LE SALAIRE EST-IL RECOMPENSE
L'état ne se maintient que par une suite de ser- A^ices constants et réguliers. La condition politique de ceux qui sont tenus de les rendre s'appelle charge , place , office ou emploi. Le mode de rétribution n'est pas toujours le même ; mais , par plusieurs raisons, la rétribution pécuniaire a prévalu. Si ce paiement est une somme fixe et périodique , le total s'appelle salaire.
Le salaire est-il récompense pour les services? S'il est récompense, il doit agir de la même manière et dans les mêmes proportions : or, comme les plus grandes récompenses produisent les plus grands efforts, les services les mieux payés doivent être les mieux exécutés.
Le raisonnement paraît exact, mais l'expérience n'y répond pas. Examinons les faits. Là, vous vcr-
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rez des salaires très modères, et des services très bien remplis; là, des salaires considérables, et des services très négligés; là, d'écbelon en échelon, à mesure que le salaire augmente , le service empire. Où est l'erreur? Il ne saurait y en avoir dans les faits ; c'est donc le raisonnement qui est faux.
Voici la solution de cette difficulté : le salaire n'est pas récompense; il n'est pas même le mobile qui porte l'employé à remplir ses devoirs; car, qu'il les remplisse bien ou mal, il reçoit toujours la même somme. Pour que le salaire fût récompense , il faudrait que l'accomplissement du service en fût la condition préalable. T)es émoluments conditionnels seraient récompense, des émoluments fixes ne le sont pas.
Qu'un maître d'école s'avisât, pour exciter la diligence de ses écoliers, de leur donner périodiquement à tous, paresseux et laborieux, sans distinction, un certain nombre de coups de fouet, que dirait-on de cette politique? 11 se conduirait cependant envers ses écoliers comme le fondateur de l'école s'est conduit envers les maîtres, si, dans la vue d'animer leur diligence , il s'est borné à leur assurer un salaire.
Puisc[u'un salaire n'est pas une récompense par rapport aux devoirs de détails, comment faut-ii le considérer? La réponse est bientôt faite. Sil s'agit d'une charge dont l'acceptation fût libre ^
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le salaire esl précisément la récompense de celle acceplalion. Car celle acceplalioii o des inconvénients : l'employé aliène sa liberté, il s'expose aux peines attachées aux omissions ou autres malversations dont il pourrait se rendre coupable dans son emploi ;*rentreprisc de la charge est un service ({u'il n'aurait pas rendu sans la récompense. Ce n'cit point là une subtilité, une distinction purement verbale ; c'est, au contraire , une notion fondamentale qui doit influer continuellement sur la pratique. Si le salaire attaché à une charge était une récompense par rapport aux services de détail, plus on augmenterait le salaire, plus on aurait la chance d'augmenter les efforts de l'employé , et de porter le service à la plus grande perfection possible. Formons-nous l'idée d'un thermomètre moral. Si cinquante livres sterling font monter le zèle et l'assiduité d'un curé de paroisse au degré cinq, cinq mille livres sterling feraient mon tei ces mêmes vertus dans un archevêque au degré cent. Mais observe-t-on que les proportions soient nécessairement dans ce rapport ? Appliquez la même mesure à toutes les charges. Vous verrez souvent que la grandeur du salaire, fournissant une occasion toujours renaissante de distractions (}ui rivalisent avec les devoirs, peut tourner contre le service, s'il n'y a pas d'autres motifs pour contrebalancer SCS mauvais effets.
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Que le salaire oblige Femployé à remplir ses devoirs jusqu'à un certain point, c'est ce qu'on ne nie pas, puisqu'il peut le perdre par des omissions trop marquées, des ne'gligences trop manifestes; mais s'il n'a d'autre motif que le salaire, tout se bornera à sauver les apparences autant qu'il le faut pour n'être pas en prise. Or c'est là ce qu'on observe dans tous les offices où le gouvernement , n'ayant compté que sur la force de ce moyen, n'a pris aucune autre mesure pour unir l'intérêt avec le devoir. La plupart des services, n'étant pas susceptibles d'être déterminés avec précision , dépendent beaucoup de la libre volonté des employés. Au milieu d'un mouvement qui ressemble au travail*, on se livre à mille distractions inutiles que l'inspecteur le plus diligent ne saurait noter : l'absence marque , l'oisiveté ne marque pas; la lenteur produite par l'ennui et le dégoût n'a point de caractère qui la distingue de celle qui naît du défaut de capacité ou de la difficulté des travaux. Le service cxige-t-il le concours de plusieurs individus, l'absence d'un seul pallie ou nécessite la suspension de toutes les affaires. Un inspecteur en chef exerce une grande influence , mais il redoute le rôle d'un censeur pointilleux, il se lasse de remontrances inutiles; et s'il n'a lui-même d'autre motif que le salaire, tout s'arrange aisément; une intelligence secrète