CHAPITRE XV
avancement et retraite des glaciers d'écoulement.
C'est un préjugé assez généralement reçu , qu'il y a dans la partie basse du glacier des accroissements et décroissements périodiques ; c'est-à-dire que le bout du glacier aurait un certain mouvement de va et vient, espèce d'oscillation par laquelle il se rapprocherait et s'éloignerait alternativement du fond de la vallée. Les habitants des montagnes , peu habitués à mettre de la précision dans leurs observations , ont pris le terme de sept ans pour exprimer la longueur de la période ; et pour peu que l'on sache combien le nombre sept a d'applications différentes dans le langage des choses mystérieuses, on comprend que ce nombre devait être choisi de préférence pour exprimer un fait qui a de la réalité, mais qui n'est connu que vaguement. Eu effet, tous les voyageurs qui ont voulu par eux-mêmes vérifier ce phénomène , se sont assurés que le fait des accroissements et des décroissements existe ; mais qu'il n'est soumis à aucune loi de régularité. Quand on examine d'un endroit élevé l'ensemble des lieux qui avoisinent le bout du glacier, il est très-facile r
par l'aspect du dépôt , de déterminer l'étendue sur laquelle s'exécute le mouvement dont il s'agit. Pour le glacier des Bois , la différence entre le plus grand et le plus petit avancement n'est que d'environ 150 toises. Recherchons maintenant la cause de ce mouvement. De prime-abord on voit qu'elle est toute entière dans les causes qui peuvent faire varier la quantité des neiges survenues dans les glaciers-réservoirs.
En effet , s'ils reçoivent plus de pluies , de neiges ou de vapeurs, l'écoulement est proportionné, et avant d'être détruit, le glacier d'écoulement doit s'avancer un peu plus dans la zone de fusion ; si , au contraire , les premiers reçoivent moins , les derniers sont fondus avant d'arriver au même point. Or, on sait que les années varient beaucoup pour la quantité d'eau qu'elles donnent à la terre ; les glaciers doivent donc aussi varier dans leurs masses. Les paysans de la vallée de Chamonix disent que les glaciers croissent par la chaleur. Je ne serais point étonné qu'il y eût de la vérité dans celte assertion. En nous rappelant que l'eau a un pouvoir de fusion seize fois plus grand que la chaleur sèche , il s'ensuivrait qu'un été pluvieux et continuellement humide devrait diminuer la masse du glacier d'écoulement bien plus vite qu'un été de soleil et de sécheresse , pourvu cependant que les pluies fussent toujours chaudes et ne passassent pas à la neige , comme cela arrive si souvent.