PASSAGE DE LA NEIGE A LA GLACE
Un phénomène qui paraît incontestable , c'est le passage ou plutôt la conversion de la neige en glace. D'après le rapport de tous les voyageurs , la surface visible des glaciers est delà neige plus ou moins dure, selon le temps où on l'examine. Ils n'ont trouvé la glace qu'accidentellement dans les crevasses , sur les flancs des glaciers ou dans le lit des avalanches.
D'après M. de Saussure , la glace qui forme les glaciers inférieurs est plus dure , plus compacte que celle qui se rencontre plus haut ; sa dureté va diminuant à mesure qu'elle s'élève. « La solidité de la « glace décroît par degré à mesure que l'on remonte « vers le haut ; et sur les sommités mêmes , si du « moins elles sont isolées , on ne trouve jamais que
& des neiges (1). » Mais ce qui est neige à la surface devient glace dans les couches inférieures , et le passage paraît assez insensible. Voici ce qu'en dit M. de Saussure en parlant de diverses masses de glace qui étaient descendues du Dôme-du-Goûlé. Il donne à ces niasses le nom de séracs,
« J'eus cependant , dit-il , du plaisir à observer a ces séracs que l'on a rarement occasion de voir « d'aussi près. J'en mesurai qui avaient plus de 12 « pieds en tous sens; le fond , soit la partie qui avait « été contiguë au roc , était une glace à petite bulles, « translucide , blanche , dure , plus compacte que « celle des glaciers ordinaires ; la face opposée qui « avait été originairement la face supérieure , était « encore de la neige quoique un peu durcie; et « on voyait dans le même bloc toutes les nuance ces entre ces deux extrêmes (2). » D'où l'on peut conclure que le temps favorisant l'action de l'affinité et en même temps la pression des couches les unes sur les autres , rapprochent les petits cristaux qui forment la neige , et en les amenant au contact , les font passer à l'état de glace. Cependant, comme il y a contraction entre les parties de l'ensemble , il paraît qu'il doit s'opérer des fissures latérales, et
(t) Voyage dans les Alpes, lomc 1 , page 575. ^2) Idem, tome hr page 16o
quand la masse est mise en mouvement par les avalanches , elle doit se diviser d'abord dans les joints qui séparent les couches , et ensuite par les fissures latérales formées par le retrait. C'est sans doute ce qui donne lieu à ces blocs de glace qui ont la forme régulière du quadrilatère. Ce serait une véritable cristalisation. J'ai vu sur les flancs du glacier de Bionacey qui tombe dans la vallée de Montjoie , des tranches de glace reposant les unes sur les autres en forme d'assises tout-à-fait différentes par la couleur , la contexture et la densité. Les couches supérieures sont une neige agglomérée et d'un blanc sale ; à mesure qu'elles descendent, la glace devient plus compacte et prend la couleur verdâtre , qui paraît être la sienne. Dans les régions moyennes où la fusion s'opère jusqu'à un certain point , l'eau produite par ce moyen s'infiltre à travers les neiges, s'y solidifie et les change en glace. C'est un fait connu dans les Alpes : toutes les fois que vous rencontrez une grande avalanche qui a résisté aux chaleurs de l'été et qui est renfermée dans un fond où l'eau peut s'arrêter , vos guides disent : ces neiges seront des glaces au printemps prochain. Dans les régions inférieures où il y a fusion des glaciers , l'eau qui coule par de petites rigoles sur cette glace huileuse , la polit et lui rend sa couleur vert tendre qu'elle nra pas ordinairement ; on dirait que ces petits ruisseaux coulent dans des conduits d'aigue-marine ou de bcriL
Ainsi , pour résumer ce chapitre , je crois pouvoir conclure que la métamorphose de la neige en glace s'opère, 1° par la pluie qui tomhe sur la neige, 2° par les vapeurs qui se condensent à la surface de la neige , 3° par le ramollissement des neiges par le soleil , 4° enfin par la pression , que je regarde comme le moyen le plus efficace.