CHAPITRE II
16. — Généralisation du théorème de Fermât, Théorème d'Euler (^). — Soil n un entier quelconque, et a un entier premier avec n, on a :
a'-?W ^ I = o (mod. n).
En effet, soient
les entiers de la suite i, 2, ... n — i, premiers avec n. Considérons les entiers :
(2) aai, aaa, ... a^o(„).
Je dis que les entiers de la suite (2) sont, dans l'ensemble, congrus à ceux de la suite (i).
En effet si l'on considère les entiers
(3) o . a, I . a, 2a, ... {n — i)a ils sont congrus, dans l'ensemble, aux entiers
D'ailleurs ce sont les entiers premiers avec n, de la suite (3) qui sont congrus aux entiers premiers avec n de la suite (4). H en
(1) EuLER. — Petrop. Comm., nov. 8 (1760-61) p. 74 = Corn. Arith., I, p. 374.
résulte bien que les entiers (i) sont congrus, dans Tensemble, aux entiers (2).
On en déduit que le produit des entiers (i) est congru au produit des entiers (2J, c'est-à-dire que :
d'où, en divisant les deux membres par UiOCi ... «^(n) qui est premier à n
a?W = 1 (mod. n).
Ce théorème est bien une généralisation de celui de Fermât, car lorsque n est un nombre premier p, on a (p (/i) = /> — i .
17. — Sur les restes suivant un module quelconque n des puissances d'un entier a premier an.
Théorème. — Si l'on considère la suite :
a étant premier à un module n, les restes des termes de cette suite par n se reproduisent périodiquement. Le nombre des termes de la période est le plus petit entier positij e tel que a ^^ i {mod. n). On l'appelle l'exposant de a par rapport à n. C'est un diviseur de <p{n).
La démonstration est identique à celle donnée pour les modules premiers aux n"^ 2 et 3.
Exemple. — Soit n = 18 ç(n) ^ 6, a= I donne la période 1 appartient à l'exposant i
Quel que soit n, i appartient à l'exposant i et — i à l'exposant 2 (sauf si /i =: 2).
Mais le théorème du n" 4 ne se généralise pas. Lorsque le module nest pas premier une congruence de degré m peut avoir plus de m solutions.
6o THÉORIE DES NOMBRES
Par exemple la congruence
x^ -\- X — a ^ o (mod. 35) a quatre solutions :
Il en résulte que le raisonnement du n° 5 ne se généralise pas et que l'on ne peut pas de cette façon trouver les entiers qui appartiennent à un exposant donné. Nous allons procéder autrement.
18. Problème. — Etant donné un modale n trouver les entiers gui appartiennent^ relativement à ce modale, à texposant le plus élevé possible, et déterminer cet exposant. On sait que cet exposant ne peut dépasser o{n).
Lorsqu'il est égal à ç> (n) les entiers appartenant à cet exposant seront dits racines primitives de n. Nous distinguerons plusieurs cas suivant les valeurs de n.
Lorsque n est un nombre premier le problème est déjà résolu. Nous savons qu'il y a des racines primitives.
Cas où n est une puissance d'un nombre premier impair
Alors
o(n)=p='-'(/>-0- Lemme, h étant un entier quelconque, m un entier positif impair et a un entier positif, on a
(1 4- /im)"'*-' = 1 4- /im* (mod. m=' + ')-
C'est évident pour a = i. Supposons donc que c'est vrai pour une valeur de a et démontrons-le pour la valeur a + i, Par hypothèse :
(I H- Am)'»*-' := 1 + /im« + km''-^\
Elevons les deux membres à la puissance m, il vient
Transformons cette égalité en congruence (mod. m^ + 2) en négligeant les termes qui contiennent en facteur m* + 2. D'abord les
GÉNÉRALISATION POUR LES MODULES NON PREMIERS 6l
termes non écrits au second membre contiennent en facteur m^^ ; or 3a > a + 2 puisque t.
m est impair ; donc dans
or 3a > a + 2 puisque a > i. hnsuite — - — est entier, puisque
— m \nm -+- km }
il y a en facteur m^^+ ' ; or
On peut donc négliger tous ces termes et il reste
(i + /tm)"'* = 1 + hm^^' (mod. m' + '). <
Corollaire. — On a, dans les mêmes hypothèses (') sur h,m, ol;
(i -+- /tm)""^"' ^ 1 (mod. m*).
TiiÉORiiME. — Un entier a qui n'est pas racine primitive d'un nombre premier p ne test pas non plus de p'^.
En effet il existe un entier i, positif et plus petit que p — i tel que
a* = I + hp.
Elevons les deux membres à la puissance p*"', il vient :
a'>*-' = (i -^hpY""-'
c'est-à-dire, d'après le corollaire du lemme :
a'>*~' = 1 (mod./)*).
Donc a appartient, relativement au module p^. à un exposant inférieur a (p — i) p*~S donc a n'est pas racine primitive.
Examinons maintenant si, au contraire, une racine primitive de p est aussi racine primitive de />*, nous arriverons au théorème suivant :
Théorème. — Toute racine primitive g de p est oiussi racine primitive de p'^, sauf si gP — ^ — i est divisible par p^.
En effet soit e l'exposant de g par rapport à p^, on a
5f' ^ I (mod. p*)
(^) Cependant, dans ce corollaire, m peut être un entier quelconque, pair ou impair.
d'où
g' ^ 1 (mod. p)
donc e est un multiple de p — i.
Mais d'autre part e est un diviseur de rp (p^) = {p — i) p''—\ Donc e est de la forme
et, pour montrer que g est racine primitive de p^ il suffit de montrer que g^''" ^^i'^~^ — i, n'est pas divisible par p^. Or on a :
En élevant les deux membres à la puissance p^—^ il vient, d'après le lemme {p étant impair)
Or
P t)onc si g''~* — i n'est pas divisible par p^, l'entier A- n'est pas divisible par p, par suite g(p-^)p^~^ n'est pas congru à i (mod. p^), donc g est racine primitive de p^. Au contraire, si g''~^ — i est divisible parp^, g n'est pas racine primitive de p*.
Il est facile maintenant de trouver les racines primitives de p=f. Soit g une racine primitive de p. Elle est congrue (mod. p) àp=»— ' entiers incongrues (mod. p^~^), compris dans la formule
g-hhp (/i = o, 1, ...p'-*— i).
Cherchons ceux de ces entiers qui sont racines primitives de p«. Ce sont ceux qui correspondent aux valeurs de h telles que {9 + Ap)^"* — I ne soit pas divisible par p-. Développant (^g f- hpy~^ et négligeant les multiples dep-, on arrive à la condition :
gp-i — gP-^hp —1^0 (mod. p-).
Posant, comme plus haut
cette condition s'écrit
ou encore
h ^ kg (mod. p).
On voit donc qu'il faut laisser de côté les p^—^ valeurs de h qui sont congrues à kg (mod. p). Ainsi chaque racine primitive de p fournit/)*— I — p^—^ racines primitives de p^. En recommençant ce calcul pour chacune des ©(/) — i; racines primitives de p, on trouve en tout (p*~' — P^~') fip — i) c'est-à-dire 9[<p(p*)] racines primitives de p*.
Exemple p = 7. — Les racines primitives de 7 sont 3 et — a. Pour
g = 3, k= — - — = io4 = — 1 (mod. 7)
et l'on a Pour
et l'on a
kg ^ — 3 (mod. 7).
g = — 2, k= ^ =9=2 (mod. 7)
kg ^ 5 (mod. 7).
Donc les racines primitives de 7* sont comprises dans les formules^
en laissant de côté les valeurs h = /i, 11, 18, ... dans la première formule et les valeurs h = 3, 10, 17, ... dans la seconde.
19. Résolution du problème du n^ 18 Jdans le cas où n est une puissance de 2. — Nous distinguerons les cas :
I** Soit d'abord n = li. On voit que i appartient à l'exposant i et — là l'exposant 2. D'ailleurs (p(4) = 2. 11 y a donc une racine primitive qui est — i. On voit qu'il y a <p((p(4)) racines primitives.
64 THÉORIE DES .NOJKîRES
2° Soit maintenant
Théorème. — Pour tout nombre impair a, on a
^a"— 2 ^ j (mod. 2"').
En effet c'est vrai pour m = 3. Car soit a = 2 a' + i. On a
(2a' -hiy = lia'{a' -h i)+ i.
L'un des deux entiers a', a' -f- i est pair, etc.
Démontrons donc que si c'est vrai pour une valeur m, c'est vrai pour la valeur m -\- i. Or;
Le facteur a^»"*"^ + i est pair ; et le facteur a^"'"'^ — i est divisible par 2"' par hypothèse, donc a""'~' est divisible par 2"*^'.
Conséquence. — L'exposant le plus haut possible ne peut dépasser 2"'""^, Comme d'ailleurs (p(2"') = 42"'*' on en conclut qu'il n'y a pas de racine primitive.
Démontrons maintenant qu'il y a effectivement des entiers appartenant à l'exposant 2"'~^. Remarquons d'abord que les entiers impairs sont de l'une des quatre formes
± I -h Sh, ±3 -\-8h.
Théorème. — Les entiers de la forme rh 3 h- 8A appartiennent à l'exposant 2"'-^, les entiers de la forme d= i 4- 8^ appartiennent à des exposants inférieurs.
Pour le démontrer il suffit de démontrer que
(5) !(± 3 4- S/i)'"""" ^ 1 (mod. a"")
mais que
(dz I -h S/i)'""' = I (mod. 2'").
Or dans l'égalité
où a est supposé impair et [^ >> i, le facteur a*' ~ + i est divisible par 2 mais non par 4 ; donc a^^ — i contient le facteur 2, exactement une fois de plus que a^' ~' — i. Donc pour démon-
trer les relations (5) et (6) il suffit de démontrer celles qu'on obtient en remplaçant m par m — i, puis celles obtenues en remplaçant m — I par m — 2 et ainsi de suite. Or pour m = 4 elles sont évidentes.
En résumé, pour le module 2'" (m > 2) l'exposant le plus élevé possible est 2"*"* ou - 9(2"') ; il y a 2"'~^ ou fp['p{2"')] entiers appartenant à cet exposant.
20. — Reste à résoudre le problème du n" 18 dans le cas où n contient des facteurs premiers différents.
Théorème. — Soient rii, rii, ... des modules premiers entre eux deux à deux. Si un entier a appartient à l'exposant e^^ par rapport au module n^, à l'exposant e-i par rapport au module n^, ... cet entier a appartient j par rapport au module n^n^ ... à un exposant éfjalau plus petit commun multiple de e^^ e^, ...
En effet, l'exposant ^ de a par rapport à n^Ui ... est le plus petit entier positif satisfaisant à la congruence
a" ^ 1 (mod. n^n-i ...)
Puisque n,, n^, ... sont premiers entre eux deux à deux cette congruence est équivalente à l'ensemble des suivantes :
a* ^ 1 (mod. «i), a" ^ 1 (mod. n^), ...
La première exprime que e est un multiple de e^, la seconde que e est un multiple de ei, etc. Le plus petit entier positif satisfaisant à ces conditions est bien le plus petit commun multiple de <?i, e-u ...
Conséquence. — Pour trouver un entier ayant par rapport à niUi ... l'exposant le plus élevé possible, il faut chercher un entier rti ayant par rapport à n^ l'exposant le plus élevé possible e^, un entier a^ ayant par rapport à n^ l'exposant le plus élevé possible e-i, ..., puis déterminer un entier a tel que
a ^ Oj (mod. «1) a ^ a^, (mod. «2) ••
ce qui est possible (n** 1). L'entier a ainsi déterminé aura par rapport à /iino ... un exposant égal au plus petit commun mulliple de ^1, e^, ...
Caben. — Théorie des nombres, II. 5
66 THÉORIE DES NOMBUES
En prenant pour «i toutes les valeurs possibles différentes deux à deux (mod. n,), pour a^ toutes les valeurs possibles (différentes deux à deux (mod. n^), ... on aura pour a toutes les valeurs possibles différentes deux à deux (mod. /I1/22 ...). S'il y a Vi valeurs pour «1, Vi pour ai, ... il y aura "jfjo .•• valeurs pour a.
Cas particulier. - — Soit n décomposé en facteurs premiers
Le plus haut exposant possible par rapport à 2'" est X(2*"), en posant
si m <^ 2 et
si m > 2 ; il y a en tout cas fp[o{-2"')] entiers incongrus (mod. 2'") appartenant à cet exposant.
Le plus. haut exposant possible pour p* est (p (p^), il y a ^ [<p(p*)] entiers incongrus (mod. /)*) appartenant à cet exposant. De môme pour //P, ...
Donc le plus haut exposant possible pour n est
et le nombre des entiers incongrus (mod. n) appartenant à cet exposant est
Condition pour que n ait des racines primitives. — Il faut et il suffit que
• ^lx{^'"h ?(/>*), ?(7^). .-] = ?(«) = ?(2'")î(p') ?(/)••• Pour cela il faut et il suffit d'abord que
c'est-à-dire que m <^ 2 ; ensuite que
soient premiers entre eux deux à deux. Mais ç)(a) est toujours pair sauf si a = 2. Donc, en définitive, les seuls entiers ayant des ra-
-cines primitives sont les entiers de la forme 2'" (m <C 3), /)^ et ip^. En tout cas, l'exposant maximum que nous poserons égal à
X(/i) est