DES GLACIERS-RÉSERVOIRS
La crête du Mont-Blanc à 14,700 pieds au-dessus du niveau de la mer , est inutilement frappée des rayons du soleil; la neige n'y fond pas. M. de Saussure arrivé sur ce point culminant de l'Europe au 2 du mois d'août , trouva le thermomètre de Réaumur à — 2°. 3 , et même au soleil il était à plus d'un degré au-dessous de zéro, tandis que dans la plaine il était à + 22°. Dans la station d'où il était parti le matin , laquelle se trouve plus de trois mille pieds plus bas 9 il avait compté trois degrés au-dessous de zéro. M. de Tilly , qui a fait son ascension au 8 octobre , a trouvé au sommet du Mont-Blanc une température de 14 ou 15 degrés au-dessous de zéro. Deux autres voyageurs
que la tempête a surpris et arrêtés aux rochers des Grands-Mulets , ont éprouvé après l'orage un froid de 14° au mois d'août. Toutes les observations qui ont été faites sont d'accord pour démontrer que la fusion des neiges est absolument nulle sur cette sommité.
Pourtant il faut le dire , M. de Saussure qui est une autorité , et je dirai presque un oracle quand il s'agit des phénomènes de cette montagne qu'il a pour ainsi dire conquise à la science , M. de Saussure a recours à la fusion pour expliquer la formation d'une mince lame de glace qui recouvre la neige et qui se brise sous le pied du voyageur. C'est pure inadvertance de la part du savant Genevois ; il y a pour expliquer ce phénomène une autre cause perpétuellement agissante , c'est la condensation des vapeurs qui , comme nous le verrons ailleurs , doit être fort grande dans cette localité.
Au moment où la neige tombe sur les grandes élévations , elle est ordinairement en état de poussière ; peu après, pénétrée par les vapeurs toujours abondantes autour des plus hautes sommités , elle se durcit à la surface.
Il serait possible aussi que la couche de glace qui a été trouvée là comme on la rencontre assez souvent sur la neige des plaines , eût été le résultat de la pluie tombée et congelée en arrivant au contact de la neige,
L'effet de la plus grande chaleur qui se manifeste sur des hauteurs bien inférieures à celles du Mont- Blanc, consiste à la ramollir de manière à donner à ses diverses parties plus de facilité à s'unir, et pour pousser jusqu'à la fusion , il faudrait un certain concours de circonstances qui doivent rarement se présenter : ce serait un vent chaud , aidé par le soleil , ou de l'humidité à une température un peu élevée.