter musicalement :

Tempo-ra

si fu-e-

rint

nu-bi- la

so-lus e-

rls.

anapeste, — Au dactyle s'oppose l'anapestCj où les deux syllabes brèves sont au premier temps

de la mesure et la longue au second : • • •

ca-pi - unt.

Le vers anapestique avait ses règles particulières,

différentes de celles du dactylique.

Rythme ternaire* Trochées; iambes. — Outre

le rythme binaire, mesure à deux temps, il y avait,

chez les anciens, le rythme ternaire, mesure à trois

(i) 'H(JLi, demi; oxiyoç, rangée, ligne, vers : <3xl'/oi est Féquivalent exact du latin versus, (2) Aiç, deux fois \ cziyo^^ vers.

temps, analogue à notre mouvement de valse à 3/8, Ce rythme comprenaît, comme pieds, le trochée : une longue et une brève, ârmà\ et Viambe : une brève et une longue, Del, Une succession de trochées formait le vers trochaique] une succession d'iambes, le vers iambique.

Vers trochaïque: J J^ Vers iambique ; J^ J

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