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LA FABLE

Tout en ayant Taîr, dans sa préface, de suivre la tradition, La Fontaine a transformé la fable; c'est la un exemple de la déviation que le génie peut imprimer à l'évolution d'un genre. L'apologue didactique d'Ésope, narratif de Phèdre, narratif et satirique de nos conteurs du moyen âge, devient, avec La Fontaine,

Une ample comédie à cent actes divers.

En effet, chacune de ses fables a une architecture dramatique : exposition, actes, péripéties, nœud, dénouement; dialogue, caractères rapidement, mais finement analysés et bien vivants ; décor formé par la nature, « un clair ruisseau », « les humides bords du royaume des vents », « le thym et la rosée » ; ressouvenir du chœur antique, par la façon dont le poète intervient, a chaque instant, pour nous dire ses impressions et nous faire ses confidences.

Ce drame revêt toutes les formes, farce, comédie, tragédie, ambigu de comédie et de tragédie, drame épique [Le Chêne et le Roseau), lyrique [Les deux Pigeons), pièce à thèse sur l'esprit des bêtes, contre l'astrologie, comédie littéraire sur ceux qui ont le goût difficile.

Quant à la moralité, elle passe au second plan. Souvent, à l'exemple de Molière, le poète la laisse se dégager elle-même du spectacle. Chaque fable est donc un drame en raccourci, et l'ensemble, un théâtre d'une richesse incomparable, varié comme la nature elle-même,

El dont la scène est l'univers (i), (i) La Fontaine, Fables ^ \. V, f. i.

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