EMPLOI DE L\ PEINE
nies; et ces récompenses , d'où viendraient-elles, que des travaux du peuple et des contributions levées sur ses facultés ?
En comparant les propriétés de la peine et de la récompense , nous trouvons que la première est infinie dans sa quantité , forte dans sa nature , et sûre dans son effet, tellement que personne ne lui résiste : nous trouvons que la seconde est très limitée dans sa quantité, que le désir de l'obtenir varie beaucoup selon le caractère et les circonstances des individus, et qu'elle est par conséquent très incertaine dans ses effets. Mais , d'un autre côté, la perspective de la peine attriste l'àme, celle de la récompense la réjouit; la peine émousse l'activité, la récompense l'aiguise; la peine diminue le courage , la récompense l'augmente.
Des moyens si contraires dans leur nature doivent s'appliquer à des services différents. La peine, par sa force, est particulièrement adaptée à prévenir les actions nuisibles, et la seule propre à prévenir les actions extraordinairement nuisibles. Elle est bonne pour retenir, pour empêcber, pour produire des actes négatifs ' ; elle est l'ac-
' Il paraît singulier de parler d'un acte négatif, — de produire un acte négatif. — Un acte négatif consiste à s'abstenir^ — ni:>i* pour s'abstenir de l'aire une chose, quand on a un motif pour la faire, il faut un acte particu-
compagnement naturel de toute loi qui dit : iVt? faites pas , absteiiez-vous. Or, ces actes négatifs, dont dépendent la paix et le bonheur du genre iuunain, sont continuels et innombrables ; et pas un individu n'en est exempt.
La récompense , par son pouvoir vivifiant, est plus propre à faire naître les actions utiles, et la seule propre à faire naître les actions extraordinairement utiles. Elle est bonne pour exciter, pour produire , pour tirer d'un individu tout ce dont il est capable , pour opérer des rcIcs positifs, qu'il n'est pas nécessaire d'imposer à tous les membres de la société. La récompense est particulièrement convenable dans les cas oii, pour atteindre un but utile , la peine serait inefficace ; et ces cas sont ceux où l'acte désiré dépend de talents et de dispositions qu'on ne peut point s'assurer d'avance que l'individu possède.
Avez-vous besoin d'obtenir des informations importantes en matière juridique ou autre, vous ignorez si l'individu est en état de vous les donner, ou s'il a la volonté de le faire. La peine serait un moyen probablement inefficace et injuste; ayez donc recours à la récompense.
lier de la volonté : la volonté opère, elle est active pour s'arrêter comme pour avancer, pour se tenir tranquille comme pour se mettre en mouvement, pour s'abstenir de frapper comme pour frapper.
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S'agit-il d'un service qui suppose une habileté peu commune ? comment pourriez-vous le commander sans courir le risque de commander l'impossible ? Combien de personnes aurez-vous à punir, avant d'avoir trouvé l'individu capable de résoudre le problème, de faire la découverte en question, de composer l'ouvrage dont vous avez besoin ? Offrez une récompense , son effet ne se borne pas à mettre en œu\Te les facultés déjà développées; elle opère comme puissance créatrice. Le propre de l'espérance , en excitant l'allégresse, est de mettre l'esprit dans un état heureux d'activité où les idées se succèdent plus rapidement, où elles se combinent avec plus de force, et embrassent une plus grande variété d'objets. L'attention est plus soutenue, l'imagination plus vive, et l'individu , exalté par le succès même , voit s'ouvrir devant lui la carrière de l'invention ; il découvre le secret de son génie, jusqu'alors ignoré de lui-même. — Que la crainte soit le seul mobile de ses efforts, il travaille avec douleur pour s'exempter de la peine; mais il ne fera rien de plus : esclave à la tâche , il n'aspire qu'à la finir. Pour tout ce qui requiert des soins et des talents distingués, la peine n'est pas seulement inefficace, elle agit en sens contraire. Ai-je à craindre qu'on ne m'impose quelque fardeau extraordinaire à j)rop<)rtion de ma capacité, je me gar-
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lierai bien de la faire connaître ; et si je n'ose la montrer, je n'ai point de motif à l'acquérir. On dit (]a'à Siam, s'il y a dans le jardin d'un particulier des fruits excellents, ils sont saisis pour l'usage du prince. Pense-t-on que la culture des arbres fruitiers se perfectionne beaucoup à Siam ? A Ispahan, et dans toute la Perse, au rapport de Chardin, les meilleurs ouvriers dans tous les genres sont enrôlés de force pour le service de la cour: et c'est à cette cause qu'il attribue le peu de progrès qu'ont fait les arts chez une nation adroite et ingénieuse. Mettre les talenlsà l'amende est un étrange moyen de les perfectionner.
Les nègres, dit-on, ont une infériorité naturelle d'intelligence. Cela se peut; mais ceux qui prétendent le prouver par le peu de développement qu'ils acquièrent dans nos colonies n'ont guère réfléchi sur l'influence de l'esclavage. Le noir qui , du sein de l'oppression, s'élève au niveau le plus commun des Européens, franchit plus d'espace que l'homme libre qui devient émi nent dans son art.
Le gouvernement domestique a plus de latitude, à l'égard des peines, que le gouvernemeni politique, parceque les parents et les instituteurs ont plus de moyens de juger de la capacité de leurs élèves. — Et la peine est peut-être un mobile nécessaire jusqu'à ce (jue le s ntiment auxi-