‹ Théorie des genres littérairesChapitre 28 sur 45 · L. II, V · texte numérisé non relu

L. II, V

ù, le laboureur, retournant la terre sa charrue, trouvera, rongés par la itots rugueux; de sonpesanthoyau, il asques vides et contemplera, stupeur des ossements dans les sépulcres

ans les Gèorgiques, l'ànie vîrgilîenne te âme qu! a a des larmes pour les mt lacrimse reruin, et qui, « n'étant lire le malheur, sait venir en aide aui

ÛFet, plus qu'Hésiode encore, partage aysaus. Il frissonne, lorsque les raihachés par la grêle « qui crépite et s toîls u (a); lorsque, pendant une aboureur s'en va sombre, dételant le affligé de la mort de son frère, el icplantéedansie sillon inachevé» (3).

vec quelle joie communicative il dés de cette existence h la campagne :

ïnnent, repus de gland. , . ; et, là-haui, la vendange achève de mûrir sur les .eux. Pendant ce temps, les enfants ident au cou des parents qui les baison est le sanctuaire de la religion

l'exemple de Lucrèce et de Virple, oses de science et de métier peuvent

devenir matière à poésie. Mais, l'un et l'autre font «ncore une grande part aux détails techniques. Le premier s'est cru tenu d'exposer la théorie atomique de la formation du monde, et n'a pu échapper à la sécheresse ni à l'obscurité.

Le dix-neuvième siècle a compris que les exposés scientifiques relevaient de la prose, et non de la poésie, qui ne saurait atteindre à l'extrôme précision du détail, sans se renier elle-même. Il a mis en vers, non la science, mais les sentiments ou les tableaux qu'elle suggère. De la sorte, il a renouvelé un champ, longtemps stérile, de la poésie française. L'élément didactique s'est fondu dans le double élément épique et lyrique. On peut se demander si ce n'est pas là le terme d'une évolution nécessaire, et si la poésie didactique existe vraiment comme genre à part.

Article III. — Conclusion i lie côté poétique

de la science.

On doit donc distinguer dans la science, ou dans une profession comme celle de l'agriculteur, deux aspects différents. Il y a la partie d'exposition ou de métier, laquelle entre dans les traités spéciaux : traités de philosophie, d'astronomie, de versification, de construction mécanique, de dessin, d'agronomie. Or, on aura beau faire, jamais d'arides formules ou de simples recettes ne deviendront objet de poésie. On peut rimer un théorème de géométrie; jamais on n'en fera jaillir une émotion ou une image; on n'obtiendra que des vers mnémotechniques, analogues à ceux du Jardin des Racines grecques. Libre à un marquis de Mascarille de travailler « à mettre en

THÉORIE GENR. LITT. 11

toute l'histoire romaine ( i ]

marqué Aiistote, « ce n'en sera pas moins

■e avec les vers que sans les vers ».

lire l'essence même de la science ou d'une

il y a le rayonnement, les suggestions de l'autre, c'est-à-dire l'impression esMé/iç(/e qu'elles produisent sur notre àme. Ainsi, ui a appelé la Tour Eiffel « une dentelle de ^e au marteau » {p.), a saisi combien cette n métallique, laide de près, était, au concieuse dans aa courbe fine et élancée, rée par le soleil couchant, on la regarde ■s de Saint-Cloud. Pour prendre un autre ussi moderne, et à la portée de tous, ùt voir, trouve de la poésie dans une lolettemachineaujeu souple et puissant, aux rmonieusement assemblés, n'est-ce pas le er, poème qui résume l'effort tenté parle usieurs générations et symbolise la granomme, "vainqueur de la nature et maître ? Il y a également je ne sais quoi d'imis la profession de l'humble mécanicien [>n, les mains noircies par le charbon et la isage brûlé par le feu et la bise : esclave il entraîne, à travers la nuit noire, avec e l'ouragan, des centaines de voyageurs 1 sa vigilance. Voilà où est la poésie dans ou dans une profession. Voilà pourquoi le saurait aspirer à remplacer la poésie.

ident l'une et l'autre à deux besoins i toujours inassouvis. Le savant s'adresse

•ieuses ridicules, scène x.

ogûé, Revue des Deux-Mondes, articles sur l'fiï-

à rintelHgence pure : il constate des faits, formule des lois, sans songer h s'indigner ou à s'enthousiasmer. Poisons, remèdes, animaux malfaisants et domestiqués, la mort et la vie, il analyse tout, étudie tout, avec le même désintéressement, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. « Le cerveau peut à la rigueur suffire à la science; le cœur et le cerveau interviennent dans les lettres, et c'est là ce qui explique le secret de lejjr supériorité pour diriger la marche des esprits (i). » Le poète, en effet, parle à l'âme : il nous dit ses impressions et la façon dont la science le touche. Chez lui, les formules deviennent des images, et les faits, des émotions (2).

Une comparaison fera mieux ressortir comment le poète et le savant abordent et traitent différemment le même sujet. Hugo et F. Arago ont essayé de nous représenter l'immensité des mondes. Dans un dialogue entre les astres (3), Hugo nous montre l'homme perdu sur la surface de la Terre ; puis Saturne, apostrophant la Terre fière de sa masse :

Qu'est-ce que cette voix cliétive qui murmure? Terre, à quoi bon tourner dans ton champ si borné, Grain de sable, d'un grain de cendre accompagné .^ Moi dans l'immense azur je trace un cercle énorme ; L'espace avec terreur voit ma beauté difforme; Mon anneau, qui des nuits empourpre la pâleur^ Comme les boules d'or que croise le jongleur, Lance, mêle et retient sept lunes colossales.

(i) Pasteur. [La Vie de Pasteur^ par M. René Valléry-Radot (Hachette, Paris), p. 488.)

(2) « La science est en dehors de l'esthétique et de la morale; mais l'esthétique et la morale, c'est toute la littérature. » (K. Doumic, La Science et la Littérature au dix-neuvième siècle (Revue des Deux-Mondes, i5 déc. 1901, p. 919).

(3) Légende des Siècles, Nouvelle série, t. II, XXVIII : Abîme.

-épond :

fond des oieiiK, planètes, mes vassales, lis le pasteur, voiis êtes le bétail.

ax chars de front passent sous un portnil, noindre volcan, Saturne avec In terre ans toucher aux parois du ci'alère.

du Septentrion brillent c vivants, ayant des soleils pour prunelles clée est de forËt des constellations.

s d'en bas, je suis si loin de vous raste archipel de splendeurs immobiles, as de soleils n'est, pour vos veux de'biles, i riel, désert lugubre où meurt le bruit, de cendre rouge tïparse dans la nuit.

31ISCS sont autant d' Univers,

lans l'étber, cet océan sans grèves, t à son bord n'est jamais revenu.

1 parle :

qu'à soufQer, et tout serait de l'ombre.

pntné les mêmes idées, mais en rempiages par des chiffres, le langage de la prose exacte et sobre du matbémati-

;rand Euler, était très pieux. Un de ses amis, Line église de Berlin, vint lui dire un jour : ;st perdue, la foi n'n plus de base, le c<eur ne émouvoir mfime par le spectacle des beautéii, le ta création. Le croirez-vousP J'ai repi'ésenlé ans tout ce qu'elle a de plus beau, de plus poé- 1 merveilleux. J'ai cité les anciens philosophes

et la Bible elle-même : la moitié de l'auditoire ne m'a pas écouté, l'autre moitié a quitté le temple. — Faites l'expérience que je vais vous indiquer^ repartit Euler. — Au lieu de prendre la description du monde dans les philosophes grecs ou dans la Bible, prenez le monde des astronomes ; dévoilez le monde tel que les recherches astronomiques Pont constitué. Dans ce sermon, qui a été si peu écouté, vous avez probablement, en suivant Ânaxagore^ fait du soleil une masse égale au Péloponnèse. Eh bien, dites à votre auditoire que, suivant des mesures exactes, incontestables^ notre soleil est douze cent mille fois plus grand que la terre. Vous avez, sans doute, parlé de cieux de cristal emboîtés ? Dites qu'ils n'existent pas, que les comètes les briseraient. Les planètes, dans vos explications, ne se sont distinguées des étoiles que par le mouvement. Avertissez que ce sont des mondes; que Jupiter est quatorze cents fois plus grand que la terre, et Saturne neuf cents fois; décrivez les merveilles de l'anneau, parlez des lunes multiples de ces mondes éloignés (i). En arrivant aux étoiles, à leur distance, ne citez pas des lieues : les nombres seraient trop grands; on ne les apprécierait pas. Prenez pour échelle la vitesse de la lumière; dites qu'elle parcourt quatre-vingt mille lieues par seconde ; ajoutez qu'il n'existe aucune étoile dont la lumière ne nous vienne en moins de trois ans, qu'il y en a quelques-unes à l'égard desquelles on a pu employer un moyen d'observation particulier, et dont la lumière ne nous vient pas en moins de trente ans. En passant des résultats certains à ceux qui n'ont qu'une grande probabilité, montrez que, suivant toute apparence, certaines étoiles pourraient être visibles plusieurs millions d'années après avoir été anéanties : car la lumière qui en émane emploie plusieurs millions d'années A franchir Tespace qui les sépare de ia terre. »

Tel fut en raccourci et seulement avec quelques modification dans les chiffres, le conseil que donnait Euler. Le conseil fut suivi. Au lieu de découvrir le monde de la fable, le ministre découvrit le monde de la science. Euler attendait son ami avec impatience. Il arrive enfin, l'œil terne et dans une tenue qui semblait annoncer le désespoir. Le géomètre, fort étonné, s'écrie : a Qu'est-il donc arrivé? — Oh! monsieur Euler,

(i) On a vu comment, dans les vers que nous venons de citer, V. Hugo a parlé de « lunes colossales ».

répondit le ministre, je suis bien malheureux ! ils oui oublié le respect qu'ils devaient au saint temple : ils m'ont applaudi (i). »

Contrairement à ce que Ton croit communément, les conquêtes de la science ne sauraient nuire à la poésie. « On a dit que dans un monde compris par les découvertes scientifiques, il ne reste plus de place pour la poésie. C'est s'abuser étrangement sur le pouvoir même de la science. Dans aucun ordre de recherches, elle n'atteint le dernier mot; elle recale le mystère, elle ne le supprime pas, et l'humanité restera jusqu'à sa dernière heure aussi ignorante du problème de ses origines et de sa destinée, en proie au même tourment de l'infini qui est la source de toute grande poésie. Sans dépasser même le cercle de la réalité immédiate, elle ne cessera de se heurter aux mêmes interrogations : « Pourquoi ces choses « et non pas d'autres? » Et l'homme qui n'est pas tout intelligence, continuera d'avoir les mêmes besoins de sensibilité et d'imagination (2). )>

La poésie commence donc où la science s'arrête. Bien plus, les découvertes de celle-ci semblent plutôt profiter à celle-là. La page d'Arago, que nous venons de citer, page si belle dans sa simplicité nue, prouve que l'astronomie, en particulier, a fait surgir des horizons nouveaux et qu'elle peut être la source d'émotions non encore ressenties, admirablement mises en œuvre par Hugo. Les hautes spéculations de la théologie chrétienne et du spiritualisme moderne, ont inspiré le lyrisme philosophique de Lamartine. Grâce au passé mieux connu par l'érudition

(i) Arago, Discours prononcé à la Chambre en faveur des sciences,

(2) R. Ooumic^ La Science et la Littérature aa dix-neuvième siècle. (Revue des Deux-Mondes^ i5 dëc. 1901^ p. 919.)

€t les travaux historiques, les siècles morts ont revécu, avec une vérité et un pittoresque inconnus avant le dix-neuvième siècle, dans la Légende des siècles, dans les Poèmes antiques et les Poèmes har^ bares.

Page 1