‹ Théorie des peines et des récompenses; (volume 2)Chapitre 36 sur 110 · lO · texte numérisé non relu

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à saisir occasionellement des actions d'éclat, faciles à constater, et qui tiennent à des circonstances peu communes.

Ces recompenses ne peuvent pas être périodiques : les traits éminents n'arrivent point à des époques régulières. Ce qui doit amener le prix, c'est l'acte , et non la date du calendrier. L'Académie française avait un prix à distribuer chaque année pour la plus belle action dans la classe indigente. Les juges avaient toujours un prix à donner, et n'en avaient qu'un. Ils pouvaient éprouver le regret de laisser sans récompense des actions d'un mérite égal, ou d'en récompenser d'un mérite commun. D'ailleurs, le retour périodique faisait rentrer ce prix dans les objets de routine qui ne frappent plus.

On m'objectera la Rosière de Salency. Mais une institution villageoise est d'un autre genre. Plus une société est limitée , plus il est facile de la rapprocher du gouvernement domestique, où nous avons vu que la récompense pouvait s'appliquer presqu'à tout. C'est ainsi qu'on peut établir des prix annuels pour l'agilité , pour l'adresse , pour la force, pour d'autres qualités (ju'on veut encourager, et dont le fonds subsiste toujours. Il n'y a pas jle village suisse qui, pour des exercices militaires, n'ait des prix de cette nature : c'est un art de convertir en fêtes les devoirs et les services des ci-

POUR L\ VERTU. l/^J

toyens. Genève ', dans son existence républicaine, avait son roi de la navigation, son roi de Tarquebuse , son commandeur de l'arc , son roi du canon; k' vainqueur jouissait, pendant son règne d'un an, de quelques privilèges fort peu onéreux à l'état: la joie publicjue marquait le retour de ces exercices nationaux, (]ui mettaient tous les citoyens sous les yeux de la bonne patrie. La fêle de Salency, destinée à honorer des vertus qui doivent se perpétuer et se renouveler de génération en génération, pouvait avoir un retour périodique, comme les roses du printemps'.

' Cet ouvrage fut publié à Lonrlres eu 1811. Genève ctail alors partie de l'empire franç.ii». En i8i4 elle a recouvré son indépendance , et rétabli ses royautés.

'Rivant une tradition perpétuée d'âge en âge, saint Méoard, né à Salency, village de Picardie, est l'instituteur de la rosière. Depuis le cinquième siècle celle fête est parvenue jusqu'à nous — Quelques jours avant la fêle de saint Médard , les Iiabitants s'assemblent en présence des oflii/bjr:. de la justice. Là ils délibèrenl sur l'importante affaire «l'un chi'ix (lonl l'éiiuité fait toute la force. Ils connaissent tout.'s les circonstances , il? sont instruits de tous les détails domestiques de leur paisible village, ils n'ont et ne peuvent avoir d'autre intention que d'être justes. Ils nomment troisfilles , les trois plus vertueuses des plus estimables familles. — A l'instant la nomination est portée au seigneur ou à celui qu'il a préposé pour le représenter, et le seigneur libre de choisir, mais seulement entre les trois désignées,

l^S RÉCOMPENSES

La société établie en Angleterre , sous le nom de Société humaine , pour donner des secours aux noyés, distribue des prix à ceux qui ont sauvé un individu. Il ne s'agit point là, comme dans le prix

proclame la reine de l'année. — Huit jours avant la cérémonie , le nom de celle qui triomphe est prononcé au prône. Le grand jour arrive; c'est le huit juin de chaque année. Le seigneur peut revendiquer l'honneur de conduire la Salencienne qu'on va couronner. Dans ce beau jour, elle est plus grande que tout ce qui l'entoure , et sa grandeur est d'une nature qui n'a rien de commun avec les rangs. — Douze jeunes filles vêtues de blanc, douze jeunes garçons portant les livrées delà rosière, accompagnent sa marche au son des instruments et des tambours ; elle passe dans les rues du village entre les haies des spectateurs que la fête attire de quatre lieues. — Dans la chapelle de saint Médard, la religion consacre la vertu, le prêtre bénit le chapeau de roses et en couronne la rosière : ensuite il fait un discours sur l'objet de la fête. On la reconduit chez elle avec le même triomphe, et elle reçoit des présents aussi simples qu'elle , et dont la singularité prouve l'antiquité de cet usage : un bouquet de fleurs , une flèche , deux balles , etc.

Celte fête est d'un genre unique; elle n'a point de modèle ailleurs. — Son premier caractère c'est que tout h'y rapporte à la rosière, que tout soit effacé devant elle. ^ — ■ Les mœurs de ce village sont distinguées par leur pureté, leur douceur. Il était sans exemple qu'une seule de leurs aûaires eAt été portée en justice. — Cette rose est la dot , souvent la seule dot que la vertu apporte avec elle , mais cette dot est recherchée, n

Extrait d'un mémoire de Target, 1774-

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